dimanche 6 mai 2012

B comme Bonand-Montaret (Henri de)



- Soldat français
- Souvigny (Allier) 1895 – Malval 1917


Les débuts de la guerre

- Issu d’une famille prestigieuse, Henri de Bonand-Montaret a 19 ans quand la guerre éclate. Il est alors licencié en histoire.
- En août 1914, il décide de s’engager et choisit la cavalerie (2e Dragons), car elle « tenait un grand rôle dans ce premier mois de la guerre, et il pensait, en y entrant, avoir une vie plus active et plus entreprenante que celle de l’infanterie. »

- « Près de l’Aisne, où il devait mourir, il reçut le baptême du feu. Sur le théâtre des opérations autour de Soissons, en janvier 1915, lors de la déplorable crue de l’Aisne, de la poussée allemande, il fut un infime mais enthousiaste acteur. »
- Le 2e régiment de Dragons est en effet en réserve lors de la bataille de Crouy, près de Longpont et de la forêt de Villers-Cotterêts.

- Participant aux combats notamment dans les Vosges, en Artois et en Champagne, il décide de suivre des cours pour devenir officier (avril 1916) puis choisit de s’orienter vers l’infanterie après avoir été refusé dans l’artillerie d’assaut.


Le Chemin des Dames

- Début janvier 1917, Henri de Bonand-Montaret rejoint donc le 2e BCP – 11e DI – en tant que sous-lieutenant à la 2e compagnie de mitrailleuses (sous la direction du capitaine de Guimaraes).

- Après quelques jours d’instruction dans le sud de l’Aisne, le régiment se porte à Verneuil le 15 avril pour participer à l’offensive Nivelle : « Ne craignez rien pour moi, je crois qu’il y aura très peu de casse. Mais priez Dieu pour moi et pour le bataillon », écrit-il à ses parents.

- Viennent alors le choc de la première journée et deux semaines passées en première ligne et au soutien d’autres unités. Le 29 avril, alors en repos à Dhuizel, il écrit : « Ma chère maman, je peux enfin vous écrire un peu tranquillement et longuement. Nous sommes redescendus hier de là-haut, où nous sommes restés seize jours, vous pensez dans quelles conditions. J’ai été enchanté de mes hommes, qui ont été merveilleux, au-dessus de tout, et surtout de la matière boche, du matériel humain boche. Malheureusement, c’est toujours la même comédie, je dis franchement ce que je pense et ce que pensent tous les fantassins qui ont attaqué … » (le jeune homme évoque aussi le fait qu’il a été très légèrement blessé à la tête par un éclat de 210, qui ne l’a cependant pas empêché de rester en ligne).

- Le 5 mai, reprise de l’offensive française : à 9h, la compagnie de Bonand sort de sa tranchée, s’empare de celle du Vautour (capturant 19 prisonniers) puis de celle de l’Aigle en direction de la ferme Malval. C’est alors qu’il tente de repérer une mitrailleuse allemande qu’il est touché d’une balle à la poitrine, côté droit. « Il fit quelques pas et vint tomber face en avant, auprès d’un chasseur nommé Maringer, qui l’attira à lui, le mit sur le dos et lui demanda s’il avait de l’eau-de-vie. Henri de Bonand montra sa gourde. Le soldat voulut lui faire avaler une gorgée, mais il ne le put, car d’après ce témoin, “il vomissait le sang à pleins quarts”. »
- La situation complexe ne permet pas de l’emporter vers l’arrière tout de suite. « Un tir de barrage mit ensuite un rideau devant le corps du jeune chef, et, depuis lors, nul n’a pu donner aucun témoignage sur ses derniers instants ni sur sa sépulture, malgré des recherches multiples. »



Les hommages

- Dans la Revue des Jeunes de mars 1918, l’écrivain Maurice Vaussard consacre un long article – publié ensuite sous forme d’un opuscule – intitulé Henri de Bonand-Montaret, chasseur à pied. Il constitue la principale source de cet article.

- Après la guerre, un monument est élevé le long du Chemin des Dames, à proximité immédiate de la nouvelle ferme Malval.


Images de la commémoration de 2011 à la ferme Malval



Fiche MPF de Henri de Bonand-Montaret

JMO du 2e BCP

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samedi 28 avril 2012

B comme Bois du Bonnet Persan




- Bois aujourd’hui disparu situé un peu à l’est de la route Corbeny-Pontavert, à hauteur du carrefour avec celle qui vient de Chevreux et celle qui part La Ville-au-Bois.

- De septembre 1914 à avril 1914, le Bois du / en Bonnet Persan est en première ligne, marquant la limite entre Français et Allemands ; cette zone disputée change parfois de main mais jamais ne se trouve hors des tensions et des combats.



De Gaulle au Bonnet Persan

- Fin novembre 1914, le lieutenant Charles de Gaulle (33e RI) s’ennuie dans cette nouvelle guerre de position qui l’oblige à attendre et attendre encore …
- « Étant à la cote 87 [Butte de l’Edmond, NDLA] je décide une reconnaissance approfondie d'un petit bois dénommé le Bonnet Persan, à mi-chemin entre Corbeny et moi, entre la tranchée [de plaine ? NDLA : oui] des Allemands et celle du 73e. Divers renseignements concordent pour affirmer que les Allemands y travaillent la nuit. J'y envoie une section, Desnoyelles, à 6 heures du soir. […] Desnoyelles envoie 3 patrouilles, une à droite du bois, une droit dessus, une à gauche. Celle de droite aperçoit bientôt une vingtaine d'Allemands (il fait un clair de lune splendide) travaillant paisiblement hors du bois et vers la droite. Les autres voient des sentinelles apparaître en plusieurs points du bois. Les patrouilles se rapprochent encore, elles sont ou vues ou entendues, car sur un appel d'une sentinelle les travailleurs rentrent précipitamment dans le bois, puis plus rien. Tout à coup, la patrouille de droite aperçoit une ligne nombreuse de tirailleurs allemands qui, partant du bois, commence déjà à l'envelopper en rampant. Elle prévient les autres et se carapate à quatre pattes. Dans tout cela, pas un coup de fusil. Ce que voyant les Boches regagnent le bois. J'arrive sur ces entrefaites sur le terrain, voulant me donner les allures du deus ex machina. Je porte en avant toute la section de Desnoyelles mais tout doucement, le fusil chargé et une bonne patrouille à 200 m sur chaque flanc. Nous voici à 300 m du bois toujours sous un clair de lune implacable. J'arrête là et fais commencer la tranchée. Les hommes assez émus travaillent avec entrain. Avant le jour la tranchée est finie est très solide, la section Desnoyelles peut y vivre confortablement tout un jour. Entre-temps, l'ennemi nous entendant travailler et, inquiet, allume toutes les heures une petite meulette d'avoine dont un champ voisin est plein. Mais n'étant évidemment pas couvert lui-même et très désireux qu'on lui fiche la paix, il ne tire pas un coup de fusil. »
- De Gaulle souhaite aussi construire un boyau entre cette tranchée et celles du 73e pour que les Allemands abandonnent le Bois Persan sous la pression constante des Français. Cependant, son commandant lui fait la réponse suivante : « “Bien ! Mais n’entreprenez rien ainsi dans le secteur. Vous amènerez des conflagrations. Laissez l'ennemi tranquille au Bonnet Persan, puisqu'il nous laisse tranquille chez nous !” J'avais envie de lui répondre : “ Mais le Bonnet Persan c’est chez nous et bien plus loin encore, jusqu'à la Meuse et au-delà ! ” Je ne répondis rien. À quoi bon ! »

(Charles de Gaulle, Lettres, notes et carnets 1905-1918, Plon)



La réussite du 255e RI (septembre 1915)

- Régulièrement, des coups de main des deux camps ont pour cœur le bois, tel celui du 36e RI décrit ici par Jérôme Verroust (5 avril 1915)


- A partir de septembre 1915, le 255e RI s’installe dans le bois de Beaumarais avec mission première de renforcer les installations déjà bâties et – si possible – de mener des attaques de diversion en fonction des offensives de Champagne.
- On décide donc de construire 3 parallèles solides reliées par des boyaux (comme l’envisageait De Gaulle). Après celles de Bruxelles et de la Cannebière, la troisième doit se situer au nord du Bois du Bonnet Persan ; or, celui-ci est occupé par les Allemands (« on acquiert la certitude qu’ [il] est entouré d’un réseau de fil de fer électrifié. » ; on amorce donc la tranchée à sa gauche, à sa droite, et l’on creuse les boyaux vers l’arrière : « En somme, le travail est poussé de telle sorte que le Bois en Bonnet Persan soit encadré aussi rapidement et d’aussi près que possible. »
(source : JMO 252e Brigade ; il n’existe pas de journal pour le 255e RI)

- Le 22 septembre, « le sergent Violetinscrivait à la gloire du régiment l’une des pages les plus éclatantes de son histoire : il réalisait ce prodige d’enlever de jour, avec le seul concours de deux patrouilleurs, le bois du Bonnet Persan, point d’appui du front ennemi redoutablement défendu par un triple réseau de fil de fer électrisé et à l’attaque duquel il avait été antérieurement projeté de lancer un bataillon » (Historique du 255e RI). Les Allemands, quasiment encerclés, renoncent en fait à défendre ce saillant au moment où la situation générale est si tendue). 
- Le Bonnet Persan est donc intégré à la première ligne de défense française. La zone est difficile, notamment à cause de l’eau dans cette plaine facilement marécageuse ; rien n’est donc jamais ni stable ni définitif, et l’état-major français donne sa priorité aux infrastructures situées dans les bois un peu en arrière (les Allemands dont de même en fortifiant la zone des courtines : Sablière, Carrière et Persane notamment).




Le Bois en Bonnet Persan lors de l’offensive Nivelle (1917)

- Début avril 1917, le bois – ou plutôt ce qu’il en reste … – est juste en avant de la première grande tranchée française (Anspach), entouré de défenses accessoires (à sa gauche, le poste d’Oran ; à sa gauche celui de Nemours).
- Le 10, le 110e y mène un coup de main dans la soirée, pour constater avec beaucoup d’amertume que les défenses allemandes sont très peu touchées par la préparation d’artillerie qui a commencé quelques jours plus tôt ; par exemple « aucune brèche n’existe » dans le réseau barbelé.
- Le 12, nouvelle patrouille : il y a du mieux mais « les réseaux restent encore très denses et infranchissables » (c’est toujours la même situation le 13).

- L’attaque étant cependant maintenue, on aménage les lieux en fonction : un parallèle de départ relie Oran et Nemours, à travers le bois du Bonnet Persan ; un boyau parcourt celui-ci dans le sens de la longueur pour y acheminer les troupes le 16 au petit matin …

- La petite progression des 16 et 17 avril n’entraîne pas de changements profonds pour le secteur. Ce n’est qu’après les nouvelles poussées de mai (vers la tranchée Lutzow) que le bois entre dans le cœur du système défensif français.
(Cf. par exemple cette carte issue du JMO de la 18e DI fin mai 1918)




- Après la guerre, le site est reboisé. Le bois du Bonnet Persan existe encore dans les années 1950 avant de disparaître avec le remembrement.






Chronologie : les troupes françaises au Bois du Bonnet Persan (1914-1917)
(il s’agit d’une première tentative pour moi ; veuillez excuser les éventuels manques ou imprécisions, d’autant que le bois a souvent servi de limite entre deux unités)


Septembre-décembre 1914 : 33e RI 

Décembre 1914-mai 1915 : 36e RI (et 129e RI)

Mai 1915 : 127e RI

Mai-août 1915 : 73e RI

Septembre-octobre 1915 : 255e RI

Octobre-novembre 1915 : 412e RI  (et 34e RI)

Novembre 1915-Février 1916 : 110e RI

Février-mai 1916 : 231e RI (jusqu’à sa dissolution)

Juin 1916 : 276e RI

Juin-septembre 1916 : 267e RI

Octobre-décembre 1916 : 66e RIT

Décembre 1916-Janvier 1917 : 131e RI

Janvier-mars 1917 : 327e RI

12 mars-début avril 1917 : 33e RI

16-19 avril 1917 : 110e RI

19 avril-23 avril 1917 : 5e BCP

23 avril-2 mai 1917 : 24e BCP
(Pas de JMO)

3 mai-début juin 1917 : 66e RI (progression française)

Juin 1917 (le bois n’est plus du tout en première ligne) : 11e et 14e BCP
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dimanche 22 avril 2012

R comme Revillon


 
- Village de la rive gauche de l’Aisne, face à Oeuilly et au plateau de Paissy.
- 60 habitants

- Une centaine de personnes vivent à Revillon avant 1914. Repris par les Français après la Marne, le village devient comme ses voisins une base arrière pour le front du Chemin des Dames, zone de repos et de soins pour les troupes. On y établit un cimetière militaire, dont les corps sont transférés dans les nécropoles proches après la guerre.


- Le village subit l’occupation allemande entre fin mai et octobre 1918 ; les combats de cette année-là entraînent des destructions. La population chute (60 habitants au recensement de 1921), avant de remonter peu à peu.


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dimanche 15 avril 2012

P comme Prinz Heinrich Höhle

- Creute située dans le bois des Equerres Scies, sur les pentes à l’est du village d’Ostel

 - Les Allemands s’y installent à partir de septembre 1914, en faisant un élément de leur ligne de résistance à la contre-offensive alliée. Ils la baptisent du nom du frère de l’empereur.

- Progressivement, la creute est aménagée pour accueillir le mieux possible ses occupants et servir à ses défenseurs à proximité de la ligne de front qui s’est stabilisée sur l’Aisne. C’est l’une des carrières que connaissent les Français, donc un objectif pour l’artillerie en 1917. - « Les officiers de l’état-major du 186e régiment d’infanterie pensaient être en sécurité. Le 13 avril, un obus éboule l’entrée principale. L’état-major l’évacue sans tarder … Le bombardement est infernal. […] Le 15 avril, tout tremble et résonne dans la “Prinz Heinrich Höhle” que les 8e et 11e compagnies du 186e occupent encore. Vers midi, c’est le drame. Le plafond se détache sur un large espace. En une fraction de seconde, d’énormes dalles de plusieurs dizaines de tonnes sont précipitées sur les malheureux soldats. L’angoisse fait place à l’épouvante. Dans les ténèbres les vies s’éparpillent. Quelques miraculés s’enfuient, terrifiés, par un fragile goulet ménagé par les éboulis. Des travaux de secours sont entrepris. Mais pour sauver qui ? En découvrant l’énorme chaos de pierres, on ne peut qu’espérer la mort instantanée des disparus. Comble de l’horreur, rien n’est moins sûr … Aucune stèle ne rappellera la fin tragique des sous-lieutenants Kayser, Speer et Eckhadt, écrasés avec près de cinquante soldats anonymes. » (Gérard Lachaux, Les creutes : Chemin des Dames et Soissonnais, pages 168-169)

 - Une fois les Allemands repliés sur le Chemin des Dames, le 18 avril, les Français s’emparent de la Prinz Heinrich Höhle.



Informations et photographies sur la Base Mérimée

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samedi 7 avril 2012

A comme Archéologie fortuite

- En avril 1917, la 243e division d’infanterie allemande est créée à partir des restes de la 8e Ersatz Division. On trouve notamment en son sein le 479e régiment d’infanterie (auparavant 52e Ersatz IR) commandé par le colonel Hermann Niethammer.
- Le régiment subit le choc de l’offensive Nivelle dans le secteur du Choléra et doit établir de nouvelles lignes de défense entre Juvincourt et la Butte Mauchamp.
- C’est alors l’occasion de découvertes inattendues pour les soldats …

- « En travers du lit marécageux de la Miette la liaison avec le vis-à-vis de droite n’était possible que par l’intermédiaire des patrouilles. Entre les premières positions des deux secteurs s’étalait un espace de 300 m de largeur. Le régiment 479 tenta de pousser les premiers retranchements tout au moins aux abords de la Miette. Ce travail ne pouvait s’effectuer que de nuit. Les pièces de métal auxquels on se heurta en creusant et qui, par leur résonance, décelèrent leur présence, furent prises, au début, pour des parties de projectiles et rejetées avec la terre ; après quelques temps, seulement, on remarqua que ces objets de métal retentissants n’étaient pas des parties de projectiles modernes. Il s’agissait de belles lames de bronze, pintes de flèches et de lances, marteaux, épingles et boucles, desquelles plusieurs purent être sauvées. »
(Historique du régiment)

- Niethammer conserve quelques-unes de ces trouvailles et, bien des années plus tard, dans un tout autre contexte, les utilise comme offrande lors d’un service religieux, ce qui permet leur publication …



Source principale :
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1975_num_18_1_1491



Pour une biographie (en allemand) de Hermann Niethammer :
http://www.lexikon-der-wehrmacht.de/Personenregister/N/NiethammerHermann-R.htm
ou
https://www2.landesarchiv-bw.de/ofs21/olf/einfueh.php?bestand=6551

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samedi 31 mars 2012

P comme Premier anniversaire de la guerre

- Début août 1915, le 148e régiment d’infanterie occupe un secteur autour de la ferme du Luxembourg, secteur très agité pendant de longs mois et devenu alors un peu plus calme.

- Le 2, « anniversaire de la déclaration de la guerre, une patrouille composée de un caporal et 4 hommes avaient pour mission d'observer pendant 1 heure au bout d'un champ de betteraves se trouvant à une cinquantaine de mètres de 2 charrettes situées à environ 150 m des tranchées allemandes et 600 m des nôtres.
La patrouille rentra à 23h45 n'ayant rien vu d'anormal.
Le lendemain matin, un drapeau allemand paraît avoir été mis en place entre zéro heure et 2h30 flottaient au-dessus de l'une des charrettes.
Le caporal et les hommes de patrouille de la veille ainsi qu'un certain nombre d'autres soldats de la tranchée I occupée par une demi-section demandèrent à leur chef, le sous-lieutenant Pernet, l'honneur d'aller enlever le drapeau.
Vers 20 heures, les soldats Declercq Alfred et Le Borgne Louis Joseph, qui étaient parmi les volontaires, quittèrent leurs tranchées, puis, utilisant le champ de betteraves, se portèrent dans la direction de l'objectif pour en surveiller les abords. Après 1 heure d'attente, ils entendirent du bruit et tousser vers la 2e charrette. Ils écoutèrent encore pendant 10 minutes puis rentrèrent pour rendre compte.
À 23 heures une patrouille composée du sergent Perret, de 1 caporal et 10 hommes, dont Le Borgne et Declercq, marcha dans la direction des charrettes, ces 2 derniers servant d'éclaireurs avec mission de faire un prisonnier et de rapporter le drapeau.
Arrivée au bout du champ de betteraves, la patrouille stoppa, se déploya pour envelopper la 2e charrette : il n'y avait plus personne.
Sous la protection de la patrouille, Declercq et Le Borgne se portèrent alors à la charrette où flottait le drapeau. Sans toucher au véhicule, Declercq monta sur le dos de Le Borgne, défit les cordes qui maintenaient la hampe et constata qu'un fil de fer y était fixé et se dirigeait vers la terre. Il détendit ce fil en faisant glisser le fanion et prescrivit à son camarade de suivre avec précaution cette attache anormale pour s'assurer s'il n'avait rien au bout.
Ce dernier découvrit alors une grenade « 7 sekunden » qu'il déterra.
Ils placèrent ensuite à la place du drapeau allemand un morceau de toile grise qui avait servi à envelopper un colis postal et sur lequel il y avait l'inscription suivante : “ Vive la France et ses alliés combattant pour le droit, la civilisation et la liberté. La guerre dût-elle durer 10 ans, nous combattrons jusqu'à l'écrasement de tous les Teutons.”
Le fanion placé avec l'aide d'autres camarades de la patrouille, ils fixèrent au sol par des cavaliers 3 grenades : 2 sous l'arrière de la voiture, 1 sous l'avant, et relièrent à l'aide d'un fil de fer mince le crochet d'amorçage des projectiles à l'arrière de la charrette, le fil de fer de celle de l'avant revenant se fixer à la hampe du fanion, rendant ainsi très dangereux le maniement de la voiture.
À la rentrée de la patrouille, le sergent Perret lut, inscrit en allemand sur la partie blanche, l'inscription suivante : “ Il y a un an que la guerre est déclarée et, à l'est comme à l'Ouest, nous avons vaincu. Par la sève de la terre d'Allemagne, nous avons la force et nous allons continuer à vaincre. Tous nos ennemis vont succomber. Vive l'Allemagne ! ” »

(rapport du capitaine Coutaz-Repland, 9e Cie, 3e btn)

- Le 5 août, le sergent Perret et les soldats Declercq et Le Borgne sont récompensés (cités à l’ordre du régiment).


- Le 9, le soldat Maurice Collin obtient la même faveur pour être allé chercher « sous un feu violent » un autre écriteau allemand, 900 mètres au sud du lieu cité précédemment. Sur une perche est clouée une planche avec les mots suivants : « Rendez-vous, vous êtes trompés. Varsovie tombée. Hurrah. »


Source : JMO 148e RI (SHD)

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vendredi 23 mars 2012

G comme Généraux français morts au combat

- Dans le secteur géographique autour du Chemin des Dames sont morts au cours de la guerre 7 généraux français.



- Le 20 septembre 1914, le général Jean-Louis Rousseau (137e Brigade), âgé de 62 ans, est tué par un éclat d’obus près de Cormicy.



- Paul Arrivet commande la 109e Brigade d’infanterie. Le 29 octobre 1914, « au cours d’une visite des tranchées et alors qu’il se trouvait dans une tranchée à l’ouest de Crouy occupée par la 3e section de la 24e Cie du 289e, le général commandant la 109e Brigade est tué net d’une balle à la tête à 10h30. Son corps est ramené à l’hôpital de Soissons. » (JMO 109e Brigade)




- 16 septembre 1914 : depuis la veille, les troupes de la 69e brigade commandées par le général Georges Durand subissent de violents bombardements de la part des Allemands qui ont décidé de s’accrocher aux hauteurs surplombant l’Aisne après plusieurs jours de repli. « L’effort de l’adversaire semble se porter sur la Ville aux Bois. Le Poste de Commandement du Général de Brigade est établi à la corne N du bois, à 1 000m S de la ferme du Temple, sur le sentier conduisant vers Champ d’Asile, sentier parallèle au ruisseau le Ployon. A 16h15 le général commandant la 69e Brigade est blessé au genou gauche par un projectile d’artillerie ; il conserve son commandement jusqu’à 20 heures. Le colonel Dunal du 24e d’artillerie prend le commandement de la Brigade. » (JMO 69e Brigade).
- Le général Durand est alors évacué, mais sa blessure s’avère plus grave que prévu. Malgré les soins, il meurt à l’hôpital de La Rochelle le 18 novembre.



- Général de la 52e division d’infanterie, Jules Battesti est lui aussi victime des bombardements intenses qui marquent la stabilisation du front : il est tué dans son PC des faubourgs est de Reims le 25 septembre 1914 « par un obus de 21 qui éclate tout près de lui » alors qu’il supervise une attaque qu’il vient d’ordonner (JMO).
(Biographie)




- Le 5e Groupe de Divisions de Réserve (futur 37e CA) est commandé depuis le 23 janvier 1915 par le général Louis Loyseau de Grandmaison (qui remplace Berthelot). Depuis la mi-janvier (bataille dite de Crouy), l’unité occupe Soissons et ses abords, que les Allemands surplombent et bombardent efficacement.
- Le 18 février, « vers 10 heures, le général de Grandmaison, qui avait l’habitude de visiter chaque jour les tranchées, se rendait par le mail à Saint-Crépin [alors village séparé de Soissons, au nord de la ville] accompagné du commandant Destenay de l’Etat-Major, du commandant Collin et du commandant Chalet du 204e.
Après avoir parcouru une centaine de mètres en terrain découvert, ce groupe d’officiers est violemment pris à partie par une batterie ennemie est obligé de s’abriter derrière un mur.
Le général décide alors de rentrer à Soissons. Le commandant Chalet ouvre la marche. Dès son apparition la batterie ennemie recommence son tir ; il réussit cependant à passer, mais le général qui le suit est salué à son tour par les shrapnells. Il est frappé de plusieurs balles et éclats au moment où il entre dans la rue de l’Evêché.
Blessé mortellement, le général de Grandmaison est transporté en ville, à l’hôtel de Banal où il est décédé le lendemain 19 à 6 heures. » (JMO 37e CA – Source : SHD)
(Biographie)




- Le 17 octobre 1917, le général de division Albert Baratier (134e DI) – célèbre pour sa participation à l’expédition Marchand de 1896-1898 – connaît une mort qui n’est pas directement liée aux combats. Alors qu’il mène avec son chef d’Etat-Major une tournée d’inspection, « à 9h, dans les tranchées des Cavaliers de Courcy, il est pris d’une syncope qui le force à s’arrêter quelques minutes. Au bout d’un quart d’heure, le général allant beaucoup mieux, le chef d’Etat-major le conduit jusqu’au poste de secours. Quelques instant après son arrivée, il est pris d’une nouvelle syncope et meurt subitement. »
- Le lendemain, il est enterré à Gueux lors d’une messe donnée par l’archevêque de Reims, le cardinal Luçon ; de nombreux hauts-officiers sont présents, dont les généraux Micheler, Chrétien et Gouraud (mais aussi le lieutenant-colonel Baratier, frère du défunt).
- Son corps repose aujourd’hui à la nécropole nationale de Cormicy.
(Biographie)




- Le général Pierre des Vallières fait quant à lui l’objet d’un article détaillé par ailleurs.






Sources pour la liste:
http://grande-guerre.org/?p=3311
http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/forum-pages-histoire/generaux-fran%E7ais-pgm-sujet_5619_1.htm
avec ajouts et recoupements ...

Si vous avez d'autres noms ou des détails sur les circonstances de leur mort, n'hésitez pas à me les faire parvenir ...
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samedi 17 mars 2012

P comme Piégés dans les lignes allemandes

- Le 13 septembre 1914, le 4e Régiment de Zouaves progresse sur les pentes sud du Chemin des Dames et parvient sur le plateau de Paissy, où les Allemands commencent à lui opposer une farouche résistance qui va conduire à figer le front pour plusieurs années.
- « Un officier du 148e, Mr le Capitaine Roques, se présente à l’Etat-Major du Régiment. Il vient du village de Chermizy. Il est en civil et s’est dissimulé au milieu des lignes allemandes, depuis la retraite de son Régiment dont plusieurs fractions ont trouvé les ponts de l’Aisne coupés. »
(JMO du 4e Zouaves – Source : SHD)




Le repli du 148e RI

- Depuis le début de la guerre, en effet, le capitaine Roques commande la 11e compagnie du 3e bataillon du 148e régiment d’infanterie (4e GDR). Après les combats en Belgique, l’ensemble de cette unité se replie, dans un certain désordre et sous la pression ennemie, jusqu’aux alentours de Coucy-le-Château via la forêt de Saint-Gobain.
- Le 1er septembre, le colonel Cadoux, commandant le régiment, est sans nouvelles de ses supérieurs, supposés stationnés dans les villages voisins (Fresnes et Quincy) ; les messagers envoyés sur place sont informés par les habitants que toutes les troupes françaises restantes sont parties depuis la veille. On décide alors de franchir l’Ailette pour rejoindre Soissons où la division – semble-t-il – est en train de se regrouper. Mais les Allemands de la Garde sont déjà sur la rive sud, occupant les ponts, et sur les hauteurs de Leuilly ; après de très durs combats, tout franchissement se révèle impossible.
- L’état-major du 148e décide alors de se déplacer vers l’est : environ 1 100 hommes parviennent à Anizy-le-Château tard dans la soirée ; « 4 compagnies du 3e bataillon laissées en arrière pour assurer le repliement du Régiment n’ont pu rejoindre Anizy et ont manqué le départ du Régiment pour Pinon. Deux compagnies, les 5e et 6e, sont également séparées du Régiment.
Le colonel avait demandé au maire d’Anizy de diriger sur Pinon tous les éléments du 148e qui parviendraient à Anizy après le départ de cette localité
[vers 22 heures, après 2 heures de repos]. »


- Le lendemain, 2 septembre, les restes du régiment mettent cap vers le sud – Chavignon-Filain-Moussy (après 2 heures de repos sur l’Epine de Chevregny) – afin de franchir l’Aisne pour suivre le mouvement général de l’armée française. Mais, à leur arrivée, le pont de Bourg-et-Comin a déjà sauté ; idem un peu plus loin à Pont-Arcy ; il faut aller jusqu’à Chavonne pour parvenir enfin en rive gauche (le pont est immédiatement détruit) et poursuivre le repli.
- « C’est ainsi qu’il parcourut 70 km en 27 h, arrivant au pont de l’Aisne à Chavonnes [sic] et à celui de la Marne à Chartèves bon dernier pour les traverser avant qu’ils ne soient détruits. Dans cette marche, le 148e s’est fait précéder d’officiers montés qui allaient prévenir le Génie préposé à la destruction des ponts, de l’arrivée du régiment afin qu’on en retarde si possible la destruction jusqu’à l’arrivée du régiment. » (rapport du colonel Cadoux)
- Aucune information concernant les troupes laissées sur l’Ailette la veille … « Je ne m’explique pas comment le 3e bataillon a pu s’égarer. A 19 heures à Jumencourt, j’ai parlé moi-même aux Capitaines Delorme, Renon et Dagalier qui n’ont pas encore reparu. » (idem)



Dans les creutes

- Ceux qui sont restés en arrière le 1er septembre connaissent des fortunes diverses, qui ne sont pas toutes connues. Gérard Lachaux (dans Les creutes : Chemin des Dames et Soissonnais) décrit le sort de certains d’après Odyssée d’un R.I. à travers le Soissonnais (général Vignier).
- Certains tentent de se dissimuler dans des creutes près de Soupir ou de Pargnan ; tous ne parviennent pas à tenir jusqu’au retour des Alliés dans le secteur et sont capturés par les Allemands.
- Six hommes du 148e se cachent dans une carrière au nord de Beaulne ; pendant une dizaine de jours, ils se terrent au plus profond des lieux, se s’aventurant vers l’extérieur que lorsque les villageois (le curé de Troyon ou Georgette Bourdin par exemple) viennent leur apporter de la nourriture ou un almanach des PTT pour échafauder un plan d’évasion. Un jour, n’y tenant plus, ils allument un feu pour se réchauffer devant leur abri, manquant de se faire surprendre par des cavaliers qui passent sur la route toute proche. Finalement, le 13, face aux détonations et aux bruits de combat, l’espoir revient ; ils sont finalement découverts par des soldats britanniques, dans un premier temps méfiants face à leur état physique et vestimentaire puis qui les laissent rejoindre leur unité …




Le regroupement

- Après la bataille de la Marne, en effet, le 148e participe à la contre-offensive alliée et arrive près de Berry-au-Bac, combattant face à une adversité plus décidée que dans les jours précédents vers la ferme du Choléra.
- « Vers 15h30, le 148e est rallié par le lieutenant de Beaucoudray [9e Cie du 3e Btn], commandant un détachement de 350 hommes, séparés du régiment depuis Coucy-le-Château. »
- Il raconte alors ces dix derniers jours : « Le 1er septembre, au cours du combat de Coucy, le Capitaine Roques s’est replié avec deux de mes sections pendant que je le protégeais par mon feu avec les deux autres. N’ayant reçu de lui que des indications vagues, je perdis sa trace.
Le 2 septembre, dans la matinée, je rejoignis un détachement commandé par le capitaine Boitel. Le Capitaine Boitel réussit à nous faire passer les lignes allemandes jusqu’à l’Aisne en utilisant les bois. Les ponts de l’Aisne étant coupés, nous passâmes en barque près de Chavonnes.
Le 3 septembre, vers 15 heures, le détachement grossi de nombreux isolés du régiment et d’autres corps s’élevait à 400 hommes. A la tombée de la nuit, nous cherchions à gagner Reims, mais nous rencontrâmes une forte colonne ennemie de toutes armées. Nous dûmes nous défiler dans les bois de Chassemy.
Le 4 septembre, le capitaine Boitel, parti en reconnaissance pour chercher à nous ravitailler, disparut. Je pris alors le commandement du détachement. Je réussis à le faire vivre en utilisant les ressources des villages à proximité. Je le défilai dans les bois, dans les carrières et dans les villages que les Allemands n’occupaient pas. Je formai avec ce détachement d’isolés de toutes armes et de tous corps des unités disciplinées et prêtes au combat.
Toute tentative pour percer vers le sud me sembla impossible car je me heurtais à de grandes voies de communication fortement gardées.
Le 10 septembre, étant à Launoy, j’entendis un combat dans la direction d’Hartennes.
Le lendemain matin 11 septembre je pouvais rentrer dans les lignes françaises. Je dirigeai les isolés vers leurs corps respectifs et le 13 septembre vers 15 heures, je rejoignis le 148e à la Musette (4 km NO de Berry-au-Bac) avec 350 hommes.
Je dois citer le dévouement de l’adjudant Robert qui me seconda constamment avec zèle et énergie, et dirigea avec habileté le passage de l’Aisne en barque.
Les lieutenants Pecqueur et Bena, grâce à leur expérience du commandement et à leurs sages conseils me furent de précieux auxiliaires.
Le sergent Deparis (4e Cie) déguisé en civil fut un agent de ravitaillement et d’information habile et infatigable.
Le soldat Varlet, de la 9e Cie, s’est distingué par son énergie et son dévouement. »




- Le 148e RI participe aux combats de Berry pendant près d’une semaine, accueillant encore quelques isolés perdus le 1er septembre, dont le capitaine Roques qui reprend immédiatement son poste. Le 19 septembre, le régiment au repos est reconstitué à 3 bataillons, comme trois semaines plus tôt.




JMO du 148e RI (jusqu’au 12 septembre)
JMO du 148e RI (après le 12 septembre)
(source: SHD)

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dimanche 11 mars 2012

R comme Rivoli

(Carte tirée du JMO de la 18e DI - Source: SHD)



- Le « centre Rivoli » est un ouvrage fortifié qui sert de Poste de Commandement (P.C) aux unités présentes en bordure du bois de Beaumarais, au sud-est de Chevreux.

- Le 8 avril 1917, André Zeller y arrive pour mettre en place le bombardement de son unité (1er groupe du 27e RAC – 2e DI). « Ce poste de commandement fonctionnait dans un abri assez vaste, creusé en sous-sol, dans une région légèrement surélevée du bois de Beaumarais. Pour échapper à l’entassement des secrétaires et agents de liaison, ainsi qu’à la lumière un peu fatigante des bougies, je passais une grande partie de mes journées dehors, soit en visite aux bataillons, soit en arpentant les sous-bois voisins. »

- Le 15, il a la surprise de voir arriver à Rivoli « un brave canonnier-trompette, tirant derrière lui sa monture. Symbole des illusions du commandement, il était destiné à caracoler lors de l’avance profonde du lendemain [pour le colonel Dietrich, du groupement d’artillerie]. Pour l’instant, la zone du P.C. Rivoli, passablement battue par les gros obus, se prêtait mal à l’hébergement de cet animal, qui paraissait dépaysé au milieu des tranchées et des entrées de galeries de mines. Je le renvoyai, lui et son cavalier, vers les bivouacs des trains de combat, en me réservant leurs services au cas d’un développement favorable de l’action du lendemain. »

Source : André Zeller, Dialogues avec un lieutenant





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mercredi 7 mars 2012

B comme Bois de l'Enclume

(Les traces visibles des boyaux et tranchées sur une photo aérienne de 1949 - Source: IGN)




- Bois situé au sud de Corbeny, le long de la D 1044, sur une hauteur (Butte Noirmont sur les cartes IGN actuelles).
- Dans le détail, il existe en fait un bois principal qui porte ce nom, un autre de très faible superficie à l’ouest (bois du Forgeron), enfin un troisième ensemble au nord (Petits bois de l’Enclume ou Bois Licorne selon les documents)


- Après avoir repoussé les troupes françaises qui avaient réussi à occuper Corbeny le 14 septembre 1914, les Allemands fortifient la zone qui se trouve entre le village et le bois de Beaumarais. La hauteur qui longe la Nationale 44 est alors progressivement transformée en bastion défensif redoutable (pendant oriental des Bastions de Chevreux).
- Le bois de l’Enclume devient ainsi le cœur de la deuxième ligne de défense allemande, avec devant lui les tranchées du Marteau et de l’Enclume.


- La puissance de feu du bastion de l’Enclume, peu touchée par la préparation, est l’une des causes de l’échec de l’offensive Nivelle dans le secteur. Néanmoins, à partir de mai 1917, l’Enclume se retrouve en première ligne après les quelques progrès français.
- Le secteur connaît alors une suite de coups de main français qui tentent de s’emparer de ce site, en vain …



- Le 2 novembre, lors de leur mouvement général de repli sur l’Ailette, les Allemands abandonnent le bois tout en se renforçant dans Corbeny. « Il n’existait aucune organisation, et le gel durcissant le sol ne permettait à ce moment ni terrassements ni travaux de réseaux. La vigilance de nos troupes devait se montrer très active. Les entreprises de l’ennemi, fort bien retranché dans ses positions organisées depuis longtemps, étaient presque journalières, et nous trouvaient faiblement protégés contre lui. » (Historique 113e RI, décembre 1917)

- Le 18 décembre, un de ces coups de main allemands est particulièrement éprouvant pour le 113e, qui vient juste d’arriver en ligne :
« A 1 heure une patrouille ennemie se présente devant PP2 (Centre de Résistance de l’Enclume) occupé par le 1er Btn (Btn Genty). Elle est repoussée à coups de grenades.
A 6 heures 2 fortes colonnes comptant chacune 30 à 40 hommes tentent un coup de main sur nos petits postes devant le 1er Btn. Celle venant de l’ouest attaque notre petit poste PP6, commandé par le sergent Serreau de la 2e Cie. Le poste engage la lutte et résiste fermement. 1 caporal et trois hommes sont blessés. L’ennemi sous le tir de nos F.M. et l’action de nos grenadiers se retire sans avoir obtenu de résultat.
Au même et avant que nos postes puissent tenter un mouvement de repli sur notre ligne de résistance, un bombardement d’une violence extrême se déclanche [sic] sur toute la position de l’Enclume. La colonne de l’Est prend à revers en même temps notre PP5 échelonné à la corne Est du petit Bois de l’Enclume. Une lutte très vive s’engage, le sergent Chrétien qui commande le PP tombe blessé et roule en gémissant sur le sol. 3 autres hommes sont également blessés. Un sous-officier allemand tué à bout portant par un de nos hommes s’abat en même temps que plusieurs de ses hommes. Son corps qui ne porte aucun insigne ni aucun indice permettant de l’identifier reste entre nos mains.
L’ennemi en se retirant emporte le sergent Chrétien et au moins 2 autres corps de soldats allemands qu’on avait vu tomber et qu’on ne retrouve pas. Le sol porte des traces de corps sanglants traînés.
[A l’ouest de l’Enclume,] le sous-lieutenant Lochon qui commandait la section qui fournissait les postes, étant dans la parallèle de résistance avec un caporal et 4 hommes crie : “voilà les boches tout le monde à son poste” mais surpris par derrière par la colonne ennemie, il est rapidement mis hors d’état de résister. Cette fraction est considérée comme disparue. »

Le bilan pour le 113e RI est de 2 tués, 14 blessés et 7 disparus.

- Le 30 décembre, une nouvelle action allemande dans le secteur cause la mort de 2 soldats (2 autres sont blessés), cette fois sans grande réussite.

(JMO 113e RI – Source: SHD)



(Le bois de l'enclume aujourd'hui vu depuis l'ancienne première ligne française - Tranchée Anspach)
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mercredi 29 février 2012

S comme Saint-Rigobert



- Chapelle située à l’est de Gernicourt, près du canal parallèle à l’Aisne, dans le secteur de Berry-au-Bac. On trouve à proximité une fontaine supposée guérisseuse.

- « Pour le poste de secours, m’annonce le commandant, j’ai votre affaire. Une vieille chapelle qui se trouve dans un creux de terrain, à deux cent mètres d’ici. Saint-Rigobert. Vous y serez très bien. »
- Comme le montre cet extrait du journal de Louis Maufrais (40e RAC), J’étais médecin dans les tranchées (avril 1917), la chapelle Saint-Rigobert joue un rôle essentiel à proximité d’un secteur souvent actif pendant le conflit, à proximité des premières lignes (cote 108, Sapigneul, Miette, etc.).
- A cette date, le bâtiment est « une vieille chapelle sans porte, ouverte à tous les vents, quasiment creusée dans la pente. Les murs ruissellent d’humidité et le sol est plein de boue. »
- La région est dangereuse, soumise au bombardement allemand (Louis Maufrais et ses compagnons doivent même se cacher dans les niches vidées des statues des saints).




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mercredi 22 février 2012

R comme Romains

- Le site de la butte Mauchamp a une grande renommée depuis les fouilles menées depuis le Second Empire pour son passé gallo-romain. C’est aussi là que César installe son camp pour attaquer l’oppidum de Bibrax (Saint-Thomas), à quelques kilomètres au nord. On trouve d’ailleurs un toponyme « Camp de César » à proximité immédiate de l’emplacement actuel de la ferme Mauchamp.

A lire notamment à ce propos, un article en ligne de Jean-Luc Collard (page 25)


- Pendant la guerre, les combattants français rendent hommage à ce passé prestigieux en nommant plusieurs tranchées et points stratégiques avec des toponymes d’inspiration antique.
- C’est ainsi que l’on y trouve par exemple les bois du Licteur, des Vestales ou des Consuls, mais aussi les noms suivants de tranchées : Horace, Curiace, Trajan, du Forum, du Colisée, d’Auguste, du Centurion, des Oies, etc. (il en est de même pour plusieurs boyaux, qui réutilisent le plus souvent les mots précédents).


Carte issu du JMO du 299e RI de février 1918 (source: SHD)

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jeudi 16 février 2012

D comme Demi-sourire

- Le 16 avril 1917, le 208e RI est anéanti lors de son attaque vers la tranchée de Lutzow : près de 1 200 hommes sont hors de combat. On compte notamment 850 disparus, dont « 250 présumés tués » et un grand nombre de prisonniers.
- Un des soldats qui restent sur le terrain après le repli de ses camarades y passe plus de trois semaines, malgré les relèves successives et les attaques des deux camps.

- « Au moment où j’arrivais, deux brancardiers apportaient au poste de secours un fantassin du 208e, ramassé par une patrouille de nuit, et qui gisait entre les lignes depuis l’attaque du 16 avril. Teint parcheminé, os saillants sous la peau, jambe doublement fracturée et soutenue par une armature faite des montants de son havresac, il avait vécu trois semaines dans un trou d’obus, en consommant les vivres de réserve prélevés sur deux cadavres et en buvant de l’eau croupissante. Chaque soir, expliqua-t-il, les obus français et allemands des tirs de barrage éclataient autour de lui, mais sa crainte dominante était d’être assommé par l’une des innombrables fusées éclairantes des deux partis. Le médecin-major ne le considérait pas en danger de mort. Calme, satisfait, disait-il, de sortir d’un mauvais lieu, il nous quitta pour l’ambulance avec un demi-sourire. »
(André Zeller, Dialogues avec un lieutenant, page 118)



- Les blessés restant plusieurs jours entre les lignes avant d’être récupérés – vivants – sont nombreux lors de l’offensive Nivelle, comme lors d’autres combats acharnés au cours du combat. A Jules Ninet qui s’étonne que son camarade Monsinjau soit resté 6 jours et 6 nuits en avant des lignes, jambes brisées et mains gelées (il mourra de ses blessures à l’hôpital), un brancardier lui répond : « Pourquoi ? Parce qu’on ne pouvait pas, pardi ! Les Boches tiraient sans arrêt. Jour et nuit, les mitrailleuses crachaient, fallait voir. Et puis, il y en avait tant de blessés !... Partout, dans les boyaux, dans les ravins, dans les trous d’obus… Impossible de tous les voir, de tous les sauver. Pourtant, combien de brancardiers se sont faits descendre par dévouement ! » (Jules Ninet, Copains du front)

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vendredi 10 février 2012

M comme Malgaches

- Pendant le premier conflit mondial, 41 000 Malgaches combattent pour la France ; 2 500 sont tués ou portés disparus.
- C’est le gouverneur général de la colonie, Hubert Garbit, qui organise la mobilisation. Le premier contingent est envoyé en octobre 1915 vers la métropole ; ils stationnent dans un camp proche de Fréjus avant de combattre dans le Nord de la France.


- Finalement, fin 1916, le 12e bataillon de chasseurs malgaches est constitué à partir des 12e et 13e compagnies malgaches du 73e BTS.
- Début avril 1917, ils sont débarqués à Soissons, d’abord travaillant pour le Génie puis mis au service de la 3e DIC – 1er CAC (à partir du 30).
- Le 5 mai, les Malgaches font leur véritable baptême du feu au nord de Vauxaillon lors de la 2e grande phase de l’offensive Nivelle : il s’agit pour eux d’empêcher toute tentative allemande de contournement par le canal de l’Ailette (tranchées du Buffle et de l’Aviatick)


- Certains participent à d’autres tâches aux côtés des combattants.
- Ainsi, début mai 1917, au moulin de Laffaux, Georges Duhamel rencontre des Malgaches dans son « autochir ». « Ca ne va pas votre brancardage. Je vais vous envoyer huit Malgaches. Ce sont d’excellents porteurs », lui dit un supérieur. « C’était, avec plus d’exactitude, un assortiment de nègres où dominait l’élément malgache, une série d’échantillons prélevés sur le 1er Corps colonial qui, à cette heure même, tapait ferme devant Laffaux. Il y avait quelques Soudanais sans âge, ridés, ténébreux, cachant sous la vareuse réglementaire des grigris patinés qui sentaient le cuir, la sueur et les huiles exotiques. Pour les Malgaches, imaginez des hommes de taille médiocre, d’aspect chétif, qui ressemblaient à des fœtus noirs et sérieux. » (Georges Duhamel, Civilisation)



- Le 13, le bataillon malgache rentre à Soissons, puis est rattaché au 37e CA (62e puis 81e DI) : après renforcement, il est en secteur autour de Terny-Sorny puis de Juvigny, accomplissant principalement des travaux d’aménagement puis assurant la défense des premières lignes au nord de l’Ailette, près de Vauxaillon (au sein du 66e RIT), aux côtés de 150 cuirassiers. « Les deux compagnies malgaches sont accolées et tiennent toute la lisière est du bois du Mortier. Relevées tous les douze jours à l’issue desquels elles bénéficient théoriquement de six jours de repos, elles sont en fait constamment employées sans connaître le moindre répit. Les six jours de récupération à l’issue du séjour en ligne sont systématiquement mis au profit du Génie en manque de main d’œuvre pour le maintien en état des infrastructures de communication et de soutien. » (Jacques Razafindranaly, Les soldats de la Grande île : d’une guerre à l’autre, 1895-1918)
- Le 23 août, le bataillon repousse un coup de main mené par une quarantaine d’Allemands (1 mort).
- Le 10 septembre, ce sont deux patrouilles qui sont surprises par un groupe d’Allemands en train de préparer une attaque en coupant les barbelés : un engagement bref mais violent s’ensuit (1 mort, et plusieurs sanctions contre des tirailleurs qui n’ont pas eu un comportement adéquat selon la hiérarchie : un sergent est cassé et redevient 2e classe, cinq tirailleurs sont punis de 15 jours de prison – tous accusés d’avoir laissé seul leur chef de patrouille au moment du combat, celui-ci étant tué).

- Face à l’accroissement de la tension dans ce secteur (des prisonniers allemands révèlent que des troupes nouvelles viennent d’arriver du front oriental), l’état-major décide de retirer les Malgaches – jugés trop peu sûrs. Pourtant, la veille de leur départ, le 20 septembre, ils repoussent à nouveau un puissant coup de main ennemi (3 tués, 12 blessés).
- Début octobre, comme les autres soldats venus des colonies, les Malgaches sont envoyés dans le sud de la France.



- En 1918, le bataillon malgache participe à l’offensive de septembre 1918 et progresse au nord de Soissons vers Terny-Sorny (combats le 2) puis en direction d’Allemant (le 14), lieux déjà bien connu des survivants de 1917.

- Début 1919, il devient le 1er Régiment de Chasseurs malgaches.



Sources principales :
JMO du 12e BTM
et livre de Jacques Razafindranaly, Les soldats de la Grande île : d’une guerre à l’autre, 1895-1918


A consulter aussi :
http://nice-madagascar.blogspot.com/2011/12/156-tirailleurs-coloniaux-malgaches-au.html

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samedi 4 février 2012

B comme Bête et brutale

- Le 17 septembre, le 123e RI est en première ligne dans le vallon de Troyon. Le Chemin des Dames est alors un secteur dit « calme » depuis plusieurs mois (combats de la Creute, janvier 1915). Pour le JMO du jour, peu à signaler sinon des éléments devenus des banalités : « Quelques 105 sur nos tranchées de 3e lignes du 2e bataillon vers 10h. A 1h30 105 et 77 : 1 sergent tué. Quelques dégâts matériels. »


- Pour le sous-lieutenant Maurice Vincent et ses soldats, le quotidien a cependant un autre goût. « La matinée se passe sans incident, mais à douze heures les allemands bombardent vers le 249e puis bientôt sur nous. Notre repas est vite pris. Je fais rentrer mes hommes dans les abris, et c’est à peine si j’y suis rentré moi-même qu’un obus de tombe près de nous. Les éclats atteignent mon sergent à la jambe et à la cuisse. Je le fais asseoir aussitôt et me mets à le panser. Hélas, la blessure qui ne me paraissait pas grave au premier abord, m’en fait découvrir une autre, à la cuisse dont la perte de sang cause une hémorragie. Malgré les ligatures que je fais avec mon ordonnance, le sang coule à flot et il meurt dans mes bras. Pauvre sergent Vinet, pauvre père de deux enfants. C’est avec bien du regret que je l’ai vu emporter par les brancardiers. Je n’en reviens pas de la façon si brutale qu’il a été tué. L’artère fémorale a été tranchée net. Son enterrement a lieu à quatre heures. Malheureusement, je ne puis y assister, le devoir me commande de rester là. Le reste de la journée se passe sans que je ne puisse revenir de cette mort bête et brutale. »
- Trois jours plus tard, lors d’un repos, « je vais faire une prière sur la tombe de mon ancien et regretté sergent. Je l’ai fait arranger. Elle est bien. »
(Source : Maurice Vincent, Carnets de guerre d’un poilu girondin)


Fiche MPF d’Antonin Vinet

samedi 28 janvier 2012

I comme Instinct de conservation

- 29 avril 1917 au sud-est de Craonne : « Journée très calme. A 21 heures, début d’un bombardement intense [allemand] avec obus asphyxiants qui va durer toute la nuit ; très forte densité ; tout le bois de Beaumarais est dans une nappe gazeuse qui est entretenue toute la nuit. » (JMO 27e RAC, cote 26 N 952/4)

- Le lieutenant André Zeller se trouve alors au PC Rivoli. « Nous prenions le frais à la porte lorsqu’une gerbe d’obus s’abattit dans la clairière sans éclater, s’enfonçant au sol avec un bruit mou. Une odeur chocolatée, un peu écœurante, nous fit instantanément coiffer le masque, puis rentrer dans l’abri, en calfeutrant les issues. […] Nous étions cinq, réunis dans la même pièce étroite, le commandant Legrand, le docteur Rouveix, les lieutenants Varaigne, Bouchard et moi-même, silhouettes de fantômes, le masque en tête, esquissant des gestes vagues à la lueur d’une bougie vacillante. »
- Un oubli cependant cause de gros souci aux hommes qui se sont réfugiés dans l’abri : ils n’ont pas calfeutré le conduit de la cheminée du poêle, et le gaz parvient à entrer, les obligeant à économiser au maximum leur respiration lorsqu’il constate que le bombardement dure très longtemps.
- André Zeller traverse alors un moment de doute : « Plusieurs fois au cours de la guerre, j’avais fait le sacrifice de ma vie. Ce soir-là, en pensant au calcul précis, certainement fait par l’artilleur allemand, de la quantité d’obus nécessaire pour nous faire passer de vie à trépas, j’avais l’impression de l’inévitable et je me préparais, aussi bien que possible, pour l’au-delà. » Malgré leur masque, puis celui de rechange, les occupants finissent par s’évanouir au bout de plusieurs heures d’un gazage incessant quoique très limité.
- « Quand au petit jour je sortais de ma torpeur, le bruit mou des obus avait cessé. Mes premiers mots furent : “Ce n’est pas encore pour cette fois.” Tant est fort l’instinct de conservation, qui terrasse en un clin d’œil le meilleur esprit de résignation. » (André Zeller, Dialogues avec un lieutenant)

- « Les pertes sont élevées surtout au 1er groupe du 27ème, où 80 hommes sont évacués pour intoxication. » (JMO) Parmi eux, le lieutenant Paul Leroy (commandant de la 2e batterie) et le médecin-major Rouveix sont particulièrement touchés ; celui-ci meurt de suite de ses blessures malgré plusieurs mois de soins.



- Le général Brissaud de la 66e Division attribue une récompense aux artilleurs : « Le 1er groupe du 27e régiment d’artillerie de campagne : sous le commandement du chef d’escadron Legrand, comprenant les 1ère batterie, capitaine Hudelist, 2e batterie, lieutenant Leroy, 3e batterie, capitaine Teissier, pris sous un bombardement continu d’obus asphyxiants de gros calibre pendant toute la nuit du 29 au 30 avril 1817, a néanmoins rempli sa mission, tirant sans interruption jusqu’à épuisement des forces (évacuation de plus de deux tiers du personnel). »

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dimanche 22 janvier 2012

R comme Réparties gauloises

- Après l’échec de l’offensive Nivelle, le 4e régiment de Zouaves se retrouve en première ligne pendant toute la deuxième moitié d’avril 1917, autour de la ferme de la Creute et du Monument d’Hurtebise.

- Dans le JMO du régiment, après le détail des opérations militaires figure un « compte-rendu anecdotique » rédigé par le capitaine Reynès, commandant du 3e bataillon.


- « Comme tous les engagements, tous les combats auxquels le 3e bataillon a pris part, ceux du 17 au 25 avril 1917 ont été particulièrement fertiles en “réparties gauloises”, en joyeux mots et aussi en belles phrases bien françaises que la vision de la mort semant des victimes à chaque pas ne saurait tarir. Malheureusement, toutes ne pas entendues, beaucoup ne sont pas retenues et, tel qui en avait été émerveillé, n’est plus pour en témoigner. »

- S’ensuivent plusieurs épisodes vécues et phrases prononcées par des soldats du régiment, dont voici quelques exemples …



- Dans la soirée du 25 avril (journée très difficile pour les Zouaves, qui doivent abandonner leurs tranchée sous la pression du 1er régiment de la Garde, avant de contre-attaquer victorieusement en fin de journée et de reprendre possession des ruines de la ferme de la Creute), les Français s’attendent à une attaque ennemie : « Sous la poussée d’officiers et de sous-officiers, dont nous percevons les vociférations à travers la canonnade, quelques Fritz sortent de leur boyau et cherchent à escalader notre barrage. Nos poilus ne perdent pas la tête. Le soldat Almon, qui est au premier rang, ajuste froidement son homme et, heureux du résultat de son tir, il s’écrie :
- “La guerre comme ça, ça me va.” »

- « Le zouave Couillout (II°) faisait partie d’une patrouille qui venait de mettre en fuite un groupe d’ennemis ; touché à la fesse, il s’écria, furieux d’une blessure aussi mal placée :
- “Il m’en ont foutu plein les fesses, mais on les a eus.” »


- « Le sergent Dufour, fouillant un abri boche, trouve une magnifique pipe. Il la bourre et sort heureux. La pipe aux dents, il se dispose à l’allumer, quand un éclat d’obus fracasse le tuyau. Dufour contemplant les débris à terre s’écria :
- “C’est comme à la foire aux pains d’épices, à chaque coup on abat une pipe !” »


- « Le zouave Gamard (II° compagnie), sous un bombardement intense, voyant tomber tous ses camarades, invectivait les Boches en ces termes :
- “Vous avez beau faire, tas de guignols, vous ne ferez pas ma bourgeoise veuve.” »





Pour consulter l’ensemble du document :
JMO du 4e Régiment de Zouaves (cote 26 N 839/4)

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/jmo/img-server/26_N_839_004/SHDGR__GR_26_N_839__004__0154__T.JPG

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/jmo/img-server/26_N_839_004/SHDGR__GR_26_N_839__004__0155__T.JPG

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mardi 17 janvier 2012

M comme Marx (Léon-Roger)

- Ecrivain français
- Paris 1890 – Saint-Gilles (Marne) 1917

- En 1917, Léon-Roger Marx est caporal au 4e Zouaves. Courant mars, son unité arrive autour de Fismes préparant l’offensive à venir et aidant à bâtir l’H.O.E. de Saint-Gilles.

- Le 15 avril, Marx attend dans les creutes de Pargnan de pouvoir poursuivre – le lendemain – l’œuvre des troupes qui auront rompu le front ; mais les choses ne se passent pas comme prévu …
- Le 17, le 4e Zouaves est en première ligne au Monument d’Hurtebise et à la ferme de la Creute ; les accrochages sont nombreux jusqu’à la relève du 25.

- Après quelques jours de repos à Revillon, les Zouaves sont envoyés le 20 mai sur le difficile saillant de Deimling, lieu d’incessants combats pour conserver la possession des points hauts du plateau.
- Le 27 mai, même si la journée est officiellement « calme », le régiment subit des « rafales fréquentes d’obus de 77 et de 150 sur les tranchées arrières et sur les boyaux » qui causent la mort de 13 soldats et en blessent 17 ; Léon-Roger Marx est l’un d’eux, touché par un éclat au visage. Il est évacué vers l’H.O.E. … de Saint-Gilles mais décède le lendemain.



- Quelques heures avant d’être blessé, il a écrit une dernière lettre :
« J'ai découvert la beauté simple de cette volonté de tenir, de résister à sa sensibilité, de se dominer. Ne crois pas que cela m'ait rendu plus dur; mais j'ai été très content de voir que j'arrivais à ne plus craindre la tristesse, à ne plus me laisser noyer par elle, comme j'ai su, et je t'assure que j'en suis fier, n'avoir jamais peur du danger. Cet équilibre, je voudrais le garder toute ma vie sans pour cela que ma sensibilité s'amoindrisse....
Ne te frappe pas pour les bonnes années qu'on a passées si loin ; d'abord, la France est si belle et nous a valu une si admirable formation morale et esthétique! Enfin, nous apprécierons mieux encore notre bonheur pour avoir vu et pressenti tant de choses tristes ... tristes, tu sais.
Cette vie éreintante, je l'ai voulue et elle est celle que je devais mener.... Je me trouve, ce matin, presque calme et sans tristesse, plein de force et de clarté en moi. Je pense qu'on est heureux de se sentir valide, au pied, pour ainsi dire, de son devoir ; et vraiment rien ne me fait peur tant que je me sens fort et comme fier. »

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k554427.r=%22derniere+lettre+ecrite%22.langFR
(une erreur indique qu’il est décédé le 27 juin)


- Léon-Roger Marx fait partie des 560 écrivains décédés pendant la première guerre mondiale dont le nom figure au Panthéon, à Paris ; il est en effet cité par l’Association des Ecrivains combattants, comme le rappelle un article de La France mutilée de 1931.





Fiche MPF


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jeudi 12 janvier 2012

S comme Saint-Pierre

- Ferme située sur la commune de Merval (le long du ruisseau du même nom), en descendant vers la vallée de l’Aisne, qui donne son nom à un camp de l’armée française pendant la première guerre.
- Il s’agit de la dernière halte avant l’arrivée sur le front, ou de la première après le départ (secteur compris entre Cerny et Hurtebise). Depuis ce versant on peut observer toutes les pentes du Chemin des Dames.

- Dans la soirée du 22 août 1917, Edouard Coeurdevey (417e RI) y arrive après avoir passé Fismes. « On marche. On fait des tours, détours inexpliqués et inexplicables dans des pistes. On s’arrête devant des baraquements : “Camp Saint-Pierre.” Mais pas de casernier. Enfin, on le trouve. C’est là que l’on s’entasse, une compagnie par baraque sur de la vieille paille foulée, salie, où l’on devine la vermine. […] Les baraques Adrian n’ont pas une planche à paquetage. Pas un banc, pas une table. Les officiers ont couché sur la paille sale, comme la troupe. »
- Coeurdevey séjourne 4 jours au camp Saint-Pierre ; le ruisseau sert pour la toilette des soldats, qui améliore comme ils peuvent leur confort quotidien avant de partir vers Villers-en-Prayères.



Source : Edouard Coeurdevey, Carnets de guerre 1914-1918

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jeudi 5 janvier 2012

S comme Sergent-major




- « On appelait « Trou du sergent-major » en 1917, un interminable et profond couloir souterrain creusé sous le plateau de Craonnelle, et dont je ne saurais dire s’il existe encore. On y pénètre, tournant le dos aux clartés de la nuit, par une ouverture au ras du sol, dans une carrière, et si basse que les hommes se courbent pour descendre dans d’humides ténèbres, par un escalier qui ensuite remonte. » (Georges Gaudy, Le Chemin des Dames en feu)

- En septembre 1914, les soldats français parviennent – difficilement – à mettre pied sur le rebord sud du plateau, au nord de Craonnelle, et à s’y maintenir. Après la stabilisation du front, on aménage défensivement les lieux ; un réseau de tranchées et de boyaux est mis en place (dont le boyau du sergent-major, qui relie le trou du même nom au village via d’autres tranchées).
Carte du 43e RI en date du 16 avril 1917, avant l’offensive.



- Après les combats d’avril-mai 1917, le trou sert d’abri aux soldats français lorsqu’ils sont en réserve, sur le plateau des Casemates en permanence au cœur des combats (cf. témoignage du Docteur Chagnaud, du 152e RI, le 23 juillet 1917).
- Le trou du sergent-major sert avant tout de PC à l’état-major des unités présentes dans le secteur : PC Belfort (43e RI) puis PC Artois (par exemple sur cette carte du 7e BCP en septembre 1917, ou encore chez Paul Truffau quelques semaines plus tard).