vendredi 5 octobre 2012

D comme Danse



- « Enfin se présentait le point vital de la défense, la ligne Hindenburg, véritable forteresse qui, dans le secteur du régiment, prenait le nom de la Danse. »(René Germain, du RICM)


- Tranchée allemande située à proximitédu fort de la Malmaison (immédiatement à l’ouest), qu’elle défend avec sa voisine (tranchée de la Carabine, qui la prolonge aussi à l’est – à l’ouest, elle est poursuivie par celle du Hérisson).

- A partir du retrait allemand sur le Chemin des Dames, le 20 avril 1917, la tranchée de la Danse est le cœur du dispositif dans ce secteur : située à proximité des carrières de Bohéry, elle est l’axe de la défense allemande.


- Le 23 octobre 1917, elle constitue donc le tout premier objectif du RICM lors du déclenchement de la bataille de La Malmaison.

- Suivons René Germain (aspirant au 8e bataillon du commandant Alix, tué avant même l’assaut d’infanterie) :
- « Je veille à ce que le mouvement ne s’accentue pas trop vers la gauche, et cherche les hommes de l’autres demi-bataillon qui doit se joindre au nôtre. Le boyau des Besogneux, point de jonction, est jusqu’ici invisible, absorbé sans doute pat cette multitude d’entonnoirs. Voici les hommes de gauche. Nous reprenons notre marche de front. Je trouve enfin quelques tronçons encore intacts des Besogneux, pleins de cadavres en décomposition. Il fait jour maintenant. Le ciel est gris sale, de gros nuages pendent très bas. »
- Le groupe de René Germain est alors pris, comme d’autres, sous le feu de mitrailleuses situées dans la tranchée de la Danse (selon le JMO de l’unité, « il ne reste dans la tranchée de la Danse que trois abris, dont un entièrement bétonné en bon état. Ces abris sont nettoyés et de nombreux prisonniers y sont faits. »).
- Face aux assauts français et au bombardement, beaucoup d’Allemands préfèrent se rendre. « Mais ceux qui sont devant moi semblent vouloir tenir jusqu’au bout et tirent toujours. Nous sommes pourtant à 10 mètres. Je fais un signe à mes hommes et d’un bond je me précipite vers eux, me trouvant face à l’engin au pied duquel ne restent que deux hommes qui râlent … Les autres sont descendus dans la cheminée d’un de ces abris perfectionnés et doivent être barricadés dans la chambre souterraine. Je me penche au-dessus de l’orifice mais un coup de feu venu d’en bas me salue en me frôlant la joue. Tant pis pour eux ! Je fais venir un lance-flammes et un jet de feu s’engouffre dans le puits. Des hurlements affreux sortent de là-dessous en même temps qu’une lourde fumée noire qui plane sur ce coin meurtrier. Tout à coup, une espèce de démon jaillit à 5 mètres en contrebas, sortant de l’abri par la sortie principale : c’est une torche vivante et de courtes flammes le mangent tout entier. Il saute comme un fou, s’abat, se roule par terre, retombe et finalement meurt avec des gestes de pantin … C’est horrible … Mes hommes mis en fureur se ruent sur l’abri ouvert et commencent à massacrer à coups de baïonnette les occupants encore indemnes malgré leur supplications et leurs bras levés. Je réussis à arrêter cette boucherie et à faire évacuer la dizaine de Boches encore vivants, paralysés par la peur qui décompose vilainement leurs figures terreuses. Dieu que c’est laid un homme qui a peur et qui le montre ! »
- « Nous voici enfin dans la Danse ! », qui pourtant « n’existe presque plus » à cause des bombardements des deux adversaires et que les hommes du RICM doivent donc réaménager à la hâte, pour se protéger.
- Pendant 2 heures environ, les Français doivent résister aux tentatives de contre-attaques, avant de poursuivre leur progression vers les pentes nord du plateau et vers la ferme de l’Orme.

 


JMO du RICM :
(source : SHD)

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mardi 25 septembre 2012

Grimaldi (Louis)



- Militaire et prince monégasque
- Baden Baden 1870 – Monaco 1949

- Stagiaire à Saint-Cyr (promotion « Soudan », 1891-1893), Louis Grimaldi sert dans les colonies françaises avant de quitter l’Armée en 1899.
- En 1914, l’héritier du prince régnant Albert Ier s’engage aux côtés de la France et rejoint l’état-major de la Ve Armée ; il y devient chef d’escadron fin 1916.

- Louis Grimaldi obtient une troisième citation lors de l’offensive Nivelle (la Ve Armée du général Mazel mène l’attaque dans la partie orientale du front). « Le Prince Louis de Monaco, chef d’escadron à l’état-major de la Ve Armée. Officier vigoureux, qui a fait preuve le 16 avril 1917, au Chemin des Dames, et les jours suivants, de l’activité la plus intelligente. Officier de liaison de l’armée auprès des divisions engagées, a parcouru maintes fois, sans le moindre souci du danger, les terrains les plis violemment battus par le feu, allant chercher sur place les renseignements nécessaires, et portant partout sa bonne humeur réconfortante, son calme que rien n’émeut, son inébranlable foi au succès. »



- Après la guerre, il remplit diverses missions militaro-diplomatiques pour la France ; en 1922, il démissionne de l’Armée pour succéder à son père sur le trône de Monaco.




- A lire : un article de Alexandre Hepp dans Le Gaulois du 14 février 1923

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vendredi 21 septembre 2012

C comme Capture "regrettable"



Le contexte

- En mars 1917, alors que se prépare l’offensive Nivelle, l’état-major allemand demande à ses troupes sur tout le front de mieux connaître les intentions ennemies. Il se forge l’idée que l’attaque aura lieu sur le front de l’Aisne et de la Marne. « L’attitude adoptée par l’ennemi, du jour où il a eu vent de nos projets, a été celle d’une défensive très active. Aéronautique très mordante et très pénétrante, cherchant avec audace à se rendre compte. Artillerie très active […]. Infanterie très vigilante, lançant ses ‟strosstruppˮ en coups de main presque quotidiennement sur tous les points du front. »
- Un de ces coups de main, le 4 avril, « mérite une attention particulière ».


L’opération militaire

- C’est sur le secteur tenu par le 3e régiment de Zouaves (lieutenant-colonel Philippe) et par le 267e RI que porte cette attaque, autour de la Neuville, à proximité du canal de l’Aisne à la Marne. Face à eux, un régiment allemand (le 37e de réserve), le groupe des pionniers et un Sturm Bataillon.

- Après une forte préparation d’artillerie pendant trois heures, les fantassins attaquent en masse à 18h30 et parviennent à percer le front français, progressant rapidement jusqu’au canal et pénétrant dans les ruines de la Neuville. Les bastions du Tonkin et de l’Annam sont contournés et ne peuvent empêcher la progression, parvenant cependant à empêcher la capture de tous les occupants ; ceux d’Isly et des Serbes connaissent le même sort, tandis qu’un groupe d’hommes autour du sous-lieutenant Derache parvient à défendre le bastion de Sidi-Brahim.
- La soirée permet un léger rétablissement de la situation : vers 21 heures les compagnies de réserve contre-attaquent, « mais à cause de la boue on ne peut plus se servir du fusil, et les grenades se font rares. »
- Dans les jours suivants, le terrain est progressivement repris …


Le bilan immédiat et à moyen terme

- Au 267e RI, le bilan est très lourd : 6 morts (dont un officier), 19 blessés (idem), 316 disparus, la plupart prisonniers (dont 6 officiers) pour la seule journée du 4 avril.
- Au 3e Zouaves, c’est encore pire, avec plus de 400 prisonniers, mais aussi une désorganisation complète des lignes.

- A moyen terme aussi, les conséquences sont très graves.  « Pendant l’attaque, un capitaine du 3e Zouaves, serré de près, avait confié à son sergent-major sa sacoche contenant, entre autres documents, le plan d’engagement de son bataillon. Or, le sous-officier avait disparu ; et le plan d’engagement en question résumait, malgré les ordres donnés, toute la manœuvre des 7e et 32e C.A. » (général de Bazelaire, commandant du 7e CA, dans un compte-rendu adressé au général Mazel – Ve Armée). « Il était malheureusement trop tard pour modifier le plan d’action d’ensemble de l’Armée. D’ailleurs on pouvait encore douter que le document fut tombé aux mains de l’ennemi, ou tout au moins parvenu au Commandement.
Ce n’est que quelques jours après la bataille qu’un communiqué de l’Agence Wolff en a donné la certitude. »

- « Sans rien exagérer, on peut affirmer que cet incident regrettable ne nous a pas facilité la besogne. On peut lui attribuer, en partie, la résistance acharnée que nous avons rencontrée au sud de l’Aisne, le recul des batteries allemandes dans les derniers jours de la préparation d’artillerie, l’échelonnement en profondeur des troupes de contre-attaques, que l’adversaire, au courant de notre manœuvre et de sa rapide audace, tenait tout préparées. »




Sources

JMO Ve armée (page 62)

JMO 7e CA

JMO 3e zouaves

JMO 267e RI

(Service Historique de la Défense)


mardi 17 juillet 2012

D comme Dauly (Jean) et Duquenoy (Marcel)


- En 1917, le breton Jean Dauly et le calaisien Marcel Duquenoy sont deux soldats (classe 1917) du 350e régiment d’infanterie ; ils rejoignent leur unité alors que celle-ci est au repos et à l’entraînement (19 janvier ? 13 avril ?).
- Tous les deux appartiennent au 4e bataillon, Jean au sein de la 13e compagnie, tandis que Marcel est aspirant à la 14e.


- Dès février 1917, le 350e arrive dans le secteur de Soupir, d’abord pour le tenir puis pour poursuivre le succès prévu de l’offensive Nivelle.

- Il est en revanche en première ligne au moment de la reprise de l’offensive, le 5 mai, sur l’Epine de Chevregny.
- Dès 3 heures, blottis dans la tranchée de la Sape (à proximité des ruines de la ferme Certeaux), qui est protégée par des tôles de la vue des avions allemands, Jean et Marcel attendent l’ordre du départ, qui sonne à 9 heures.
- D’abord, les Français progressent bien, protégés par leur artillerie, dépassent le Chemin des Dames et les premières lignes allemandes. Cependant, dès le milieu de matinée, les mitrailleuses allemandes installées sur les lisières des forêts qui couvrent le versant Nord les freinent considérablement. Réduire ces nids de mitrailleuses devient donc l’objectif du 4e bataillon, fortement contrarié par les contre-attaques adverses qui débutent dans l’après-midi.
- L’effort allemand est encore plus violent le lendemain, 6 mai. Jean Dauly et Marcel Duquenoy sont tués au cours des combats (dans un premier temps, on pense que le deuxième a peut-être été fait prisonnier). Jean vient de fêter ses 20 ans, le 22 avril, en pleine offensive ; Marcel ne les avait pas encore (né le 22 juin).


- Après la guerre, les familles des deux jeunes hommes font élever deux monuments en bordure du Chemin des Dames, à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre mais aussi de l’endroit où ils sont tombés, « dans le bois d’en face ».





Fiche MPF de Jean Dauly

Fiche MPF de Marcel Duquenoy

JMO du 350e RI

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jeudi 12 juillet 2012

C comme Creutes marocaines


- Ensemble de creutes situé au nord-ouest du village de Moulins.

- Après la stabilisation du front, en septembre 1914, ces carrières se trouvent à proximité immédiate du front, côté français. Cette situation dure plus de trois ans. Toutes les unités venant combattre autour de Cerny-en-Laonnois et dans le saillant de Deimling y séjournent.


- Le 5 juin, le RICM y monte après avoir pris un dernier moment de repos sur les bords de l’Aisne, via les ruines de Moulins (« la route, défoncée par les obus, était assez pénible et parfois, dans les vallons, l’acre odeur des obus à gaz nous prenait à la gorge. »). « La carrière où nous nous trouvions alors, appelée “creute marocaine”, était éclairé par deux moteurs à essence et se trouvait déjà occupée par un bataillon de réserve dont les hommes s’apprêtaient à dormir sur de confortables châlits. » (René Germain, Il revint immortel de la grande bataille – Carnets de guerre 1914-1919)



- Après le repli allemand du 2 novembre 1917, les creutes marocaines ne sont plus au contact de la première ligne mais gardent leur rôle essentiel pour les troupes de réserve. Elles sont aux mains des Allemands entre le 27 mai et le 12 octobre 1918.

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mercredi 4 juillet 2012

S comme Sergents du 120e BCP


- Le 8 juillet 1917, les Allemands mènent une attaque très brutale dans le secteur du Panthéon. Face à eux le 120e Bataillon de Chasseurs à pied (129e DI), qui y est présent depuis le 14 juin ; les Français contrôlent les points hauts du plateau, ce que ne peut accepter l’état-major adverse.

Carte postérieure (23 octobre 1917), à but de repérage - source SHD


- Un bombardement bref débute en pleine nuit, à 3h20. Cinq minutes plus tard, trois colonnes allemandes progressent dans les boyaux français : Epaulette, Arbalète et Panthéon. Elles parviennent à 50 mètres au sud du Chemin des Dames ; les tranchées de la Mèche et Moussard sont atteintes.
- Progressivement la réaction du 120e BCP s’organise autour des groupes présents dans les organisations défensives françaises, certains à la grenade, d’autres tirant par-dessus la tête de leurs camarades situés dans la tranchée devant eux « sur des vagues ennemies qui à ce moment-là apparaissent à découvert sur tout le front du Panthéon et dont la marche en avant se trouve gênée par notre réseau de fil de fer incomplètement détruit. […] Le combat dure environ ¼ d’heure et est mené avec beaucoup d’acharnement de part et d’autre : de fréquents corps à corps ont lieu. »
- Les tranchées Moussard et de la Mèche sont complètement reconquises, ce qui oblige les assaillants à se replier sur leurs positions de départ. Vers 6 heures les combats sont terminés ; le 120e BCP profite des heures suivantes pour renforcer ses défenses et soigner ses blessés, tandis que les Allemands tentent d’autres coups de main, vite avortés à cause de l’artillerie française.


- Au total, l’unité perd 138 hommes, tandis que 90 cadavres allemands sont récupérés dans les lignes récupérées.
- Parmi les 22 tués du 120e BCP en ce 8 juillet 1917, on trouve notamment les quatre sergents Victor Baudon, Gaston Gabourel, André Morand et Félix Jacquinot. Après la guerre, la famille de ce dernier fait élever un monument en son honneur et en celle de ses camarades dans le cimetière militaire de Vailly-sur-Aisne



- Un autre sergent, Delabarre (3e compagnie), connaît une mésaventure qui se termine bien au cours de la journée. « Ce sous-officier, emmené au petit jour à découvert vers la tranchée du Casse-Tête, s’est replié vers la droite, à cause de notre propre tir de barrage, et s’est réfugié avec ses huit hommes dans un abri de mitrailleuses allemandes dans le prolongement du boyau de l’Epaulette. A 13h30, il a vu un obus éclater à quelques mètres de son abri et anéantir un peloton ennemi qui s’avançait en colonne par un vers le Chemin des Dames. Dans la suite, […] le sergent Delabarrre, mal gardé, a réussi à s’échapper en bousculant ses gardiens après la dernière attaque de 21h50 et à rentrer dans nos lignes avec ses 8 hommes. »









Source : JMO du 120e BCP  (SHD)

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