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Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


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Cordialement
Gil Alcaix

dimanche 30 octobre 2011

F comme Fougue (ou emballement ?)

- « Le capitaine Simonin commandant la 1ère compagnie a payé cher d’avoir transgressé l’ordre formel qui lui avait été donné de ne pas dépasser l’objectif prévu en fin de premier bond, ordre que j’étais allé lui rappeler moi-même ainsi qu’au capitaine Marchand commandant le groupement de droite, quelques minutes avant l’heure H.
Le bataillon a été victime de la fougue de cet officier qui s’est emballé et a emballé sa troupe. »
(rapport du chef de bataillon Mellier)



- Le 5 mai 1917, le 2e Bataillon de Chasseurs à pied (11e DI) attaque depuis la cuvette de Braye-en-Laonnois en direction de la ferme Malval, alors en contrebas du Chemin des Dames, versant nord. Son objectif premier est la possession des hauteurs du plateau, en liaison avec les régiments voisins (79e RI à droite, 4e BCP à gauche). Suivons-le, guidés par le sous-lieutenant Cayol, seul officier survivant de la 1ère compagnie.


- « A 9 heures moins 30 secondes le capitaine Simonin lève et agite un fanion blanc [fabriqué dans la toile d’un parachute de fusée par le sous-lieutenant Cayol] portant l’inscription au crayon bleu “Sursum Corda” [ « Haut les cœurs » ]. C’est le signal de l’assaut. »
- La progression est assez facile, rapide, trop même : il faut freiner pour ne pas être bombardé par l’artillerie française, tandis que les unités voisines ne suivent pas le même rythme. Le Vautour est enlevé. « On aborde la tranchée de l’Aigle. Je remarque à ce moment que nous somme quelques secondes en plein dans le barrage. Cette tranchée est mieux organisée, beaucoup plus occupée et quand nous la quittons, j’ai l’impression que le nettoyage a été trop rapide. Je pense au 69e qui devait nous suivre. Les Chasseurs sont fascinés par l’objectif final, attirés comme par un aimant par la ferme Malval qui profile déjà ses murs crénelés au-dessus du sol. »
- Les Français ont passé le point haut du plateau, sentent la pente devenir favorable. Cayol fait part de ses craintes à son capitaine : « Il faut arrêter dans cette tranchée ; si nous allons dans Malval tout de suite, nous allons nous faire abîmer par nos obus, et nous serons en saillant, position dangereuse pour une contre-attaque. » Réponse : « Poussez, mon brave Cayol, poussez les Gaulois à droite, il n’y a plus de Boche, vous serez sur l’Ailette. »
- Une demi-section parvient à droite de la ferme, une autre (avec Cayol) entre dans la ferme à 9h15. « Je suis heureux, Malval est pris. » le capitaine Simonin, qui informe immédiatement son chef de bataillon. Celui-ci lui répond : « Je vous embrasse, tenez bien ; nous vous soutenons. Je préviens l’artillerie. Vive la 1ère compagnie. »

- C’est alors que de la creute situé en arrière des bâtiments surgissent de nombreux grenadiers et une mitrailleuse allemands ; la résistance française s’organise mais l’effet de surprise joue à plein. « Le capitaine Simonin donne, du haut de son piédestal fait de moellons en tas, des ordres au geste et à la voix. » Les renforts français tardent, « la mitrailleuse boche me fait baisser la tête, et ceux de la Creute visiblement poussés par des chefs énergiques, et à coup de pied au c… escaladent mon talus. » Les munitions des chasseurs s’épuisent, malgré les demandes répétées du capitaine Simonin. « Au même instant je le vois plonger de 3 mètres, la tête en avant. Il gît sur le petit chemin et la tête baigne dans son sang. »
- « Les Boches devant moi progressent par infiltration ; quelques-uns sont déjà à quelques mètres, mais ils se font mitrailler au moindre mouvement. Damville arrive en arrière. Je l’appelle et il vient plus à droite. Je lui fais signe de se coucher et il arrive vers moi en rampant. Je lui montre les Boches devant nous. Il prend un fusil et tire. Ensuite il recharge son arme et … sa tête tombe fracassée sur mon épaule droite. »

- Après qu’un obus français a fait exploser un stock de 77 allemands, « je ne vois plus rien ; et après je n’ai plus que 2 chasseurs et le sergent Billard a mes côtés. Déjà la contre-attaque boche a paru devant nous. Plus personne là où était la compagnie. Je ne vois pas ma droite. Birou veut m’emmener ; je lui dis : « Restons ». Ils m’emmènent. » Le petit groupe se replie, certains sont tués ; « je passe en rampant à côté du Capitaine, je lui serre la main ; il est froid. J’escalade le talus, on me tire dessus de toutes parts. Je ne suis pas touché et me porte sur la tranchée Malval. »
- Cayol rejoint la tranchée de l’Aigle (« J’attends. J’ai beaucoup de mal à garder mes types ; un a un ils veulent partir ») puis celle du Vautour, où la résistance s’organise un peu mieux. La situation se stabilise dans la soirée, et seule l’artillerie agit pendant plusieurs heures.

- Il ne reste que 200 chasseurs au sein du 2e BCP ; 19 de ses officiers sont morts (10), blessés (5) ou disparus (4). Après une nouvelle attaque le 6, il est relevé par le 69e RI.


- Le corps du capitaine René Simonin reste sur le champ de bataille, contrairement par exemple à celui du capitaine Charles Marchand.


- Le sous-lieutenant Cayol reçoit la croix de la Légion d’Honneur des mains du général Vuillemot (11e DI) le 9 mai à Bourg-et-Comin.




JMO du 2e BCP (pages 12 et suivantes)

Fiche MPF du capitaine René Simonin


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