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Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


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Cordialement
Gil Alcaix

vendredi 19 septembre 2008

Y comme Ybarnégaray (Jean)

(MAJ juillet 2010)


« La bataille s’est livrée à six heures du matin ; à sept heures, elle était perdue ! »

- Homme politique français
- Uhart-Cize 1884 – Paris 1956

- Maire de son village d’origine, l’avocat Jean Ybarnégaray est élu député de la droite nationaliste (Fédération républicaine) dans les Pyrénées-Atlantiques en avril 1914.
- Il est mobilisé en août 1914 et combat notamment à Verdun.

- En avril 1917, il est au Chemin des dames, officier d’état-major au 249e RI.

- Le 20 juin, devant le comité secret de la Chambre des députés, Jean Ybarnégaray déclare : « Je me trouvais près de cette ferme d’Heurtebise, au centre de ce plateau de Craonne que je connais tout particulièrement pour m’y être battu dès septembre 1914 et l’avoir depuis, avec le 18e corps, occupé, organisé et défendu pendant près de 20 mois. »
- « C’était donc, pour un jour fixé des deux côtés, une bataille qu’on croyait décisive, entre deux armées également prévenues, également organisées, également puissantes, puisque, de chaque côté, 26 divisions allaient se heurter. La bataille s’est livrée à six heures du matin ; à sept heures, elle était perdue ! Sur l’immense plateau de l’Aisne, un quart d’heure après le départ des vagues d’assaut, c’était le crépitement de milliers de mitrailleuses… De toutes nos poitrines angoissés, le même cri : « Les mitrailleuses ne sont pas détruites ! »[…] Alors se passe cette chose terrible : surgissant des crêtes de l’Aisne et frappant par derrière les troupes qui avançaient, les mitrailleuses !... Je vois encore ces hommes – je les verrai toute ma vie – chasseurs, fantassins, coloniaux, Sénégalais, revenant comme des fous et croyant que c’étaient nos mitrailleuses qui nous tiraient dessus. Cette minute passée, ce fut, dans les tranchées où les Allemands résistaient âprement, une lutte sauvage, boyau par boyau, abri par abri, où nous étions en infériorité car, à cause du temps, ni les fusils-mitrailleurs, ni les mitrailleuses ne marchaient. » Le député-soldat évoque aussi les tours de Laon, « qui se dressaient comme une cruelle ironie. »

- Ybarnégaray fait ensuite la liste des responsables de l’échec, au premier rang desquels il place Nivelle, notamment à propos du choix du terrain d’attaque. « Car ne diminuons pas la valeur de nos ennemis et reconnaissons que dans la défense ils ont montré un esprit de méthode et fourni un travail auquel nous ne pouvons pas comparer le nôtre. Sachant ce que l’on savait, par des photographies aériennes, le haut commandement ne pouvait pas douter que le terrain entre Laon et le Chemin des Dames était formidablement organisé. Dès lors, il semblait que ce soit un défi d’attaquer sur ce terrain-là ! N’ai-je pas des raisons de dire que notre généralissime était frappé de vertige ? »

- A propos de la catastrophe sanitaire qui suit l’offensive Nivelle, Jean Ybarnégaray dit : « Pourquoi ? Toujours pour la même raison, c’est que, dans cette offensive, tout avait été prévu sauf l’échec. On est parti de l’idée, a priori, que cette offensive serait un succès … C’est pourquoi rien n’avait été prévu : pas de boyaux d’évacuation, des postes de secours insuffisants, impossibilité pour les voitures d’ambulance d’arriver jusqu’à l’endroit où se trouvaient les blessés. Tant d’efforts ont abouti à l’échec que vous savez. »



- Jean Ybarnégaray finit la guerre capitaine, plusieurs fois cité, et avec la Légion d’honneur.
- Sa carrière se poursuit après 1918 : il est député jusqu’en 1942 dans divers parti de droite avant de devenir l’un des cadres du PSF (Parti Social Français) du colonel de La Rocque. Ministre du gouvernement Reynaud, il le reste sous Pétain avant de démissionner en septembre.
- En 1943, Ybarnégaray est arrêté et déporté dans le Tyrol pour avoir aidé des gens à s’enfuir à travers les Pyrénées. Il est cependant épuré à la libération : sa condamnation à l’indignité nationale n’est pas appliquée pour faits de résistance.




Source principale (notamment pour les citations) : Henri Casteix, L’affaire du Chemin des Dames. Les comités secrets (1917), éditions Imago, 1998 (pages 45 à 58)

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