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Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


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Cordialement
Gil Alcaix

lundi 17 octobre 2011

C comme Craonne (2) - en 1917

- Début 1917, Craonne présente encore le visage d’un village, malgré les destructions dont il est victime depuis près de trois ans. Les Allemands ont aménagé les lieux à leur convenance, utilisant au mieux les constructions et la pente pour leurs organisations défensives.


- Tout change avec la préparation de l’offensive Nivelle, qui commence par des bombardements intenses dans les premiers jours d’avril. Malgré l’échec de l’attaque d’infanterie, qui ne permet pas aux troupes de s’emparer des ruines comme cela était prévu, Craonne est pratiquement rayé de la carte, du moins en surface.


- Le 4 mai, Georges Gaudy sort de son abri en bordure du plateau de Vauclerc et observe la situation en compagnie du sergent Arsicaud : « A l’extrémité est de ce plateau, un peu plus haut qu’à mi-côte, s’accumulent des monceaux de décombres surmontés par deux piliers soutenant un fragment de voûte. Je reconnais Craonne et ce qui fut son église. [...] Des 220 en effet s’abattent sur les ruines. Leur mugissement monte derrière nous, se détache entre tous les bruits, se perd dans les hauteurs. Quelques secondes ... et parmi les débris déchirés, deux colonnes couleur d’encre s’élancent, verticales. [...] Sous leurs coups de bélier, Craonne chancelle encore, s’abat par fragment, se morcelle. On dirait des marteaux-pilons qui frappent à coups répétés, pulvérisent et broient. Quand la fumée se disperse un instant, le dernier vestige de voûte soutenu par ses deux piliers apparaît, résistant toujours dans le chaos.
Et des Allemands sont tapis sous ces décombres !... Notre cœur est saisi de pitié. Craonne, dit-on est occupé par la Garde. Fameux soldats, qui savent résister à de telles épreuves !... »

- Vers 17 heures, alors que le ciel est d’un « bleu lumineux », « les piliers et les arceaux viennent de s’abattre dans un tourbillon aux teintes de suie. J’entends – ou je crois entendre –, bruit clair à travers les bruits sombres, la dégringolade des pierres. Nous tressaillons de joie, puis nous nous sentons oppressés ; car ce qui tombe sous nos coups, c’est un peu de la vieille patrie. »

- A 18 heures, deux bataillons du 18e RI (Olivari et Robert) et une compagnie du 34e (lieutenant Aron) partent à l’assaut de Craonne et des hauteurs de Californie. Une section Schilt suit, qui nettoie les nombreuses caves encore fortement occupées du village.
- L’opération, bien préparée, est une réussite rapide puisque réalisée en quelques minutes (« Notre progression a été relativement facile, l’ennemi s’étant peu défendu »). « J’aperçois, le long de la pente, des points noirs qui bougent. Ce sont des hommes. Ils se multiplient, surgissent des entonnoirs. Ils forment maintenant une ligne étendue qui monte, qui monte vers les ruines du village. […] Les émouvantes formes humaines se dispersent, s’enfoncent dans les excavations, reparaissent, se regroupent, entre dans les décombres, se dressent sur les moellons, passent au travers des murailles éventrées. Et quand la réserve se déploie à son tour et s’élance à l’assaut de ces pierres, la première vague est déjà au nord du village » (Gaudy). Même description chez Arnaud Pomiro : « je vois à la jumelle des poilus du 34e régiment qui, sortis de leurs tranchées de Craonne, courent de trou d’obus en trou d’obus et grimpent la crête. Ils lancent des grenades tout en marchant. Les baïonnettes scintillent. J’en compte un, deux…, neuf qui arrivent tout à fait à la crête et continuent à la queue leu leu tout en lançant des grenades. Tout mon être tressaille. Ca y est ! Nous y sommes ! Espérons que nous la garderons. »
- En fin de journée, « les positions conquises sont organisées ; nos pertes sont légères, 215 prisonniers tombent entre nos mains. »

- Dans les unités voisines la nouvelle circule rapidement, confirmée par les réactions de l’artillerie allemande et les tentatives de contre-attaque qui, toutes, échouent. Dans l’abri de Georges Gaudy, « des poilus se bousculent et voudraient sortir. La peur d’être écrasés dans l’ombre ? Peut-être ! Mais surtout le plaisir de contempler Craonne reconquis. »



(Sources : Georges Gaudy, Le Chemin des Dames en feu ; Arnaud Pomiro, Les carnets de guerre d’Arnaud Pomiro et les JMO disponibles des unités concernées)

1 commentaire:

régime a dit…

Une très bonne référence literraire