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Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


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Cordialement
Gil Alcaix

dimanche 3 octobre 2010

B comme Bombardements

- Du 13 septembre 1914 au 12 octobre 1918, on peut estimer qu’il tombe entre 30 et 50 millions de bombes de tous calibres sur le Chemin des Dames. L’artillerie est devenue l’arme centrale des combats, occasionnant les deux tiers des pertes humaines, et l’enjeu de la production industrielle. C’est aussi le quotidien et un élément majeur de la vie et du ressenti des soldats sur le terrain.


Les bombardements lors des périodes de front passif du Chemin des Dames

- Pendant près des trois-quarts de la guerre, le front est « passif » : l’essentiel de l’activité agressive se limite à l’artillerie. Les tirs des deux camps sont minutieusement comptabilisés et analysés. Pour un corps d’armée (de 15 à 20 km de large), l’activité « normale » de l’artillerie se situe entre 600 et 1 200 obus tirés chaque jour.
- On peut distinguer 2 types de bombardements : les tirs imprévus qui réagissent à une observation ou à l’attitude de l’ennemi et les tirs planifiés avec objectif précis.
- La mortalité liée à l’artillerie dépasse alors les deux-tiers évoqués pour l’ensemble du conflit. « D’une façon plus générale, le rôle primordial désormais tenu par l’artillerie dans la mortalité des combattants modifie très nettement la perception et l’exercice de la violence envers l’ennemi et contre soi. » Contrairement aux guerres précédentes, on donne fréquemment la mort sans voir celui que l’on tue ; et de l’autre côté, on assiste à la mort de ses camarades sans qu’il y ait un « équilibre » visible (on subit des pertes sans que l’ennemi en subisse au même moment, contrairement par exemple à ce qui se passe lors de combats rapprochés). A cela s’ajoute les mutilations horribles – et « spectaculaires » – occasionnées par les obus.

- L’insécurité est permanente, sur une quinzaine de kilomètres de profondeur de part d’autre de la ligne de front. « Mais le drame ne disparaissait jamais complètement : c’est à côté de Vendresse que l’un de nos hommes, allant en permission et attendant, sur un lit, l’heure de partir, eut la tête enlevée par un obus » (L. Lefebvre). Le hasard joue un rôle essentiel : « Hier soir, un 210 était tombé à la porte de ma creute pendant que je n’y étais pas : trois tués et huit blessés. C’est la veine qui continue, jusqu’à quand durera-t-elle ? » (Henri Désagneaux, le 2 octobre 1917 près de Vauxaillon)



« Un déluge de fer et de feu » précédant et accompagnant les attaques de 1917 et 1918

- Au printemps 1917, les Français disposent pour les 40 km de leur front d’attaque de 5 310 canons, avec pour 7 jours : 6 500 000 cartouches de 75, 1 342 000 obus de 155 court et 434 000 coups de 120.
- Les ordres du général Nivelle prévoit une préparation d’artillerie du 2 au 11 avril : « 1ère période : destruction des batteries ennemies et réglages. 2e période : continuation de la destruction des batteries ennemies. Tirs de neutralisation. Destructions des organisations défensives. » Les conditions météorologiques et la nature du terrain nuisent aux réglages et à l’efficacité des bombardements : l’offensive est donc reportée au 14 puis au 16. On est conscients, côté français, que la préparation a été insuffisante, surtout contre les 2e et 3e lignes et contre les abris souterrains allemands.

- L’activité de l’artillerie est aussi très intense pendant la bataille des Observatoires, qui s’échelonne du 7 mai au 5 septembre 1917. Le 37e CA tire ainsi près de 5 000 obus par jour. Les attaques localisées sont préparées de façon très appuyée : 6 jours de bombardements pour l’attaque allemande du 19 juillet sur les plateaux des Casemates et de Californie
- Les Allemands mettent également au point un nouveau procédé très efficace : une préparation d’artillerie très courte, de quelques minutes mais « d’une violence inouïe », en général la nuit pour être discrète ; des bombardements toxiques se font aussi à l’arrière des premières lignes pour éviter repli ou renforts. L’attaque, pendant ou juste après la préparation, est menée par des troupes spécialement entraînées (Stosstruppen, unités d’assaut), qui utilisent abondamment lance-flammes et grenades.

- Côté français, on prévoit dès l’été l’attaque de La Malmaison, qui sera appuyée sur une forte concentration d’artillerie : 220 pièces sont concentrées sur chaque kilomètres (augmentation de 66% par rapport à avril), on tire du 17 au 23 octobre plus de 2 millions de projectiles d’artillerie de campagne, 850 000 d’artillerie lourde et 200 000 d’artillerie de tranchée. Là aussi, on « encage » les troupes allemandes en pilonnant les positions arrière pour éviter les renforts. Les creutes reçoivent un traitement particulier.

- L’attaque allemande du 27 mai 1918 s’inspire de ce qui a été mis en place à Riga le 31 juillet 1917 et expérimenté à l’ouest en mars : la préparation d’artillerie se fonde sur l’effet de surprise et sur la brièveté (moins de 3 heures, à partir de une heure du matin) compensée par la grande concentration et l’emploi intensif d’obus toxiques. « L’objectif est de neutraliser les organisations défensives plutôt que de les détruire. »



- L’effet des bombardements sur les soldats est terrible, créant une peur et une anxiété permanente, provoquant des attitudes de nervosité ou de torpeur extrêmes, que l’on soit dans une tranchée ou un tunnel, comme Gabriel Chevallier : « Je ne connais pas d’effet moral comparable à celui que provoque le bombardement dans le fond d’un abri. La sécurité s’y paie d’un ébranlement, d’une usure des nerfs qui sont terribles. Je ne connais rien de plus déprimant que ce martelage sourd qui vous traque sous terre, qui vous tient enfoui dans une galerie puante qui peut devenir votre tombe. Il faut, pour remonter à la surface, un effort dont la volonté devient incapable si l’on n’a pas surmonté cette appréhension dès le début. Il faut lutter contre la peur aux premiers symptômes, sinon elle vous envoûte, on est perdu, entraîné, dans une débâcle que l’imagination précipité avec ses inventions effrayantes. […] Je m’absorbe dans des tâches vaines. Mais je n’écoute que les obus, et mon tremblement intérieur répond au grand tremblement du chemin des Dames. »






Source : « ‟Déluge de feu et de fer.ˮ Les bombardements sur le Chemin des Dames entre 1914 et 1918 », in N. Offenstadt (dir.), Le Chemin des Dames. De l’événement à la mémoire, pages 65 à 76

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1 commentaire:

Anonyme a dit…

Le dernier temoignage est terrible.
Mon arriere grand pere a perdu sa jambe gauche le 10 mai 1917 dans les tranchees de Beaumarais pres de Craonne.Il a survecu mais n a jamais voulu raconter ses soufrances a sa famille apres la grande guerre et ce jusqu a sa mort en 1969.