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Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


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Cordialement
Gil Alcaix

lundi 26 avril 2010

C comme Crue de l'Aisne


- Depuis le 8 janvier 1915, l’état-major français cherche à renforcer la tête de pont qu’il contrôle au Nord de l’Aisne près de Soissons (bataille de Crouy). En effet, la position des soldats est fragile car ils sont séparés des réserves et surtout de l’artillerie par la rivière, dont beaucoup de ponts ont été détruits ou endommagés (ceux qui restent sont sous la menace permanente des canons allemands situés sur les hauteurs).

- Or, « deux semaines de pluie ont copieusement alimenté les bassins fluviaux en amont, et provoquent une crue de l’Aisne qui va menacer les ponts de la vallée de Soissons à partir du 11 janvier. » (F. Beauclerc)
- Dans les heures suivantes, sept ponts ou passerelles (anciens ou construits par le Génie) sont détruits par les flots. « A l’aube du 12, la situation est inquiétante : la crue menace à terme tous les ponts de Soissons à Missy. Cela signifie qu’en cas d’attaque allemande, le 5e GDR [Groupe de division de réserve] éprouverait les pires difficultés à envoyer des renforts sur la rive droite ou à replier les troupes, des milliers d’hommes risquant d’être pris dans la nasse. » (F. B.)


- La crue de l’Aisne est souvent présentée comme une cause essentielle de la défaite française lors de la bataille de Crouy, qui voit le front se reporter sur la rivière et se rapprocher de la ville de Soissons.
- Au lendemain de la défaite, le 14 janvier, le communiqué officiel déclare : « La crue persistante de l’Aisne a déjà emporté plusieurs des ponts et des passerelles que nous avions jetés, rendant ainsi précaires les communications de nos troupes. Dans ces conditions, nous nous sommes établis au sud de la rivière. »
- La thèse est ensuite souvent répétée, puis reprise par la plupart des historiens, tel RG Nobécourt : « il s’y ajouta le 12, à 16 heures, un autre drame. […] Cette crue interdisait l’arrivée de renforts – des radeaux étaient partis à la dérive – et elle bloquait sur la rive droite nos unités désemparées, accablées de projectiles, à bout de forces après six jours et six nuits de combats ininterrompus. » (op. cit., page 74)

- Il est vrai que bien que prévue et finalement pas exceptionnelle, la crue a été mal gérée, notamment parce que l’Aisne n’avait pas été nettoyée de tous les déchets consécutifs aux combats et aux destructions de l’automne.
- Pourtant, comme le montre F. Beauclerc, plusieurs dizaines de bataillons et de canons ont pu franchir la rivière en crue entre le 11 et le 14 janvier. « Ceci démontre catégoriquement que la crue de l’Aisne n’a ni empêché les renforts d’intervenir, ni bloqué les troupes sur la rive nord, contrairement à ce qu’a affirmé le GQG et à ce qu’ont répété ensuite les historiens. » « L’argument commode de la catastrophe naturelle » sert de prétexte et dissimule en réalité les autres causes de la défaite, et notamment les erreurs et les tâtonnements de l’artillerie et du haut commandement.



Source principale : F. Beauclerc, op. cit., pages 58/59 et pages 142 à 145

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