jeudi 21 juin 2012

M comme Marcq (Léandre)


- « Pour pouvoir tant que son sang coule
Crier sus aux fuyards lourdauds,
L’officier tombé sur la face
Ordonne au caporal qui passe
De le retourner sur le dos ! »
(Edmond Rostand)


- Soldat français
- Bauvin (Nord) 1893 – Bois des Boches 1917

- Fils de mineur, Léandre Marcq décide de devenir prêtre. Lorsque la guerre éclate, il est mobilisé au sein du 4e RI, dans lequel il devient officier.


- Début 1917, il est en secteur autour de Sapigneul, près du canal de l’Aisne à la Marne puis, après repos et instruction, participe à l’offensive Nivelle en direction de Juvincourt à travers le Bois des Boches dès le petit jour du 16 avril.
- « Le lieutenant Marcq, commandant la 2e compagnie, qui a fait passer son héroïsme dans le cœur de ses hommes, les entraîne irrésistiblement. Il tombe, la poitrine horriblement trouée, la gorge ouverte. Au sous-lieutenant Bucard, il confie dans un râle : “Prends le commandement de la compagnie et venge-moi !” Il l’embrasse, se fait asseoir “face aux Boches”, refuse de se laisser emmener, fait un signe de croix et meurt. […] Près de Marcq, Foltier, le vieux poilu d’Argonne, qui a voulu relever son lieutenant, reste de 7 heures à 18 heures, l’artère fémorale coupée, sans autre garrot que la courroie de son bidon. » (Historique du 4e RI)

- « Le 19 avril 1917, les survivants des compagnies se traînent vers le repos, hâves, amaigris, loqueteux, pitoyables, titubant de misères. Ceux de la 2e – combien sommes-nous ? trente à peine – vont, au cimetière de la Miette, déterrer Marcq ; ils veulent arracher son corps à la menace des obus et lui donner à l’arrière une sépulture plus digne. Ils l’enroulent dans leurs capotes et malgré la fatigue qui les écrase, en pleine nuit, ils le transportent à tour de rôle sur leurs épaules, au pas, pendant 15 kilomètres, bu Bois des Boches à Montigny-sur-Vesle … » (Marcel Bucard)

- En son honneur, les survivants de sa compagnie baptisent « Marcq » une tranchée de la position conquise au-delà de la N44. « Le 13 septembre 1917, sous le commandement du lieutenant Bucard secondé par les sous-lieutenants Mounier, Baroud, l’adjudant Genieys, a arrêté une tentative de coup de main précédé d’un violent bombardement, grâce à la vigilance et à l’attitude de son personnel, qui avait à cœur de défendre la tranchée portant le nom de l’ancien chef de compagnie, le lieutenant Marcq. S’était déjà distinguée à plusieurs reprises au cours de la campagne, et notamment les 16 et 17 avril 1917, en s’emparant de puissantes organisations bétonnées de l’ennemi, où elle laissait la moitié de son effectif, faisant 300 prisonniers dont 10 officiers et capturant 6 mitrailleuses.» (citation à l’ordre du Corps d’armée pour la 2e compagnie du 4e RI, 29 octobre 1917)


- En 1925, MarcelBucard lui consacre un ouvrage, La Légende de Marcq, qui recueille en plus de son hommage des témoignages des camarades et des supérieurs du jeune nordiste.




_

dimanche 10 juin 2012

G comme Gérardmer


 
 
- Tranchée et fortification situées en bordure nord-ouest du plateau des Casemates.

- Avant le 16 avril 1917 et dans les premiers jours de l’offensive Nivelle, l’état-major ne connaît pas précisément les détails de l’organisation allemande sur les Casemates mais sait qu’il existe un bastion fortifié au débouché sud de la tranchée de Fribourg (pas connue dans tous ses détails) : il est le plus souvent baptisé « Ouvrage de la lisière » puisqu’en bordure de plateau.

- Le nom de « Gérardmer » est donné par le 152e RI fin mai 1917 en l’honneur de sa ville vosgienne de garnison.
- Le 22 mai, le régiment progresse en direction des limites nord du plateau, s’emparant de la tranchée de Fribourg (« que nos tirs ont complètement bouleversé » – Historique) et du « Talus organisé ». Pour repousser les contre-attaques allemandes immédiates, le colonel Barrard fait construire une nouvelle tranchée qu’il baptise du nom de la cité d’origine de l’unité et réorganiser le talus, déjà aménagé par les Allemands en bastion défensif.

- La situation demeure ainsi pendant quelques semaines, entre tensions et tentatives de progression des deux camps, jusqu’à ce que les Allemands parviennent en juillet à reprendre une partie du terrain perdu.
- Le 24 juillet, le 152e RI (auréolé de son prestige acquis à la Caverne du Dragon) revient sur les lieux pour contre-attaquer. « Alors sur cette zone chaotique, criblée de trous d’obus, de débris d’armes et d’équipements, va se dérouler une mêlée âpre et sanglante, front contre front, homme contre homme, tirant à très courte distance l’un sur l’autre » (Pierre Jenoudet, Fantassins sous la mitraille avec le général Jenoudet 1914-1940). La tranchée de Gérardmer est reprise puis tenue sous les assauts vifs des Allemands qui s’appuient sur la tranchée de Fribourg reconstituée et le talus de Gérardmer redevenu un de leurs bastions.
 
 _

dimanche 3 juin 2012

B comme Bovelle


- Ferme aujourd’hui disparue, située à quelques hectomètres à l’Est de Cerny-en-Laonnois

- De septembre 1914 à avril 1917, la ferme est en zone allemande.

- Début mai 1917, les Français arrivent à proximité de la Bovelle. Les armées ennemies s’y opposent pendant de longues semaines, ce qui achève d’anéantir la ferme.

- Après-guerre, celle-ci n’est pas reconstruite.


 Carte provenant du JMO de la 4e Brigade marocaine (juin 1917) - Source: SHD


Le secteur de la Bovelle

- Le secteur de la Bovelle est la partie orientale du saillant de Deimling, qu’il pousse encore plus loin en direction de l’Ailette : les soldats ont baptisé ce lieu le « museau de porc » de par sa forme (limité grosso modo par le tunnel de l’Yser à l’ouest et une ligne ferme de la Bovelle – Chemin des Dames à l’est).


Carte issue du JMO du RICM (juin 1917) - Source: SHD
 


- « Dès que le jour parut, je me mis à explorer le secteur. Ah ! Il était beau le secteur ! Un vrai paysage lunaire formé de grands trous se chevauchant, d’énormes entonnoirs remplis d’eau jaunâtre et de boue traîtresse où serpentaient des boyaux entre des monticules de boue, d’ordures et d’objets innommables. Partout, des débris de toute sorte attestaient qu’une lutte acharnée s’était livrée ici. Les cadavres eux-mêmes avaient été abandonnés sur place, liés à la vase avec laquelle ils se confondaient, et ça et là on voyait une main noire qui se détachait de ce magma, ou une tête épouvantable, bleue et putride, qui semblait nous implorer de ses orbites creuses et grouillantes. » (René Germain, Il revint immortel de la grande bataille – Carnets de guerre 1914-1919)




- Tranchées françaises du saillant de la Bovelle (en partant de la première ligne jusqu’au Chemin des Dames) : Bonin – Auran – Bretelle – Jacquemin – Zouave Sénéchal – Bovelle – Deimling – Kléber / Xanthia / d’encerclement – Dresde / Kirberg – Bruckner / Etienne – Fourragère

- Principaux boyaux français du saillant de la Bovelle (d’ouest en est) : Yser – Boulogne (ou Arras) – Lille (ou de l’Inn) – Foy –Béthune – Juliers – Palatinat – Trêves

- Tranchées allemandes en avant des lignes françaises : Baja – Arc – Pointe – Golfe (NO)

samedi 26 mai 2012

P comme Pêcherie (La)




- Ferme située à proximité de l’Aisne (rive droite), à mi-chemin entre Pontavert et le carrefour du Choléra.

- Située à proximité du front à partir de septembre 1914, la ferme de la Pêcherie sert de poste de secours à toutes les unités (françaises surtout, britanniques en mai 1918) présentes dans le secteur.
- En bordure de la route, un peu en avant, le commandant du régiment tenant la zone installe en général son P.C. (après les progrès de 1917, le P.S. remplace le P.C. qui s’est reporté sur les hauteurs de Craonne).

Carte issue du JMO du 110e RI en juin 1915 :

(source SHD)


- Plusieurs passerelles sont donc installées sur l’Aisne afin de permettre le passage des soldats, du matériel et des blessés (le nombre est variable selon les époques et l’intensité des combats ; une est toujours présente à hauteur de la ferme).

- Progressivement, la Pêcherie est aménagée : infrastructures de commandement, de défense, de transports, boyaux (dont un venant des premières lignes pour les blessés et les brancardiers portant le nom de la ferme).


- Voir par exemple le JMO du Service de santé de la 125e DI (nov 1917) qui détaille le poste de secours et ce qui l’environne.

(carte)
 (source SHD)

_

dimanche 20 mai 2012

T comme Tordoir


- Ruisseau et bois du versant sud du Chemin des Dames, près de Cerny-en-Laonnois (le tordoir est un moulin ou une machine servant à presser, afin d’extraire de l’huile par exemple)
- Le Tordoir prend sa source au nord de Beaulne et Chivy, coule entre les deux villages puis, après le Moulin Gillot, se dirige vers l’ouest et se jette dans le canal de l’Aisne à l’Oise.
- Il donne son nom à un bois qui le borde de part et d’autre

- Jusqu’au 16 avril 1917, le front coupe le Tordoir à hauteur de Beaulne.
- Le 1er régiment marocain progresse dès les premiers moments de l’offensive Nivelle, s’emparant de Chivy et remontant le vallon en direction du bois du Paradis ; il atteint le Chemin des Dames en fin de matinée.
(Carte JMO – Source SHD)





- Le Tordoir est un aussi autre ruisseau tout proche, qui naît sous la caverne du Dragon (près du site de la Vallée Foulon) et parvient à l’Aisne à proximité de Beaurieux (en passant à la ferme qui prend son nom du cours d'eau).
- C’est lui que remontent de nombreux soldats français pour rallier les premières lignes ou les creutes proches de celles-ci.


dimanche 6 mai 2012

B comme Bonand-Montaret (Henri de)



- Soldat français
- Souvigny (Allier) 1895 – Malval 1917


Les débuts de la guerre

- Issu d’une famille prestigieuse, Henri de Bonand-Montaret a 19 ans quand la guerre éclate. Il est alors licencié en histoire.
- En août 1914, il décide de s’engager et choisit la cavalerie (2e Dragons), car elle « tenait un grand rôle dans ce premier mois de la guerre, et il pensait, en y entrant, avoir une vie plus active et plus entreprenante que celle de l’infanterie. »

- « Près de l’Aisne, où il devait mourir, il reçut le baptême du feu. Sur le théâtre des opérations autour de Soissons, en janvier 1915, lors de la déplorable crue de l’Aisne, de la poussée allemande, il fut un infime mais enthousiaste acteur. »
- Le 2e régiment de Dragons est en effet en réserve lors de la bataille de Crouy, près de Longpont et de la forêt de Villers-Cotterêts.

- Participant aux combats notamment dans les Vosges, en Artois et en Champagne, il décide de suivre des cours pour devenir officier (avril 1916) puis choisit de s’orienter vers l’infanterie après avoir été refusé dans l’artillerie d’assaut.


Le Chemin des Dames

- Début janvier 1917, Henri de Bonand-Montaret rejoint donc le 2e BCP – 11e DI – en tant que sous-lieutenant à la 2e compagnie de mitrailleuses (sous la direction du capitaine de Guimaraes).

- Après quelques jours d’instruction dans le sud de l’Aisne, le régiment se porte à Verneuil le 15 avril pour participer à l’offensive Nivelle : « Ne craignez rien pour moi, je crois qu’il y aura très peu de casse. Mais priez Dieu pour moi et pour le bataillon », écrit-il à ses parents.

- Viennent alors le choc de la première journée et deux semaines passées en première ligne et au soutien d’autres unités. Le 29 avril, alors en repos à Dhuizel, il écrit : « Ma chère maman, je peux enfin vous écrire un peu tranquillement et longuement. Nous sommes redescendus hier de là-haut, où nous sommes restés seize jours, vous pensez dans quelles conditions. J’ai été enchanté de mes hommes, qui ont été merveilleux, au-dessus de tout, et surtout de la matière boche, du matériel humain boche. Malheureusement, c’est toujours la même comédie, je dis franchement ce que je pense et ce que pensent tous les fantassins qui ont attaqué … » (le jeune homme évoque aussi le fait qu’il a été très légèrement blessé à la tête par un éclat de 210, qui ne l’a cependant pas empêché de rester en ligne).

- Le 5 mai, reprise de l’offensive française : à 9h, la compagnie de Bonand sort de sa tranchée, s’empare de celle du Vautour (capturant 19 prisonniers) puis de celle de l’Aigle en direction de la ferme Malval. C’est alors qu’il tente de repérer une mitrailleuse allemande qu’il est touché d’une balle à la poitrine, côté droit. « Il fit quelques pas et vint tomber face en avant, auprès d’un chasseur nommé Maringer, qui l’attira à lui, le mit sur le dos et lui demanda s’il avait de l’eau-de-vie. Henri de Bonand montra sa gourde. Le soldat voulut lui faire avaler une gorgée, mais il ne le put, car d’après ce témoin, “il vomissait le sang à pleins quarts”. »
- La situation complexe ne permet pas de l’emporter vers l’arrière tout de suite. « Un tir de barrage mit ensuite un rideau devant le corps du jeune chef, et, depuis lors, nul n’a pu donner aucun témoignage sur ses derniers instants ni sur sa sépulture, malgré des recherches multiples. »



Les hommages

- Dans la Revue des Jeunes de mars 1918, l’écrivain Maurice Vaussard consacre un long article – publié ensuite sous forme d’un opuscule – intitulé Henri de Bonand-Montaret, chasseur à pied. Il constitue la principale source de cet article.

- Après la guerre, un monument est élevé le long du Chemin des Dames, à proximité immédiate de la nouvelle ferme Malval.


Images de la commémoration de 2011 à la ferme Malval



Fiche MPF de Henri de Bonand-Montaret

JMO du 2e BCP

 _