mercredi 8 septembre 2010

L comme Laffaux (moulin de)



- « Une position comme le moulin de Laffaux, c’est une épine au fond d’une plaie : ça entretient l’inflammation ». Ainsi l’écrivain-chirurgien militaire Georges Duhamel évoque-t-il le secteur dans Civilisation 1914-1917 quelques années après la guerre.


- Le moulin de Laffaux est effet un lieu hautement stratégique, disputé par les deux armées durant de longs mois en 1917.
- Situé sur un point haut (170 mètres) à proximité du village du même nom, sur la RN2, le moulin de Laffaux est contrôlé par les Allemands à partir de septembre 1914.

- Lorsqu’ils se replient, en mars 1917, ils renforcent considérablement les défenses du secteur du moulin et du village, alors situés sur la ligne de front.
- Lors de l’offensive Nivelle, les Français s’emparent – difficilement – de Laffaux mais buttent sur le moulin.
- Le 5 mai, l’état-major décide la reprise de l’offensive, avec l’appui des chars cette fois ; l’avancée est pénible et très limitée, mais le moulin est symboliquement pris par les cuirassiers. Fait d’armes dont s’emparent la presse et les brochures de l’époque, tel le fascicule de la collection « Patrie » écrit par B. André, Les cuistots du moulin de Laffaux.


- Cependant, pendant plusieurs mois, le moulin de Laffaux est au cœur des lignes française et allemande, objet de fréquents coups de main et de luttes acharnées. Comme Craonne, il devient un des symboles des combats du Chemin des Dames et la perspective d’y combattre un motif de mutinerie fréquent.

- La victoire de La Malmaison repousse la ligne de front plus au nord, et le secteur devient plus calme pendant quelques temps. Il connaît à nouveau de brefs combats lors de l’offensive Ludendorff du 27 mai 1918 et, surtout, au moment de la reconquête française de septembre 1918.


- Après la guerre, le moulin de Laffaux conserve sa notoriété. Roland Dorgelès en fait un des éléments essentiels de son roman Le Réveil des morts (1923), puisque le héros est hanté par le premier mari de sa femme, cuirassier tué le 5 mai 1917, jusqu’à ce qu’il se fasse raconter l’assaut par des anciens de la compagnie sur les lieux des combats.
- C’est Louis Aragon qui en 1945 immortalise le moulin :
« Créneaux de la mémoire, ici nous accoudâmes
Nos désirs de vingt ans au ciel en porte à faux.
Ce n’était pas l’amour, mais le chemin des Dames,
Voyageur, souviens-toi du moulin de Laffaux »



- Pourtant, jamais le lieu n’a vu se développer une mémoire à la hauteur de sa gloire. Aucune cérémonie n’y a eu lieu, aucun monument n’a été construit, à l’exception de ceux qui rendent hommage à une personne ou à une unité en particulier : monument des Crapouillots, monument (proche) des fusiliers marins, etc.



- Ces monuments se dégradent tandis qu’ils sont regroupés sur le site, sans aménagement, au fur et à mesure des travaux routiers. Cette tendance se confirme avec la mise en 2x2 voies de la N2 et la destruction du monument des Crapouillots par la foudre (en 2007), qui transforme les lieux en sorte de terrain vague …

- Cependant, depuis le début des années 2000, le Conseil général de l’Aisne a mis en place un projet de Jardin du Souvenir pour accueillir les monuments et la mémoire du moulin de Laffaux.






Source principale : N. Offenstadt, « “Voyageur, souviens-toi du moulin de Laffaux”. Laffaux, village-mémoire 1917-2004 » in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 373 à 381

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2 commentaires:

Anonyme a dit…

82J'en reviens et c'est vrai que c'est triste, c'est désert, sale, pas entretenu, etc... à l'exception du crapouillot géant qui à été refait. Alors un peu de gazon, une chaine autour du crapouillot, quelques panneaux explicatifs, un accès un peu plus propre et ça pourrait repartir !
Mathurin

Anonyme a dit…

Les choses ont changé.
Nous venons de le visiter. Le Conseil Général a fait refaire le site, juste à côté du restaurant, c'est très beau, avec un grand parking. Les différents monuments y sont regroupés. La végétation n'a pas eu le temps de pousser, mais d'ici 1 ou 2 ans, l'ensemble sera vraiment superbe.