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Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


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Cordialement
Gil Alcaix

dimanche 6 février 2011

Z comme Zone rouge



- En 1919, le Ministère des Régions libérées, en liaison avec celui de l’Armée, établit par décret trois catégories de zones en fonction des dégâts subis pendant la guerre : jaune, bleue et rouge.
- La zone rouge est le nom donné aux terres jugées trop difficiles à réaménager après 1918 : présence de cadavres, de munitions non explosées, dégâts physiques majeurs. L’Etat les rachète à leurs propriétaires pour les conserver comme vestiges de guerre ou les confier à l’Administration forestière.

- Environ 120 000 hectares sont concernés, dans 13 départements : « les pays aplatis » (R. Dorgelès).
- « Un voyage à travers les régions dévastées de la France bouleverse la vue et l’imagination, plus qu’il n’est possible de le dire. Durant l’hiver 1918-1919, avant que la nature ait recouvert la scène de son manteau dissimulateur, on pouvait contempler l’effroyable grandeur de l’horreur et de la désolation causées par la guerre. Tout était détruit. Sur des kilomètres et des kilomètres, rien ne subsistait : aucun bâtiment habitable, aucun champ cultivable. La similitude des paysages était également frappante. Une région dévastée était en tout point semblable à une autre – un tas de gravats, un marécage de trous d’obus, des fils de fer entremêlés. La quantité de travail qui serait nécessaire à la reconstruction semblait incalculable. » (J.M. Keynes, Les conséquences économiques de la paix, 1920)


- Près de 19 000 hectares sont classés en zone rouge dans l’Aisne au moment du décret de 1919, avant que l’action des élus locaux et des propriétaires fasse tomber le chiffre à 2 740 hectares en 1922 :
La ville-au-Bois-les Pontavert est en zone rouge à 98%
Ailles à 73 %
Courtecon et Cerny-en-Laonnois à 53%
Craonne à 47%
Chevregny à 44%
Crandelain-et-Malval à 41%
etc.
(chiffres d’E. Roussel, 1923)

- La région du Chemin des Dames est en effet marquée par « l’ampleur concentrée des dégâts irréparables. » « Ainsi, les habitants ne sont pas là aux prises avec des soucis d’une nature différente d’autres lieux détruits : les problèmes à résoudre y sont plus ardus qu’ailleurs. » (F. Bouloc)


- Finalement, seuls 717 hectares demeurent en zone rouge après 1927 (autour de Craonne et du plateau de Californie essentiellement). Beaucoup d’agriculteurs parviennent à recréer des champs grâce à la nature des terres crayeuses de la région ; c’est notamment le cas de nouveaux venus, de Belgique ou des Pays-Bas par exemple, qui s’installent dans ces lieux jugés jusque-là trop hostiles.
- « Rien n’arrivait à décourager le nouveau fermier. Lorsqu’il avait vu remettre en culture les champs de la zone rouge,- cette zone que l’administration considérait comme morte, - les fonctionnaires du génie rural étaient venus le chicaner.
Vous n’aurez pas un sou de crédit pour ces travaux là. Il y a bien assez d’ouvrage ailleurs. Les instructions du ministère sont formelles...
Et l’un avait même ajouté :
- Nous avons assez de mal comme ça à délimiter une zone rouge.
Didier Roger ne s’était pas fâché. Un peu moqueur, il avait seulement demandé au plus malveillant :
- Vous n’exigerez pas que je remette les champs dans l’état où je les ai pris au moins ? C’est surtout à cause des obus que ça m’ennuierait.
Puis, s’adressant à un autre :
-Croyez moi, monsieur, votre zone rouge va fondre comme du sucre. Avant dix ans il n’en restera plus un arpent. Alors autant s’y mettre tout de suite. »

(Roland Dorgelès, Le Réveil des morts)




Source principale :
François Bouloc, « Le Chemin des Dames dans l’après-guerre, ou les enjeux de la reconstruction exacerbés », dans N. Offenstadt, op. cit., pages 255 à 269)

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