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Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


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Cordialement
Gil Alcaix

mardi 11 novembre 2008

B comme Bousquet (Joë)

- Poète français
- Narbonne 1897 – Carcassonne 1950

- En 1916, Joë Bousquet devance l’appel et commande une section d’un régiment disciplinaire.
- En 1918, il est lieutenant à 21 ans, grâce aux nombreuses citations qui jalonnent son parcours militaire.
- Le 27 mai, lors de l’offensive Ludendorff, il est gravement blessé à la poitrine près de Vailly-sur-Aisne : la balle traverse la moelle épinière et le laisse paralysé à vie.

- Il passe le reste de sa vie, à partir de 1924, dans sa chambre, rue de Verdun à Carcassonne, allongé, accompagné par la souffrance et l’opium qui la soulage, entouré de papiers, de livres et de ses amis : René Nelli (le spécialiste des Cathares), Ferdinand Alquié, François-Paul Alibert, etc. Il est proche des surréalistes.

L'hirondelle blanche
Il ne fait pas nuit sur la terre ; l'obscurité rôde, elle erre autour du noir. Et je sais des ténèbres si absolues que toute forme y promène une lueur et y devient le pressentiment, peut-être l'aurore d'un regard.

Ces ténèbres sont en nous. Une dévorante obscurité nous habite. Les froids du pôle sont plus près de moi que ce puant enfer où je ne pourrai pas me respirer moi-même. Aucune sonde ne mesurera ces épaisseurs : parce que mon apparence est dans un espace et mes entrailles dans un autre ; je l'ignore parce que mes yeux, ni ma voix, ni le voir, ni l'entendre ne sont dans l'un ni l'autre.

Il fait jour ton regard exilé de ta face
Ne trouve pas tes yeux en s'entourant de toi
Mais un double miroir clos sur un autre espace
Dont l'astre le plus haut s'est éteint dans ta voix

Sur un corps qui s'argente au croissant des marées
Le jour mûrit l'oubli d'un pôle immaculé
Et mouille à tes longs cils une étoile expirée
De l'arc-en-ciel qu'il draine aux racines des blés.

Les jours que leur odeur endort sous tes flancs roses
Se cueillent dans tes yeux qui s'ouvrent sans te voir
Et leur aile de soie enroule à ta nuit close
La terre où toute nuit n'est que l'oeuvre d'un soir.

L'ombre cache un passeur d'absences embaumées
Elle perd sur tes mains le jour qui fut tes yeux
Et comme au creux d'un lis sa blancheur consumée
Abîme au fil des soirs un ciel trop grand pour eux.

Il fait noir en moi, mais je ne suis pas cette ténèbre bien qu'assez lourd pour y sombrer un jour. Cette nuit est : on dirait qu'elle a fait mes yeux d'aujourd'hui et me ferme à ce qu'ils voient. Couleurs bleutées de ce que je vois qu'avec ma profondeur, rouges qui m'éclaire
mon sang, noir qui voit mon coeur...

Nuit du ciel, pauvre ombre éclose, tu n'es nuit que pour mes cils.

Bien peu de cendre a fait ce bouquet de paupières
Et qui n'est cette cendre et ce monde effacé
Quand ses poings de dormeur portent toute la terre
Où l'amour ni la nuit n'ont jamais commencé.


Joë Bousquet (L'Esprit de la Parole)



- Merci au Portail du Chemin des Dames de m’avoir fait découvrir Joë Bousquet, poète originaire de la même région que moi et de m’avoir permis d’approfondir sa connaissance à travers ma mère.

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