- Le 13 septembre 1914, le 4e Régiment de Zouaves progresse sur les pentes sud du Chemin des Dames et parvient sur le plateau de Paissy, où les Allemands commencent à lui opposer une farouche résistance qui va conduire à figer le front pour plusieurs années.
- « Un officier du 148e, Mr le Capitaine Roques, se présente à l’Etat-Major du Régiment. Il vient du village de Chermizy. Il est en civil et s’est dissimulé au milieu des lignes allemandes, depuis la retraite de son Régiment dont plusieurs fractions ont trouvé les ponts de l’Aisne coupés. »
(JMO du 4e Zouaves – Source : SHD)
Le repli du 148e RI
- Depuis le début de la guerre, en effet, le capitaine Roques commande la 11e compagnie du 3e bataillon du 148e régiment d’infanterie (4e GDR). Après les combats en Belgique, l’ensemble de cette unité se replie, dans un certain désordre et sous la pression ennemie, jusqu’aux alentours de Coucy-le-Château via la forêt de Saint-Gobain.
- Le 1er septembre, le colonel Cadoux, commandant le régiment, est sans nouvelles de ses supérieurs, supposés stationnés dans les villages voisins (Fresnes et Quincy) ; les messagers envoyés sur place sont informés par les habitants que toutes les troupes françaises restantes sont parties depuis la veille. On décide alors de franchir l’Ailette pour rejoindre Soissons où la division – semble-t-il – est en train de se regrouper. Mais les Allemands de la Garde sont déjà sur la rive sud, occupant les ponts, et sur les hauteurs de Leuilly ; après de très durs combats, tout franchissement se révèle impossible.
- L’état-major du 148e décide alors de se déplacer vers l’est : environ 1 100 hommes parviennent à Anizy-le-Château tard dans la soirée ; « 4 compagnies du 3e bataillon laissées en arrière pour assurer le repliement du Régiment n’ont pu rejoindre Anizy et ont manqué le départ du Régiment pour Pinon. Deux compagnies, les 5e et 6e, sont également séparées du Régiment.
Le colonel avait demandé au maire d’Anizy de diriger sur Pinon tous les éléments du 148e qui parviendraient à Anizy après le départ de cette localité [vers 22 heures, après 2 heures de repos]. »
- Le lendemain, 2 septembre, les restes du régiment mettent cap vers le sud – Chavignon-Filain-Moussy (après 2 heures de repos sur l’Epine de Chevregny) – afin de franchir l’Aisne pour suivre le mouvement général de l’armée française. Mais, à leur arrivée, le pont de Bourg-et-Comin a déjà sauté ; idem un peu plus loin à Pont-Arcy ; il faut aller jusqu’à Chavonne pour parvenir enfin en rive gauche (le pont est immédiatement détruit) et poursuivre le repli.
- « C’est ainsi qu’il parcourut 70 km en 27 h, arrivant au pont de l’Aisne à Chavonnes [sic] et à celui de la Marne à Chartèves bon dernier pour les traverser avant qu’ils ne soient détruits. Dans cette marche, le 148e s’est fait précéder d’officiers montés qui allaient prévenir le Génie préposé à la destruction des ponts, de l’arrivée du régiment afin qu’on en retarde si possible la destruction jusqu’à l’arrivée du régiment. » (rapport du colonel Cadoux)
- Aucune information concernant les troupes laissées sur l’Ailette la veille … « Je ne m’explique pas comment le 3e bataillon a pu s’égarer. A 19 heures à Jumencourt, j’ai parlé moi-même aux Capitaines Delorme, Renon et Dagalier qui n’ont pas encore reparu. » (idem)
Dans les creutes
- Ceux qui sont restés en arrière le 1er septembre connaissent des fortunes diverses, qui ne sont pas toutes connues. Gérard Lachaux (dans Les creutes : Chemin des Dames et Soissonnais) décrit le sort de certains d’après Odyssée d’un R.I. à travers le Soissonnais (général Vignier).
- Certains tentent de se dissimuler dans des creutes près de Soupir ou de Pargnan ; tous ne parviennent pas à tenir jusqu’au retour des Alliés dans le secteur et sont capturés par les Allemands.
- Six hommes du 148e se cachent dans une carrière au nord de Beaulne ; pendant une dizaine de jours, ils se terrent au plus profond des lieux, se s’aventurant vers l’extérieur que lorsque les villageois (le curé de Troyon ou Georgette Bourdin par exemple) viennent leur apporter de la nourriture ou un almanach des PTT pour échafauder un plan d’évasion. Un jour, n’y tenant plus, ils allument un feu pour se réchauffer devant leur abri, manquant de se faire surprendre par des cavaliers qui passent sur la route toute proche. Finalement, le 13, face aux détonations et aux bruits de combat, l’espoir revient ; ils sont finalement découverts par des soldats britanniques, dans un premier temps méfiants face à leur état physique et vestimentaire puis qui les laissent rejoindre leur unité …
Le regroupement
- Après la bataille de la Marne, en effet, le 148e participe à la contre-offensive alliée et arrive près de Berry-au-Bac, combattant face à une adversité plus décidée que dans les jours précédents vers la ferme du Choléra.
- « Vers 15h30, le 148e est rallié par le lieutenant de Beaucoudray [9e Cie du 3e Btn], commandant un détachement de 350 hommes, séparés du régiment depuis Coucy-le-Château. »
- Il raconte alors ces dix derniers jours : « Le 1er septembre, au cours du combat de Coucy, le Capitaine Roques s’est replié avec deux de mes sections pendant que je le protégeais par mon feu avec les deux autres. N’ayant reçu de lui que des indications vagues, je perdis sa trace.
Le 2 septembre, dans la matinée, je rejoignis un détachement commandé par le capitaine Boitel. Le Capitaine Boitel réussit à nous faire passer les lignes allemandes jusqu’à l’Aisne en utilisant les bois. Les ponts de l’Aisne étant coupés, nous passâmes en barque près de Chavonnes.
Le 3 septembre, vers 15 heures, le détachement grossi de nombreux isolés du régiment et d’autres corps s’élevait à 400 hommes. A la tombée de la nuit, nous cherchions à gagner Reims, mais nous rencontrâmes une forte colonne ennemie de toutes armées. Nous dûmes nous défiler dans les bois de Chassemy.
Le 4 septembre, le capitaine Boitel, parti en reconnaissance pour chercher à nous ravitailler, disparut. Je pris alors le commandement du détachement. Je réussis à le faire vivre en utilisant les ressources des villages à proximité. Je le défilai dans les bois, dans les carrières et dans les villages que les Allemands n’occupaient pas. Je formai avec ce détachement d’isolés de toutes armes et de tous corps des unités disciplinées et prêtes au combat.
Toute tentative pour percer vers le sud me sembla impossible car je me heurtais à de grandes voies de communication fortement gardées.
Le 10 septembre, étant à Launoy, j’entendis un combat dans la direction d’Hartennes.
Le lendemain matin 11 septembre je pouvais rentrer dans les lignes françaises. Je dirigeai les isolés vers leurs corps respectifs et le 13 septembre vers 15 heures, je rejoignis le 148e à la Musette (4 km NO de Berry-au-Bac) avec 350 hommes.
Je dois citer le dévouement de l’adjudant Robert qui me seconda constamment avec zèle et énergie, et dirigea avec habileté le passage de l’Aisne en barque.
Les lieutenants Pecqueur et Bena, grâce à leur expérience du commandement et à leurs sages conseils me furent de précieux auxiliaires.
Le sergent Deparis (4e Cie) déguisé en civil fut un agent de ravitaillement et d’information habile et infatigable.
Le soldat Varlet, de la 9e Cie, s’est distingué par son énergie et son dévouement. »
- Le 148e RI participe aux combats de Berry pendant près d’une semaine, accueillant encore quelques isolés perdus le 1er septembre, dont le capitaine Roques qui reprend immédiatement son poste. Le 19 septembre, le régiment au repos est reconstitué à 3 bataillons, comme trois semaines plus tôt.
JMO du 148e RI (jusqu’au 12 septembre)
JMO du 148e RI (après le 12 septembre)
(source: SHD)
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Dictionnaire du Chemin des Dames
Connaître et comprendre le lieu, les hommes, les événements et la mémoire du Chemin des Dames
Précision
Juste un petit mot pour dire que le dernier article, "Piégés dans les lignes allemandes", sera complété après des recherches plus détaillés et poussées dans les jours prochains ...
samedi 17 mars 2012
dimanche 11 mars 2012
R comme Rivoli
(Carte tirée du JMO de la 18e DI - Source: SHD)- Le « centre Rivoli » est un ouvrage fortifié qui sert de Poste de Commandement (P.C) aux unités présentes en bordure du bois de Beaumarais, au sud-est de Chevreux.
- Le 8 avril 1917, André Zeller y arrive pour mettre en place le bombardement de son unité (1er groupe du 27e RAC – 2e DI). « Ce poste de commandement fonctionnait dans un abri assez vaste, creusé en sous-sol, dans une région légèrement surélevée du bois de Beaumarais. Pour échapper à l’entassement des secrétaires et agents de liaison, ainsi qu’à la lumière un peu fatigante des bougies, je passais une grande partie de mes journées dehors, soit en visite aux bataillons, soit en arpentant les sous-bois voisins. »
- Le 15, il a la surprise de voir arriver à Rivoli « un brave canonnier-trompette, tirant derrière lui sa monture. Symbole des illusions du commandement, il était destiné à caracoler lors de l’avance profonde du lendemain [pour le colonel Dietrich, du groupement d’artillerie]. Pour l’instant, la zone du P.C. Rivoli, passablement battue par les gros obus, se prêtait mal à l’hébergement de cet animal, qui paraissait dépaysé au milieu des tranchées et des entrées de galeries de mines. Je le renvoyai, lui et son cavalier, vers les bivouacs des trains de combat, en me réservant leurs services au cas d’un développement favorable de l’action du lendemain. »
Source : André Zeller, Dialogues avec un lieutenant
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mercredi 7 mars 2012
B comme Bois de l'Enclume
(Les traces visibles des boyaux et tranchées sur une photo aérienne de 1949 - Source: IGN)- Bois situé au sud de Corbeny, le long de la D 1044, sur une hauteur (Butte Noirmont sur les cartes IGN actuelles).
- Dans le détail, il existe en fait un bois principal qui porte ce nom, un autre de très faible superficie à l’ouest (bois du Forgeron), enfin un troisième ensemble au nord (Petits bois de l’Enclume ou Bois Licorne selon les documents)
- Après avoir repoussé les troupes françaises qui avaient réussi à occuper Corbeny le 14 septembre 1914, les Allemands fortifient la zone qui se trouve entre le village et le bois de Beaumarais. La hauteur qui longe la Nationale 44 est alors progressivement transformée en bastion défensif redoutable (pendant oriental des Bastions de Chevreux).
- Le bois de l’Enclume devient ainsi le cœur de la deuxième ligne de défense allemande, avec devant lui les tranchées du Marteau et de l’Enclume.
- La puissance de feu du bastion de l’Enclume, peu touchée par la préparation, est l’une des causes de l’échec de l’offensive Nivelle dans le secteur. Néanmoins, à partir de mai 1917, l’Enclume se retrouve en première ligne après les quelques progrès français.
- Le secteur connaît alors une suite de coups de main français qui tentent de s’emparer de ce site, en vain …
- Le 2 novembre, lors de leur mouvement général de repli sur l’Ailette, les Allemands abandonnent le bois tout en se renforçant dans Corbeny. « Il n’existait aucune organisation, et le gel durcissant le sol ne permettait à ce moment ni terrassements ni travaux de réseaux. La vigilance de nos troupes devait se montrer très active. Les entreprises de l’ennemi, fort bien retranché dans ses positions organisées depuis longtemps, étaient presque journalières, et nous trouvaient faiblement protégés contre lui. » (Historique 113e RI, décembre 1917)
- Le 18 décembre, un de ces coups de main allemands est particulièrement éprouvant pour le 113e, qui vient juste d’arriver en ligne :
« A 1 heure une patrouille ennemie se présente devant PP2 (Centre de Résistance de l’Enclume) occupé par le 1er Btn (Btn Genty). Elle est repoussée à coups de grenades.
A 6 heures 2 fortes colonnes comptant chacune 30 à 40 hommes tentent un coup de main sur nos petits postes devant le 1er Btn. Celle venant de l’ouest attaque notre petit poste PP6, commandé par le sergent Serreau de la 2e Cie. Le poste engage la lutte et résiste fermement. 1 caporal et trois hommes sont blessés. L’ennemi sous le tir de nos F.M. et l’action de nos grenadiers se retire sans avoir obtenu de résultat.
Au même et avant que nos postes puissent tenter un mouvement de repli sur notre ligne de résistance, un bombardement d’une violence extrême se déclanche [sic] sur toute la position de l’Enclume. La colonne de l’Est prend à revers en même temps notre PP5 échelonné à la corne Est du petit Bois de l’Enclume. Une lutte très vive s’engage, le sergent Chrétien qui commande le PP tombe blessé et roule en gémissant sur le sol. 3 autres hommes sont également blessés. Un sous-officier allemand tué à bout portant par un de nos hommes s’abat en même temps que plusieurs de ses hommes. Son corps qui ne porte aucun insigne ni aucun indice permettant de l’identifier reste entre nos mains.
L’ennemi en se retirant emporte le sergent Chrétien et au moins 2 autres corps de soldats allemands qu’on avait vu tomber et qu’on ne retrouve pas. Le sol porte des traces de corps sanglants traînés.
[A l’ouest de l’Enclume,] le sous-lieutenant Lochon qui commandait la section qui fournissait les postes, étant dans la parallèle de résistance avec un caporal et 4 hommes crie : “voilà les boches tout le monde à son poste” mais surpris par derrière par la colonne ennemie, il est rapidement mis hors d’état de résister. Cette fraction est considérée comme disparue. »
Le bilan pour le 113e RI est de 2 tués, 14 blessés et 7 disparus.
- Le 30 décembre, une nouvelle action allemande dans le secteur cause la mort de 2 soldats (2 autres sont blessés), cette fois sans grande réussite.
(JMO 113e RI – Source: SHD)
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mercredi 29 février 2012
S comme Saint-Rigobert
- Chapelle située à l’est de Gernicourt, près du canal parallèle à l’Aisne, dans le secteur de Berry-au-Bac. On trouve à proximité une fontaine supposée guérisseuse.
- « Pour le poste de secours, m’annonce le commandant, j’ai votre affaire. Une vieille chapelle qui se trouve dans un creux de terrain, à deux cent mètres d’ici. Saint-Rigobert. Vous y serez très bien. »
- Comme le montre cet extrait du journal de Louis Maufrais (40e RAC), J’étais médecin dans les tranchées (avril 1917), la chapelle Saint-Rigobert joue un rôle essentiel à proximité d’un secteur souvent actif pendant le conflit, à proximité des premières lignes (cote 108, Sapigneul, Miette, etc.).
- A cette date, le bâtiment est « une vieille chapelle sans porte, ouverte à tous les vents, quasiment creusée dans la pente. Les murs ruissellent d’humidité et le sol est plein de boue. »
- La région est dangereuse, soumise au bombardement allemand (Louis Maufrais et ses compagnons doivent même se cacher dans les niches vidées des statues des saints).
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mercredi 22 février 2012
R comme Romains
- Le site de la butte Mauchamp a une grande renommée depuis les fouilles menées depuis le Second Empire pour son passé gallo-romain. C’est aussi là que César installe son camp pour attaquer l’oppidum de Bibrax (Saint-Thomas), à quelques kilomètres au nord. On trouve d’ailleurs un toponyme « Camp de César » à proximité immédiate de l’emplacement actuel de la ferme Mauchamp.
A lire notamment à ce propos, un article en ligne de Jean-Luc Collard (page 25)
- Pendant la guerre, les combattants français rendent hommage à ce passé prestigieux en nommant plusieurs tranchées et points stratégiques avec des toponymes d’inspiration antique.
- C’est ainsi que l’on y trouve par exemple les bois du Licteur, des Vestales ou des Consuls, mais aussi les noms suivants de tranchées : Horace, Curiace, Trajan, du Forum, du Colisée, d’Auguste, du Centurion, des Oies, etc. (il en est de même pour plusieurs boyaux, qui réutilisent le plus souvent les mots précédents).
Carte issu du JMO du 299e RI de février 1918 (source: SHD)
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A lire notamment à ce propos, un article en ligne de Jean-Luc Collard (page 25)
- Pendant la guerre, les combattants français rendent hommage à ce passé prestigieux en nommant plusieurs tranchées et points stratégiques avec des toponymes d’inspiration antique.
- C’est ainsi que l’on y trouve par exemple les bois du Licteur, des Vestales ou des Consuls, mais aussi les noms suivants de tranchées : Horace, Curiace, Trajan, du Forum, du Colisée, d’Auguste, du Centurion, des Oies, etc. (il en est de même pour plusieurs boyaux, qui réutilisent le plus souvent les mots précédents).
Carte issu du JMO du 299e RI de février 1918 (source: SHD)
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jeudi 16 février 2012
D comme Demi-sourire
- Le 16 avril 1917, le 208e RI est anéanti lors de son attaque vers la tranchée de Lutzow : près de 1 200 hommes sont hors de combat. On compte notamment 850 disparus, dont « 250 présumés tués » et un grand nombre de prisonniers.
- Un des soldats qui restent sur le terrain après le repli de ses camarades y passe plus de trois semaines, malgré les relèves successives et les attaques des deux camps.
- « Au moment où j’arrivais, deux brancardiers apportaient au poste de secours un fantassin du 208e, ramassé par une patrouille de nuit, et qui gisait entre les lignes depuis l’attaque du 16 avril. Teint parcheminé, os saillants sous la peau, jambe doublement fracturée et soutenue par une armature faite des montants de son havresac, il avait vécu trois semaines dans un trou d’obus, en consommant les vivres de réserve prélevés sur deux cadavres et en buvant de l’eau croupissante. Chaque soir, expliqua-t-il, les obus français et allemands des tirs de barrage éclataient autour de lui, mais sa crainte dominante était d’être assommé par l’une des innombrables fusées éclairantes des deux partis. Le médecin-major ne le considérait pas en danger de mort. Calme, satisfait, disait-il, de sortir d’un mauvais lieu, il nous quitta pour l’ambulance avec un demi-sourire. »
(André Zeller, Dialogues avec un lieutenant, page 118)
- Les blessés restant plusieurs jours entre les lignes avant d’être récupérés – vivants – sont nombreux lors de l’offensive Nivelle, comme lors d’autres combats acharnés au cours du combat. A Jules Ninet qui s’étonne que son camarade Monsinjau soit resté 6 jours et 6 nuits en avant des lignes, jambes brisées et mains gelées (il mourra de ses blessures à l’hôpital), un brancardier lui répond : « Pourquoi ? Parce qu’on ne pouvait pas, pardi ! Les Boches tiraient sans arrêt. Jour et nuit, les mitrailleuses crachaient, fallait voir. Et puis, il y en avait tant de blessés !... Partout, dans les boyaux, dans les ravins, dans les trous d’obus… Impossible de tous les voir, de tous les sauver. Pourtant, combien de brancardiers se sont faits descendre par dévouement ! » (Jules Ninet, Copains du front)
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- Un des soldats qui restent sur le terrain après le repli de ses camarades y passe plus de trois semaines, malgré les relèves successives et les attaques des deux camps.
- « Au moment où j’arrivais, deux brancardiers apportaient au poste de secours un fantassin du 208e, ramassé par une patrouille de nuit, et qui gisait entre les lignes depuis l’attaque du 16 avril. Teint parcheminé, os saillants sous la peau, jambe doublement fracturée et soutenue par une armature faite des montants de son havresac, il avait vécu trois semaines dans un trou d’obus, en consommant les vivres de réserve prélevés sur deux cadavres et en buvant de l’eau croupissante. Chaque soir, expliqua-t-il, les obus français et allemands des tirs de barrage éclataient autour de lui, mais sa crainte dominante était d’être assommé par l’une des innombrables fusées éclairantes des deux partis. Le médecin-major ne le considérait pas en danger de mort. Calme, satisfait, disait-il, de sortir d’un mauvais lieu, il nous quitta pour l’ambulance avec un demi-sourire. »
(André Zeller, Dialogues avec un lieutenant, page 118)
- Les blessés restant plusieurs jours entre les lignes avant d’être récupérés – vivants – sont nombreux lors de l’offensive Nivelle, comme lors d’autres combats acharnés au cours du combat. A Jules Ninet qui s’étonne que son camarade Monsinjau soit resté 6 jours et 6 nuits en avant des lignes, jambes brisées et mains gelées (il mourra de ses blessures à l’hôpital), un brancardier lui répond : « Pourquoi ? Parce qu’on ne pouvait pas, pardi ! Les Boches tiraient sans arrêt. Jour et nuit, les mitrailleuses crachaient, fallait voir. Et puis, il y en avait tant de blessés !... Partout, dans les boyaux, dans les ravins, dans les trous d’obus… Impossible de tous les voir, de tous les sauver. Pourtant, combien de brancardiers se sont faits descendre par dévouement ! » (Jules Ninet, Copains du front)
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vendredi 10 février 2012
M comme Malgaches
- Pendant le premier conflit mondial, 41 000 Malgaches combattent pour la France ; 2 500 sont tués ou portés disparus.
- C’est le gouverneur général de la colonie, Hubert Garbit, qui organise la mobilisation. Le premier contingent est envoyé en octobre 1915 vers la métropole ; ils stationnent dans un camp proche de Fréjus avant de combattre dans le Nord de la France.
- Finalement, fin 1916, le 12e bataillon de chasseurs malgaches est constitué à partir des 12e et 13e compagnies malgaches du 73e BTS.
- Début avril 1917, ils sont débarqués à Soissons, d’abord travaillant pour le Génie puis mis au service de la 3e DIC – 1er CAC (à partir du 30).
- Le 5 mai, les Malgaches font leur véritable baptême du feu au nord de Vauxaillon lors de la 2e grande phase de l’offensive Nivelle : il s’agit pour eux d’empêcher toute tentative allemande de contournement par le canal de l’Ailette (tranchées du Buffle et de l’Aviatick)
- Certains participent à d’autres tâches aux côtés des combattants.
- Ainsi, début mai 1917, au moulin de Laffaux, Georges Duhamel rencontre des Malgaches dans son « autochir ». « Ca ne va pas votre brancardage. Je vais vous envoyer huit Malgaches. Ce sont d’excellents porteurs », lui dit un supérieur. « C’était, avec plus d’exactitude, un assortiment de nègres où dominait l’élément malgache, une série d’échantillons prélevés sur le 1er Corps colonial qui, à cette heure même, tapait ferme devant Laffaux. Il y avait quelques Soudanais sans âge, ridés, ténébreux, cachant sous la vareuse réglementaire des grigris patinés qui sentaient le cuir, la sueur et les huiles exotiques. Pour les Malgaches, imaginez des hommes de taille médiocre, d’aspect chétif, qui ressemblaient à des fœtus noirs et sérieux. » (Georges Duhamel, Civilisation)
- Le 13, le bataillon malgache rentre à Soissons, puis est rattaché au 37e CA (62e puis 81e DI) : après renforcement, il est en secteur autour de Terny-Sorny puis de Juvigny, accomplissant principalement des travaux d’aménagement puis assurant la défense des premières lignes au nord de l’Ailette, près de Vauxaillon (au sein du 66e RIT), aux côtés de 150 cuirassiers. « Les deux compagnies malgaches sont accolées et tiennent toute la lisière est du bois du Mortier. Relevées tous les douze jours à l’issue desquels elles bénéficient théoriquement de six jours de repos, elles sont en fait constamment employées sans connaître le moindre répit. Les six jours de récupération à l’issue du séjour en ligne sont systématiquement mis au profit du Génie en manque de main d’œuvre pour le maintien en état des infrastructures de communication et de soutien. » (Jacques Razafindranaly, Les soldats de la Grande île : d’une guerre à l’autre, 1895-1918)
- Le 23 août, le bataillon repousse un coup de main mené par une quarantaine d’Allemands (1 mort).
- Le 10 septembre, ce sont deux patrouilles qui sont surprises par un groupe d’Allemands en train de préparer une attaque en coupant les barbelés : un engagement bref mais violent s’ensuit (1 mort, et plusieurs sanctions contre des tirailleurs qui n’ont pas eu un comportement adéquat selon la hiérarchie : un sergent est cassé et redevient 2e classe, cinq tirailleurs sont punis de 15 jours de prison – tous accusés d’avoir laissé seul leur chef de patrouille au moment du combat, celui-ci étant tué).
- Face à l’accroissement de la tension dans ce secteur (des prisonniers allemands révèlent que des troupes nouvelles viennent d’arriver du front oriental), l’état-major décide de retirer les Malgaches – jugés trop peu sûrs. Pourtant, la veille de leur départ, le 20 septembre, ils repoussent à nouveau un puissant coup de main ennemi (3 tués, 12 blessés).
- Début octobre, comme les autres soldats venus des colonies, les Malgaches sont envoyés dans le sud de la France.
- En 1918, le bataillon malgache participe à l’offensive de septembre 1918 et progresse au nord de Soissons vers Terny-Sorny (combats le 2) puis en direction d’Allemant (le 14), lieux déjà bien connu des survivants de 1917.
- Début 1919, il devient le 1er Régiment de Chasseurs malgaches.
Sources principales :
JMO du 12e BTM
et livre de Jacques Razafindranaly, Les soldats de la Grande île : d’une guerre à l’autre, 1895-1918
A consulter aussi :
http://nice-madagascar.blogspot.com/2011/12/156-tirailleurs-coloniaux-malgaches-au.html
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- C’est le gouverneur général de la colonie, Hubert Garbit, qui organise la mobilisation. Le premier contingent est envoyé en octobre 1915 vers la métropole ; ils stationnent dans un camp proche de Fréjus avant de combattre dans le Nord de la France.
- Finalement, fin 1916, le 12e bataillon de chasseurs malgaches est constitué à partir des 12e et 13e compagnies malgaches du 73e BTS.
- Début avril 1917, ils sont débarqués à Soissons, d’abord travaillant pour le Génie puis mis au service de la 3e DIC – 1er CAC (à partir du 30).
- Le 5 mai, les Malgaches font leur véritable baptême du feu au nord de Vauxaillon lors de la 2e grande phase de l’offensive Nivelle : il s’agit pour eux d’empêcher toute tentative allemande de contournement par le canal de l’Ailette (tranchées du Buffle et de l’Aviatick)
- Certains participent à d’autres tâches aux côtés des combattants.
- Ainsi, début mai 1917, au moulin de Laffaux, Georges Duhamel rencontre des Malgaches dans son « autochir ». « Ca ne va pas votre brancardage. Je vais vous envoyer huit Malgaches. Ce sont d’excellents porteurs », lui dit un supérieur. « C’était, avec plus d’exactitude, un assortiment de nègres où dominait l’élément malgache, une série d’échantillons prélevés sur le 1er Corps colonial qui, à cette heure même, tapait ferme devant Laffaux. Il y avait quelques Soudanais sans âge, ridés, ténébreux, cachant sous la vareuse réglementaire des grigris patinés qui sentaient le cuir, la sueur et les huiles exotiques. Pour les Malgaches, imaginez des hommes de taille médiocre, d’aspect chétif, qui ressemblaient à des fœtus noirs et sérieux. » (Georges Duhamel, Civilisation)
- Le 13, le bataillon malgache rentre à Soissons, puis est rattaché au 37e CA (62e puis 81e DI) : après renforcement, il est en secteur autour de Terny-Sorny puis de Juvigny, accomplissant principalement des travaux d’aménagement puis assurant la défense des premières lignes au nord de l’Ailette, près de Vauxaillon (au sein du 66e RIT), aux côtés de 150 cuirassiers. « Les deux compagnies malgaches sont accolées et tiennent toute la lisière est du bois du Mortier. Relevées tous les douze jours à l’issue desquels elles bénéficient théoriquement de six jours de repos, elles sont en fait constamment employées sans connaître le moindre répit. Les six jours de récupération à l’issue du séjour en ligne sont systématiquement mis au profit du Génie en manque de main d’œuvre pour le maintien en état des infrastructures de communication et de soutien. » (Jacques Razafindranaly, Les soldats de la Grande île : d’une guerre à l’autre, 1895-1918)
- Le 23 août, le bataillon repousse un coup de main mené par une quarantaine d’Allemands (1 mort).
- Le 10 septembre, ce sont deux patrouilles qui sont surprises par un groupe d’Allemands en train de préparer une attaque en coupant les barbelés : un engagement bref mais violent s’ensuit (1 mort, et plusieurs sanctions contre des tirailleurs qui n’ont pas eu un comportement adéquat selon la hiérarchie : un sergent est cassé et redevient 2e classe, cinq tirailleurs sont punis de 15 jours de prison – tous accusés d’avoir laissé seul leur chef de patrouille au moment du combat, celui-ci étant tué).
- Face à l’accroissement de la tension dans ce secteur (des prisonniers allemands révèlent que des troupes nouvelles viennent d’arriver du front oriental), l’état-major décide de retirer les Malgaches – jugés trop peu sûrs. Pourtant, la veille de leur départ, le 20 septembre, ils repoussent à nouveau un puissant coup de main ennemi (3 tués, 12 blessés).
- Début octobre, comme les autres soldats venus des colonies, les Malgaches sont envoyés dans le sud de la France.
- En 1918, le bataillon malgache participe à l’offensive de septembre 1918 et progresse au nord de Soissons vers Terny-Sorny (combats le 2) puis en direction d’Allemant (le 14), lieux déjà bien connu des survivants de 1917.
- Début 1919, il devient le 1er Régiment de Chasseurs malgaches.
Sources principales :
JMO du 12e BTM
et livre de Jacques Razafindranaly, Les soldats de la Grande île : d’une guerre à l’autre, 1895-1918
A consulter aussi :
http://nice-madagascar.blogspot.com/2011/12/156-tirailleurs-coloniaux-malgaches-au.html
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samedi 4 février 2012
B comme Bête et brutale
- Le 17 septembre, le 123e RI est en première ligne dans le vallon de Troyon. Le Chemin des Dames est alors un secteur dit « calme » depuis plusieurs mois (combats de la Creute, janvier 1915). Pour le JMO du jour, peu à signaler sinon des éléments devenus des banalités : « Quelques 105 sur nos tranchées de 3e lignes du 2e bataillon vers 10h. A 1h30 105 et 77 : 1 sergent tué. Quelques dégâts matériels. »
- Pour le sous-lieutenant Maurice Vincent et ses soldats, le quotidien a cependant un autre goût. « La matinée se passe sans incident, mais à douze heures les allemands bombardent vers le 249e puis bientôt sur nous. Notre repas est vite pris. Je fais rentrer mes hommes dans les abris, et c’est à peine si j’y suis rentré moi-même qu’un obus de tombe près de nous. Les éclats atteignent mon sergent à la jambe et à la cuisse. Je le fais asseoir aussitôt et me mets à le panser. Hélas, la blessure qui ne me paraissait pas grave au premier abord, m’en fait découvrir une autre, à la cuisse dont la perte de sang cause une hémorragie. Malgré les ligatures que je fais avec mon ordonnance, le sang coule à flot et il meurt dans mes bras. Pauvre sergent Vinet, pauvre père de deux enfants. C’est avec bien du regret que je l’ai vu emporter par les brancardiers. Je n’en reviens pas de la façon si brutale qu’il a été tué. L’artère fémorale a été tranchée net. Son enterrement a lieu à quatre heures. Malheureusement, je ne puis y assister, le devoir me commande de rester là. Le reste de la journée se passe sans que je ne puisse revenir de cette mort bête et brutale. »
- Trois jours plus tard, lors d’un repos, « je vais faire une prière sur la tombe de mon ancien et regretté sergent. Je l’ai fait arranger. Elle est bien. »
(Source : Maurice Vincent, Carnets de guerre d’un poilu girondin)
Fiche MPF d’Antonin Vinet
- Pour le sous-lieutenant Maurice Vincent et ses soldats, le quotidien a cependant un autre goût. « La matinée se passe sans incident, mais à douze heures les allemands bombardent vers le 249e puis bientôt sur nous. Notre repas est vite pris. Je fais rentrer mes hommes dans les abris, et c’est à peine si j’y suis rentré moi-même qu’un obus de tombe près de nous. Les éclats atteignent mon sergent à la jambe et à la cuisse. Je le fais asseoir aussitôt et me mets à le panser. Hélas, la blessure qui ne me paraissait pas grave au premier abord, m’en fait découvrir une autre, à la cuisse dont la perte de sang cause une hémorragie. Malgré les ligatures que je fais avec mon ordonnance, le sang coule à flot et il meurt dans mes bras. Pauvre sergent Vinet, pauvre père de deux enfants. C’est avec bien du regret que je l’ai vu emporter par les brancardiers. Je n’en reviens pas de la façon si brutale qu’il a été tué. L’artère fémorale a été tranchée net. Son enterrement a lieu à quatre heures. Malheureusement, je ne puis y assister, le devoir me commande de rester là. Le reste de la journée se passe sans que je ne puisse revenir de cette mort bête et brutale. »
- Trois jours plus tard, lors d’un repos, « je vais faire une prière sur la tombe de mon ancien et regretté sergent. Je l’ai fait arranger. Elle est bien. »
(Source : Maurice Vincent, Carnets de guerre d’un poilu girondin)
Fiche MPF d’Antonin Vinet
samedi 28 janvier 2012
I comme Instinct de conservation
- 29 avril 1917 au sud-est de Craonne : « Journée très calme. A 21 heures, début d’un bombardement intense [allemand] avec obus asphyxiants qui va durer toute la nuit ; très forte densité ; tout le bois de Beaumarais est dans une nappe gazeuse qui est entretenue toute la nuit. » (JMO 27e RAC, cote 26 N 952/4)
- Le lieutenant André Zeller se trouve alors au PC Rivoli. « Nous prenions le frais à la porte lorsqu’une gerbe d’obus s’abattit dans la clairière sans éclater, s’enfonçant au sol avec un bruit mou. Une odeur chocolatée, un peu écœurante, nous fit instantanément coiffer le masque, puis rentrer dans l’abri, en calfeutrant les issues. […] Nous étions cinq, réunis dans la même pièce étroite, le commandant Legrand, le docteur Rouveix, les lieutenants Varaigne, Bouchard et moi-même, silhouettes de fantômes, le masque en tête, esquissant des gestes vagues à la lueur d’une bougie vacillante. »
- Un oubli cependant cause de gros souci aux hommes qui se sont réfugiés dans l’abri : ils n’ont pas calfeutré le conduit de la cheminée du poêle, et le gaz parvient à entrer, les obligeant à économiser au maximum leur respiration lorsqu’il constate que le bombardement dure très longtemps.
- André Zeller traverse alors un moment de doute : « Plusieurs fois au cours de la guerre, j’avais fait le sacrifice de ma vie. Ce soir-là, en pensant au calcul précis, certainement fait par l’artilleur allemand, de la quantité d’obus nécessaire pour nous faire passer de vie à trépas, j’avais l’impression de l’inévitable et je me préparais, aussi bien que possible, pour l’au-delà. » Malgré leur masque, puis celui de rechange, les occupants finissent par s’évanouir au bout de plusieurs heures d’un gazage incessant quoique très limité.
- « Quand au petit jour je sortais de ma torpeur, le bruit mou des obus avait cessé. Mes premiers mots furent : “Ce n’est pas encore pour cette fois.” Tant est fort l’instinct de conservation, qui terrasse en un clin d’œil le meilleur esprit de résignation. » (André Zeller, Dialogues avec un lieutenant)
- « Les pertes sont élevées surtout au 1er groupe du 27ème, où 80 hommes sont évacués pour intoxication. » (JMO) Parmi eux, le lieutenant Paul Leroy (commandant de la 2e batterie) et le médecin-major Rouveix sont particulièrement touchés ; celui-ci meurt de suite de ses blessures malgré plusieurs mois de soins.
- Le général Brissaud de la 66e Division attribue une récompense aux artilleurs : « Le 1er groupe du 27e régiment d’artillerie de campagne : sous le commandement du chef d’escadron Legrand, comprenant les 1ère batterie, capitaine Hudelist, 2e batterie, lieutenant Leroy, 3e batterie, capitaine Teissier, pris sous un bombardement continu d’obus asphyxiants de gros calibre pendant toute la nuit du 29 au 30 avril 1817, a néanmoins rempli sa mission, tirant sans interruption jusqu’à épuisement des forces (évacuation de plus de deux tiers du personnel). »
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- Le lieutenant André Zeller se trouve alors au PC Rivoli. « Nous prenions le frais à la porte lorsqu’une gerbe d’obus s’abattit dans la clairière sans éclater, s’enfonçant au sol avec un bruit mou. Une odeur chocolatée, un peu écœurante, nous fit instantanément coiffer le masque, puis rentrer dans l’abri, en calfeutrant les issues. […] Nous étions cinq, réunis dans la même pièce étroite, le commandant Legrand, le docteur Rouveix, les lieutenants Varaigne, Bouchard et moi-même, silhouettes de fantômes, le masque en tête, esquissant des gestes vagues à la lueur d’une bougie vacillante. »
- Un oubli cependant cause de gros souci aux hommes qui se sont réfugiés dans l’abri : ils n’ont pas calfeutré le conduit de la cheminée du poêle, et le gaz parvient à entrer, les obligeant à économiser au maximum leur respiration lorsqu’il constate que le bombardement dure très longtemps.
- André Zeller traverse alors un moment de doute : « Plusieurs fois au cours de la guerre, j’avais fait le sacrifice de ma vie. Ce soir-là, en pensant au calcul précis, certainement fait par l’artilleur allemand, de la quantité d’obus nécessaire pour nous faire passer de vie à trépas, j’avais l’impression de l’inévitable et je me préparais, aussi bien que possible, pour l’au-delà. » Malgré leur masque, puis celui de rechange, les occupants finissent par s’évanouir au bout de plusieurs heures d’un gazage incessant quoique très limité.
- « Quand au petit jour je sortais de ma torpeur, le bruit mou des obus avait cessé. Mes premiers mots furent : “Ce n’est pas encore pour cette fois.” Tant est fort l’instinct de conservation, qui terrasse en un clin d’œil le meilleur esprit de résignation. » (André Zeller, Dialogues avec un lieutenant)
- « Les pertes sont élevées surtout au 1er groupe du 27ème, où 80 hommes sont évacués pour intoxication. » (JMO) Parmi eux, le lieutenant Paul Leroy (commandant de la 2e batterie) et le médecin-major Rouveix sont particulièrement touchés ; celui-ci meurt de suite de ses blessures malgré plusieurs mois de soins.
- Le général Brissaud de la 66e Division attribue une récompense aux artilleurs : « Le 1er groupe du 27e régiment d’artillerie de campagne : sous le commandement du chef d’escadron Legrand, comprenant les 1ère batterie, capitaine Hudelist, 2e batterie, lieutenant Leroy, 3e batterie, capitaine Teissier, pris sous un bombardement continu d’obus asphyxiants de gros calibre pendant toute la nuit du 29 au 30 avril 1817, a néanmoins rempli sa mission, tirant sans interruption jusqu’à épuisement des forces (évacuation de plus de deux tiers du personnel). »
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dimanche 22 janvier 2012
R comme Réparties gauloises
- Après l’échec de l’offensive Nivelle, le 4e régiment de Zouaves se retrouve en première ligne pendant toute la deuxième moitié d’avril 1917, autour de la ferme de la Creute et du Monument d’Hurtebise.
- Dans le JMO du régiment, après le détail des opérations militaires figure un « compte-rendu anecdotique » rédigé par le capitaine Reynès, commandant du 3e bataillon.
- « Comme tous les engagements, tous les combats auxquels le 3e bataillon a pris part, ceux du 17 au 25 avril 1917 ont été particulièrement fertiles en “réparties gauloises”, en joyeux mots et aussi en belles phrases bien françaises que la vision de la mort semant des victimes à chaque pas ne saurait tarir. Malheureusement, toutes ne pas entendues, beaucoup ne sont pas retenues et, tel qui en avait été émerveillé, n’est plus pour en témoigner. »
- S’ensuivent plusieurs épisodes vécues et phrases prononcées par des soldats du régiment, dont voici quelques exemples …
- Dans la soirée du 25 avril (journée très difficile pour les Zouaves, qui doivent abandonner leurs tranchée sous la pression du 1er régiment de la Garde, avant de contre-attaquer victorieusement en fin de journée et de reprendre possession des ruines de la ferme de la Creute), les Français s’attendent à une attaque ennemie : « Sous la poussée d’officiers et de sous-officiers, dont nous percevons les vociférations à travers la canonnade, quelques Fritz sortent de leur boyau et cherchent à escalader notre barrage. Nos poilus ne perdent pas la tête. Le soldat Almon, qui est au premier rang, ajuste froidement son homme et, heureux du résultat de son tir, il s’écrie :
- “La guerre comme ça, ça me va.” »
- « Le zouave Couillout (II°) faisait partie d’une patrouille qui venait de mettre en fuite un groupe d’ennemis ; touché à la fesse, il s’écria, furieux d’une blessure aussi mal placée :
- “Il m’en ont foutu plein les fesses, mais on les a eus.” »
- « Le sergent Dufour, fouillant un abri boche, trouve une magnifique pipe. Il la bourre et sort heureux. La pipe aux dents, il se dispose à l’allumer, quand un éclat d’obus fracasse le tuyau. Dufour contemplant les débris à terre s’écria :
- “C’est comme à la foire aux pains d’épices, à chaque coup on abat une pipe !” »
- « Le zouave Gamard (II° compagnie), sous un bombardement intense, voyant tomber tous ses camarades, invectivait les Boches en ces termes :
- “Vous avez beau faire, tas de guignols, vous ne ferez pas ma bourgeoise veuve.” »
Pour consulter l’ensemble du document :
JMO du 4e Régiment de Zouaves (cote 26 N 839/4)
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/jmo/img-server/26_N_839_004/SHDGR__GR_26_N_839__004__0154__T.JPG
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/jmo/img-server/26_N_839_004/SHDGR__GR_26_N_839__004__0155__T.JPG
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- Dans le JMO du régiment, après le détail des opérations militaires figure un « compte-rendu anecdotique » rédigé par le capitaine Reynès, commandant du 3e bataillon.
- « Comme tous les engagements, tous les combats auxquels le 3e bataillon a pris part, ceux du 17 au 25 avril 1917 ont été particulièrement fertiles en “réparties gauloises”, en joyeux mots et aussi en belles phrases bien françaises que la vision de la mort semant des victimes à chaque pas ne saurait tarir. Malheureusement, toutes ne pas entendues, beaucoup ne sont pas retenues et, tel qui en avait été émerveillé, n’est plus pour en témoigner. »
- S’ensuivent plusieurs épisodes vécues et phrases prononcées par des soldats du régiment, dont voici quelques exemples …
- Dans la soirée du 25 avril (journée très difficile pour les Zouaves, qui doivent abandonner leurs tranchée sous la pression du 1er régiment de la Garde, avant de contre-attaquer victorieusement en fin de journée et de reprendre possession des ruines de la ferme de la Creute), les Français s’attendent à une attaque ennemie : « Sous la poussée d’officiers et de sous-officiers, dont nous percevons les vociférations à travers la canonnade, quelques Fritz sortent de leur boyau et cherchent à escalader notre barrage. Nos poilus ne perdent pas la tête. Le soldat Almon, qui est au premier rang, ajuste froidement son homme et, heureux du résultat de son tir, il s’écrie :
- “La guerre comme ça, ça me va.” »
- « Le zouave Couillout (II°) faisait partie d’une patrouille qui venait de mettre en fuite un groupe d’ennemis ; touché à la fesse, il s’écria, furieux d’une blessure aussi mal placée :
- “Il m’en ont foutu plein les fesses, mais on les a eus.” »
- « Le sergent Dufour, fouillant un abri boche, trouve une magnifique pipe. Il la bourre et sort heureux. La pipe aux dents, il se dispose à l’allumer, quand un éclat d’obus fracasse le tuyau. Dufour contemplant les débris à terre s’écria :
- “C’est comme à la foire aux pains d’épices, à chaque coup on abat une pipe !” »
- « Le zouave Gamard (II° compagnie), sous un bombardement intense, voyant tomber tous ses camarades, invectivait les Boches en ces termes :
- “Vous avez beau faire, tas de guignols, vous ne ferez pas ma bourgeoise veuve.” »
Pour consulter l’ensemble du document :
JMO du 4e Régiment de Zouaves (cote 26 N 839/4)
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/jmo/img-server/26_N_839_004/SHDGR__GR_26_N_839__004__0154__T.JPG
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/jmo/img-server/26_N_839_004/SHDGR__GR_26_N_839__004__0155__T.JPG
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mardi 17 janvier 2012
M comme Marx (Léon-Roger)
- Ecrivain français
- Paris 1890 – Saint-Gilles (Marne) 1917
- En 1917, Léon-Roger Marx est caporal au 4e Zouaves. Courant mars, son unité arrive autour de Fismes préparant l’offensive à venir et aidant à bâtir l’H.O.E. de Saint-Gilles.
- Le 15 avril, Marx attend dans les creutes de Pargnan de pouvoir poursuivre – le lendemain – l’œuvre des troupes qui auront rompu le front ; mais les choses ne se passent pas comme prévu …
- Le 17, le 4e Zouaves est en première ligne au Monument d’Hurtebise et à la ferme de la Creute ; les accrochages sont nombreux jusqu’à la relève du 25.
- Après quelques jours de repos à Revillon, les Zouaves sont envoyés le 20 mai sur le difficile saillant de Deimling, lieu d’incessants combats pour conserver la possession des points hauts du plateau.
- Le 27 mai, même si la journée est officiellement « calme », le régiment subit des « rafales fréquentes d’obus de 77 et de 150 sur les tranchées arrières et sur les boyaux » qui causent la mort de 13 soldats et en blessent 17 ; Léon-Roger Marx est l’un d’eux, touché par un éclat au visage. Il est évacué vers l’H.O.E. … de Saint-Gilles mais décède le lendemain.
- Quelques heures avant d’être blessé, il a écrit une dernière lettre :
« J'ai découvert la beauté simple de cette volonté de tenir, de résister à sa sensibilité, de se dominer. Ne crois pas que cela m'ait rendu plus dur; mais j'ai été très content de voir que j'arrivais à ne plus craindre la tristesse, à ne plus me laisser noyer par elle, comme j'ai su, et je t'assure que j'en suis fier, n'avoir jamais peur du danger. Cet équilibre, je voudrais le garder toute ma vie sans pour cela que ma sensibilité s'amoindrisse....
Ne te frappe pas pour les bonnes années qu'on a passées si loin ; d'abord, la France est si belle et nous a valu une si admirable formation morale et esthétique! Enfin, nous apprécierons mieux encore notre bonheur pour avoir vu et pressenti tant de choses tristes ... tristes, tu sais.
Cette vie éreintante, je l'ai voulue et elle est celle que je devais mener.... Je me trouve, ce matin, presque calme et sans tristesse, plein de force et de clarté en moi. Je pense qu'on est heureux de se sentir valide, au pied, pour ainsi dire, de son devoir ; et vraiment rien ne me fait peur tant que je me sens fort et comme fier. »
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k554427.r=%22derniere+lettre+ecrite%22.langFR
(une erreur indique qu’il est décédé le 27 juin)
- Léon-Roger Marx fait partie des 560 écrivains décédés pendant la première guerre mondiale dont le nom figure au Panthéon, à Paris ; il est en effet cité par l’Association des Ecrivains combattants, comme le rappelle un article de La France mutilée de 1931.
Fiche MPF
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- Paris 1890 – Saint-Gilles (Marne) 1917
- En 1917, Léon-Roger Marx est caporal au 4e Zouaves. Courant mars, son unité arrive autour de Fismes préparant l’offensive à venir et aidant à bâtir l’H.O.E. de Saint-Gilles.
- Le 15 avril, Marx attend dans les creutes de Pargnan de pouvoir poursuivre – le lendemain – l’œuvre des troupes qui auront rompu le front ; mais les choses ne se passent pas comme prévu …
- Le 17, le 4e Zouaves est en première ligne au Monument d’Hurtebise et à la ferme de la Creute ; les accrochages sont nombreux jusqu’à la relève du 25.
- Après quelques jours de repos à Revillon, les Zouaves sont envoyés le 20 mai sur le difficile saillant de Deimling, lieu d’incessants combats pour conserver la possession des points hauts du plateau.
- Le 27 mai, même si la journée est officiellement « calme », le régiment subit des « rafales fréquentes d’obus de 77 et de 150 sur les tranchées arrières et sur les boyaux » qui causent la mort de 13 soldats et en blessent 17 ; Léon-Roger Marx est l’un d’eux, touché par un éclat au visage. Il est évacué vers l’H.O.E. … de Saint-Gilles mais décède le lendemain.
- Quelques heures avant d’être blessé, il a écrit une dernière lettre :
« J'ai découvert la beauté simple de cette volonté de tenir, de résister à sa sensibilité, de se dominer. Ne crois pas que cela m'ait rendu plus dur; mais j'ai été très content de voir que j'arrivais à ne plus craindre la tristesse, à ne plus me laisser noyer par elle, comme j'ai su, et je t'assure que j'en suis fier, n'avoir jamais peur du danger. Cet équilibre, je voudrais le garder toute ma vie sans pour cela que ma sensibilité s'amoindrisse....
Ne te frappe pas pour les bonnes années qu'on a passées si loin ; d'abord, la France est si belle et nous a valu une si admirable formation morale et esthétique! Enfin, nous apprécierons mieux encore notre bonheur pour avoir vu et pressenti tant de choses tristes ... tristes, tu sais.
Cette vie éreintante, je l'ai voulue et elle est celle que je devais mener.... Je me trouve, ce matin, presque calme et sans tristesse, plein de force et de clarté en moi. Je pense qu'on est heureux de se sentir valide, au pied, pour ainsi dire, de son devoir ; et vraiment rien ne me fait peur tant que je me sens fort et comme fier. »
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k554427.r=%22derniere+lettre+ecrite%22.langFR
(une erreur indique qu’il est décédé le 27 juin)
- Léon-Roger Marx fait partie des 560 écrivains décédés pendant la première guerre mondiale dont le nom figure au Panthéon, à Paris ; il est en effet cité par l’Association des Ecrivains combattants, comme le rappelle un article de La France mutilée de 1931.
Fiche MPF
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jeudi 12 janvier 2012
S comme Saint-Pierre
- Ferme située sur la commune de Merval (le long du ruisseau du même nom), en descendant vers la vallée de l’Aisne, qui donne son nom à un camp de l’armée française pendant la première guerre.
- Il s’agit de la dernière halte avant l’arrivée sur le front, ou de la première après le départ (secteur compris entre Cerny et Hurtebise). Depuis ce versant on peut observer toutes les pentes du Chemin des Dames.
- Dans la soirée du 22 août 1917, Edouard Coeurdevey (417e RI) y arrive après avoir passé Fismes. « On marche. On fait des tours, détours inexpliqués et inexplicables dans des pistes. On s’arrête devant des baraquements : “Camp Saint-Pierre.” Mais pas de casernier. Enfin, on le trouve. C’est là que l’on s’entasse, une compagnie par baraque sur de la vieille paille foulée, salie, où l’on devine la vermine. […] Les baraques Adrian n’ont pas une planche à paquetage. Pas un banc, pas une table. Les officiers ont couché sur la paille sale, comme la troupe. »
- Coeurdevey séjourne 4 jours au camp Saint-Pierre ; le ruisseau sert pour la toilette des soldats, qui améliore comme ils peuvent leur confort quotidien avant de partir vers Villers-en-Prayères.
Source : Edouard Coeurdevey, Carnets de guerre 1914-1918
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- Il s’agit de la dernière halte avant l’arrivée sur le front, ou de la première après le départ (secteur compris entre Cerny et Hurtebise). Depuis ce versant on peut observer toutes les pentes du Chemin des Dames.
- Dans la soirée du 22 août 1917, Edouard Coeurdevey (417e RI) y arrive après avoir passé Fismes. « On marche. On fait des tours, détours inexpliqués et inexplicables dans des pistes. On s’arrête devant des baraquements : “Camp Saint-Pierre.” Mais pas de casernier. Enfin, on le trouve. C’est là que l’on s’entasse, une compagnie par baraque sur de la vieille paille foulée, salie, où l’on devine la vermine. […] Les baraques Adrian n’ont pas une planche à paquetage. Pas un banc, pas une table. Les officiers ont couché sur la paille sale, comme la troupe. »
- Coeurdevey séjourne 4 jours au camp Saint-Pierre ; le ruisseau sert pour la toilette des soldats, qui améliore comme ils peuvent leur confort quotidien avant de partir vers Villers-en-Prayères.
Source : Edouard Coeurdevey, Carnets de guerre 1914-1918
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jeudi 5 janvier 2012
S comme Sergent-major
- « On appelait « Trou du sergent-major » en 1917, un interminable et profond couloir souterrain creusé sous le plateau de Craonnelle, et dont je ne saurais dire s’il existe encore. On y pénètre, tournant le dos aux clartés de la nuit, par une ouverture au ras du sol, dans une carrière, et si basse que les hommes se courbent pour descendre dans d’humides ténèbres, par un escalier qui ensuite remonte. » (Georges Gaudy, Le Chemin des Dames en feu)
- En septembre 1914, les soldats français parviennent – difficilement – à mettre pied sur le rebord sud du plateau, au nord de Craonnelle, et à s’y maintenir. Après la stabilisation du front, on aménage défensivement les lieux ; un réseau de tranchées et de boyaux est mis en place (dont le boyau du sergent-major, qui relie le trou du même nom au village via d’autres tranchées).
Carte du 43e RI en date du 16 avril 1917, avant l’offensive.
- Après les combats d’avril-mai 1917, le trou sert d’abri aux soldats français lorsqu’ils sont en réserve, sur le plateau des Casemates en permanence au cœur des combats (cf. témoignage du Docteur Chagnaud, du 152e RI, le 23 juillet 1917).
- Le trou du sergent-major sert avant tout de PC à l’état-major des unités présentes dans le secteur : PC Belfort (43e RI) puis PC Artois (par exemple sur cette carte du 7e BCP en septembre 1917, ou encore chez Paul Truffau quelques semaines plus tard).
dimanche 11 décembre 2011
R comme Rapaces
- Au nord-est de Braye-en-Laonnois, près de la ferme Malval, existent sur le plateau en 1917 les tranchées de l’Aigle, de la Buse, du Vautour et du Condor (d’autres aussi, avec des noms d’oiseaux qui ne sont pas des rapaces : Pie, Corbeau, Pigeon, Mouette, etc.).
- Lorsque les Français parviennent à progresser – certes lentement et difficilement – dans le ravin des Grelines et le long du canal en direction de Braye-en-Laonnois, dans la deuxième moitié d’avril 1917, le plateau devient la première ligne de défense allemande. C’est alors que ces derniers créent le réseau de tranchées et de boyaux qui parcourent la hauteur afin d’empêcher les assaillants de s’en emparer.
- Le 5 mai a lieu l’attaque combinée des 2e BCP et 79e RI en direction de la ferme Malval (voir ici: ).
La journée aboutit à un partage du plateau entre les belligérants : les Allemands parviennent à conserver l’Aigle, tandis que les Français se sont emparés du Condor et du Vautour. La situation va rester quasiment la même jusqu’au repli allemand du 2 novembre, mais le secteur reste très actif pendant plusieurs semaines.
- Le 14 mai, le 418e RI relève le 160e et le 69e dans ce secteur. Le front n’évolue guère, même si des patrouilles sont envoyées de part et d’autre pour tester la réactivité adverse ; les Allemands attaquent la tranchée du Condor le 3 juin, celle du Vautour le 5, sans résultat. Les pertes sont lourdes dans les deux camps (le 418e est à bout de force selon Guy Pedroncini).
JMO du 418e RI, notamment les cartes
- Le 8 juin, c’est le 74e de ligne (fortement touché par les mutineries) qui prend en charge les tranchées aux noms de rapaces : dès lors se succèdent des journées « calmes », sans combats d’envergure. Artillerie et aviation se montrent fréquemment actives, mais aucune action ponctuelle d’intérêt n’est envisageable sur cette partie du plateau.
- Dans le courant de l’été, la tension diminue, la concentration de troupes aussi par conséquent ; les unités restent plus longtemps, occupant un front plus étendu (le 407e pendant un mois à partir de la mi-juillet, puis le 319e jusqu’au recul allemand).
- Le 23 octobre, alors que l’offensive de la Malmaison se déclenche plus à l’ouest, le 318e régiment mène un coup de main vers la tranchée de l’Aigle (en partant de celle du Vautour) pour faire des prisonniers afin de connaître l’état d’esprit ennemi. Organisée en plusieurs colonnes, la 18e compagnie progresse soutenue par l’artillerie et les unités voisines : « la colonne 3 arrive à la tranchée des Squales où elle reçoit quelques coups de fusil ; les guetteurs allemands fuient ; on trouve un cadavre prêt à être emporté dans une toile de tente, un abri écrasé. La colonne franchit cette tranchée et aborde la tranchée de l’Aigle. Une fusée est lancée à sa gauche ; les grenadiers font barrage derrière les Allemands ; l’un d’eux est fait prisonnier puis la lutte se continue à la grenade et au V.B. La colonne continue à progresser puis bat en retraite et rentre dans nos lignes. » Les colonnes 4 et 5 obtiennent les mêmes succès, parvenant à 50 mètres au-delà de la tranchée avant de revenir dans leurs lignes. Le bilan pour le 319e est de 4 tués, 33 blessés, 4 disparus (JMO).
- Dans les jours suivants, les signes de repli adverse se multiplient. Le 27, après une préparation « sommaire » qui ne permet même pas de détruire les réseaux de barbelés de part et d’autre, les Français partent à l’assaut, « protégés par un feu roulant d’artillerie à la vitesse de 50m à la minute, cisaillent les défenses et s’avancent de trous d’obus en trous d’obus vers les lignes ennemies. La progression est lente en raison de nombreuses difficultés du terrain, mais les vagues atteignent bientôt la première ligne ennemie. » La résistance allemande est acharnée, que ce soit dans la tranchée de l’Aigle ou celle eu Rossignol (3e ligne où les défenseurs sont « massés », « serrés jusqu’au coude à coude ») ; les pertes du 319e sont lourdes – 21 morts, 52 blessés, 44 disparus – et le repli devient obligatoire.
- Le 1er novembre, les patrouilles signalent encore la présence allemande. Le 2, ce n’est plus le cas ; l’Aigle est occupé sans combat, l’Ailette est atteinte en fin d’après-midi. Le lendemain, « les pionniers construisent deux boyaux reliant les anciennes premières lignes. Les tranchées ennemies sont réfectionnées. »
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dimanche 4 décembre 2011
J comme Julia (Gaston)
- Mathématicien français
- Sidi-Bel-Abbès 1893 – Paris 1978
- Après des études brillantes (en 1911, il est reçu au premier rang simultanément à Polytechnique et à l’ENS, pour laquelle il opte), l’agrégé de mathématiques Gaston Julia est mobilisé en août 1914. Après quelques mois de formation, il devient sous-lieutenant au 34e RI – 36e DI – (3e bataillon, 9e compagnie), qu’il rejoint le 12 janvier 1915. Son unité combat autour de la ferme Hurtebise depuis la fin de la contre-offensive de la Marne.
- « Nous sommes tranquilles à un ou 2 obus près qui journellement tombent sur notre village [Villers-en-Prayères, NDLA] sans faire de mal. La canonnade est surtout violente à gauche vers Soissons, Soupir, et à droite vers Reims. Au cantonnement, vie facile, inactive, avec des officiers très bienveillants et d’excellents camarades. » (14 janvier)
- Cependant, à partir du 24, les Allemands déclenchent leur offensive localisée (« dite « bataille de la Creute »), immédiatement très meurtrière dans les rangs français.
- Seul officier survivant de sa compagnie, Gaston Julia reçoit une balle en plein visage ; il n’est pas évacué immédiatement, restant jusqu’à stabilisation relative de la situation – la bataille est cependant un succès net pour les troupes du Kaiser.
- Julia est hospitalisé au Val-de-Grâce, de très nombreuses fois opéré : il garde de grosses séquelles physiques mais peut reprendre assez rapidement ses activités de mathématicien, qui le mènent à une brillante carrière de chercheur et d’enseignant.
Source principale : Catherine Goldstein, « Un mathématicien sur l’isthme d’Hurtebise », Lettre du Chemin des Dames n°23 (automne 2011)
Voir aussi :
http://serge.mehl.free.fr/chrono/Julia.html
JMO du 34e RI
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- Sidi-Bel-Abbès 1893 – Paris 1978
- Après des études brillantes (en 1911, il est reçu au premier rang simultanément à Polytechnique et à l’ENS, pour laquelle il opte), l’agrégé de mathématiques Gaston Julia est mobilisé en août 1914. Après quelques mois de formation, il devient sous-lieutenant au 34e RI – 36e DI – (3e bataillon, 9e compagnie), qu’il rejoint le 12 janvier 1915. Son unité combat autour de la ferme Hurtebise depuis la fin de la contre-offensive de la Marne.
- « Nous sommes tranquilles à un ou 2 obus près qui journellement tombent sur notre village [Villers-en-Prayères, NDLA] sans faire de mal. La canonnade est surtout violente à gauche vers Soissons, Soupir, et à droite vers Reims. Au cantonnement, vie facile, inactive, avec des officiers très bienveillants et d’excellents camarades. » (14 janvier)
- Cependant, à partir du 24, les Allemands déclenchent leur offensive localisée (« dite « bataille de la Creute »), immédiatement très meurtrière dans les rangs français.
- Seul officier survivant de sa compagnie, Gaston Julia reçoit une balle en plein visage ; il n’est pas évacué immédiatement, restant jusqu’à stabilisation relative de la situation – la bataille est cependant un succès net pour les troupes du Kaiser.
- Julia est hospitalisé au Val-de-Grâce, de très nombreuses fois opéré : il garde de grosses séquelles physiques mais peut reprendre assez rapidement ses activités de mathématicien, qui le mènent à une brillante carrière de chercheur et d’enseignant.
Source principale : Catherine Goldstein, « Un mathématicien sur l’isthme d’Hurtebise », Lettre du Chemin des Dames n°23 (automne 2011)
Voir aussi :
http://serge.mehl.free.fr/chrono/Julia.html
JMO du 34e RI
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vendredi 18 novembre 2011
R comme Respirer le matin
- Le 19 mars 1916, le 246e RI du lieutenant Paul Truffau est aux abords ouest du Bois-des-Buttes, tenu presque entièrement par les Allemands. Ceux-ci, quelques jours plus tôt, viennent en effet de mener une offensive locale couronnée de succès (c’est lors de cet épisode que Guillaume Apollinaire est blessé).
- Paul Truffau se rend dans la partie de la forêt baptisée « la Sapinière » en compagnie d’un autre lieutenant, du 204e RI.
- « Je jette un coup d’œil rapide par-dessus le parapet : je vois les sacs, et aussi une tête en calot, généreuse, qui dépasse jusqu’aux épaules ; il regarde au-delà de nos lignes le paysage étincelant, les brumes de la rivière ; un autre se montre à côté un instant. Je réclame un fusil, puis la crainte de le manquer, plus encore la peur de l’atteindre (car j’ai en dégoût ces assassinats nécessaires) m’arrêtent. Quel est le meilleur fusil de l’escouade ? Tout le monde le dit : c’est P., le tambour, bien qu’armé du revolver. Il se dresse et s’avance : un grand paysan gauche, rustaud, l’air pataud et niais, avec des petits yeux plissés et bêtes. J’essaie de lui montrer l’homme dans mon périscope, il regarde mal, n’y voit rien, regarde à travers un créneau et en ramant dans l’air derrière lui avec sa main : « Ah bon, je vois ! Qu’on me passe un fusil, pourvu qu’il soit chargé ! » Il ajuste – pan ! le calot vole en l’air à trente centimètres, l’homme a disparu. La tête a dû éclater. Et le paysan redescend, une petite flamme dans ses yeux de brute, riant lourdement : Kapout. Il va se rasseoir à sa place, où il se remet à couper une branche avec son couteau. Tout le monde rit, le félicite, moi aussi ; mais je me représente aussitôt, avec une force et une netteté obsédante, le cadavre étendu à cent mètres, le sang, les derniers tressaillements, le cercle d’horreur, les brancardiers qu’on appelle, et, là-bas, en Allemagne, une mère qui n’a plus d’enfant. Tout cela parce qu’il a voulu respirer le matin. »
Source : Paul Truffau, 1914-1918. Quatre années sur le front, page 115
- Paul Truffau se rend dans la partie de la forêt baptisée « la Sapinière » en compagnie d’un autre lieutenant, du 204e RI.
- « Je jette un coup d’œil rapide par-dessus le parapet : je vois les sacs, et aussi une tête en calot, généreuse, qui dépasse jusqu’aux épaules ; il regarde au-delà de nos lignes le paysage étincelant, les brumes de la rivière ; un autre se montre à côté un instant. Je réclame un fusil, puis la crainte de le manquer, plus encore la peur de l’atteindre (car j’ai en dégoût ces assassinats nécessaires) m’arrêtent. Quel est le meilleur fusil de l’escouade ? Tout le monde le dit : c’est P., le tambour, bien qu’armé du revolver. Il se dresse et s’avance : un grand paysan gauche, rustaud, l’air pataud et niais, avec des petits yeux plissés et bêtes. J’essaie de lui montrer l’homme dans mon périscope, il regarde mal, n’y voit rien, regarde à travers un créneau et en ramant dans l’air derrière lui avec sa main : « Ah bon, je vois ! Qu’on me passe un fusil, pourvu qu’il soit chargé ! » Il ajuste – pan ! le calot vole en l’air à trente centimètres, l’homme a disparu. La tête a dû éclater. Et le paysan redescend, une petite flamme dans ses yeux de brute, riant lourdement : Kapout. Il va se rasseoir à sa place, où il se remet à couper une branche avec son couteau. Tout le monde rit, le félicite, moi aussi ; mais je me représente aussitôt, avec une force et une netteté obsédante, le cadavre étendu à cent mètres, le sang, les derniers tressaillements, le cercle d’horreur, les brancardiers qu’on appelle, et, là-bas, en Allemagne, une mère qui n’a plus d’enfant. Tout cela parce qu’il a voulu respirer le matin. »
Source : Paul Truffau, 1914-1918. Quatre années sur le front, page 115
dimanche 13 novembre 2011
B comme Bois des Pies
- Bois situé à l’est de Gernicourt (et de la chapelle Saint-Rigobert), sur la rive sud de l’Aisne.
- Il est aussi parfois nommé « Bois de la Pie ».
- Après la reprise du secteur par les Français, le 13 septembre 1914, le Bois des Pies se trouve pendant presque toute la guerre à proximité de la première ligne. Il est utilisé avant tout comme base pour l’artillerie mais aussi comme premier lieu de repos et de soin pour le secteur de Berry-au-Bac. C’est aussi le cas des deux massifs voisins, celui de la Marine à l’est et celui des Geais, plus vaste, au sud.
(Carte issue du JMO du 369e RI en février 1918)
- Le bois tient un rôle important lors de la préparation de l’offensive Nivelle, en avril 1917. Bien connu par conséquent des Allemands, il acquiert une réputation bien établie chez tous les combattants.
- On peut le voir à travers le récit de Félix Fonsagrive, envoyé depuis Cormicy pour prendre contact avec des camarades présents dans le bois début mai 1917. Alors qu’il s’y rend, un autre soldat lui dit : « Ah ! On veut vous envoyer au bois des Pies ! Mauvais endroit. Il est exact que nous allons quitter le secteur, mais ne quitterions-nous pas que la position du bois des Pies serait abandonnée. Elle est intenable. » C’est ce que constate l’artilleur une fois sur place : « Arrivé à la hauteur du bois des Pies, je tourne le dos aux lignes et j’aborde le bois dont les arbres sont réduits en grand nombre à l’état de troncs. Les trous d’obus semblent se toucher et il y en a de toutes les dimensions. Charmant coin ! Sur les abris existants à la position vacante il n’y en a qu’un qui puisse inspirer quelque confiance. » (Félix Fonsagrive, En Batterie !)
- Ce sont les artilleurs britanniques, réduits à une quasi impuissance, qui se trouvent dans le secteur au moment où les troupes d’assaut allemandes déferlent, dans l’après-midi du 27 mai 1918.
- Au moment de la reconquête alliée, à l’automne, le bois des Pies retrouve sa vocation antérieure lorsque le front se fige pendant quelques jours : « Après quatre jours de résistance sur l’Aisne, l’ennemi, le 10 octobre, écrase de ses tirs tout notre front. Bois de Gernicourt, bois de Pies et des Geais, Cormicy, etc… reçoivent un déluge d’obus de toutes sortes et de tous calibres. Les batteries sont soumises à de violentes concentrations d’ypérite. Notre infanterie n’est pas en meilleure posture et peut à tout moment demander le barrage. Il ne saurait donc être question d’évacuer les canonniers. […] Difficiles conditions pour reprendre dans la journée même la poursuite de l’ennemi qui masquait par ces tirs sa retraite. » (Historique du 30e RAC)
- Depuis la première guerre mondiale, le bois des Pies n’existe plus.
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- Il est aussi parfois nommé « Bois de la Pie ».
- Après la reprise du secteur par les Français, le 13 septembre 1914, le Bois des Pies se trouve pendant presque toute la guerre à proximité de la première ligne. Il est utilisé avant tout comme base pour l’artillerie mais aussi comme premier lieu de repos et de soin pour le secteur de Berry-au-Bac. C’est aussi le cas des deux massifs voisins, celui de la Marine à l’est et celui des Geais, plus vaste, au sud.
(Carte issue du JMO du 369e RI en février 1918)
- Le bois tient un rôle important lors de la préparation de l’offensive Nivelle, en avril 1917. Bien connu par conséquent des Allemands, il acquiert une réputation bien établie chez tous les combattants.
- On peut le voir à travers le récit de Félix Fonsagrive, envoyé depuis Cormicy pour prendre contact avec des camarades présents dans le bois début mai 1917. Alors qu’il s’y rend, un autre soldat lui dit : « Ah ! On veut vous envoyer au bois des Pies ! Mauvais endroit. Il est exact que nous allons quitter le secteur, mais ne quitterions-nous pas que la position du bois des Pies serait abandonnée. Elle est intenable. » C’est ce que constate l’artilleur une fois sur place : « Arrivé à la hauteur du bois des Pies, je tourne le dos aux lignes et j’aborde le bois dont les arbres sont réduits en grand nombre à l’état de troncs. Les trous d’obus semblent se toucher et il y en a de toutes les dimensions. Charmant coin ! Sur les abris existants à la position vacante il n’y en a qu’un qui puisse inspirer quelque confiance. » (Félix Fonsagrive, En Batterie !)
- Ce sont les artilleurs britanniques, réduits à une quasi impuissance, qui se trouvent dans le secteur au moment où les troupes d’assaut allemandes déferlent, dans l’après-midi du 27 mai 1918.
- Au moment de la reconquête alliée, à l’automne, le bois des Pies retrouve sa vocation antérieure lorsque le front se fige pendant quelques jours : « Après quatre jours de résistance sur l’Aisne, l’ennemi, le 10 octobre, écrase de ses tirs tout notre front. Bois de Gernicourt, bois de Pies et des Geais, Cormicy, etc… reçoivent un déluge d’obus de toutes sortes et de tous calibres. Les batteries sont soumises à de violentes concentrations d’ypérite. Notre infanterie n’est pas en meilleure posture et peut à tout moment demander le barrage. Il ne saurait donc être question d’évacuer les canonniers. […] Difficiles conditions pour reprendre dans la journée même la poursuite de l’ennemi qui masquait par ces tirs sa retraite. » (Historique du 30e RAC)
- Depuis la première guerre mondiale, le bois des Pies n’existe plus.
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dimanche 6 novembre 2011
C comme Cavaignac (Pierre-Marie)
- Militaire français
- Verdun 1887 – Vauclerc 1917
- Engagé volontaire au 57e RI à vingt ans, Pierre-Marie Cavaignac vient d’être admis à l’école de Saint-Maixent quand la guerre est déclarée.
- Le sous-lieutenant Cavaignac est dès le 14 septembre 1914 (fin de la contre-offensive alliée de la Marne) à Corbeny, blessé d’un éclat d’obus au bras droit.
- A partir d’octobre, le 57e est transféré près de Moussy et Verneuil, où il s’installe durablement (il ne le quitte – pour Verdun – qu’en avril 1916). Alors qu’il supervise les aménagements de son secteur, le 21 décembre 1914 « à 15h est blessé à la main droite le sous-lieutenant Cavaignac [2e bataillon, 5e compagnie]. La blessure, sans être grave, est assez sérieuse. Une fois pansé cet officier refusant de se laisser évacuer revient à son poste en disant “Ce n’est pas le moment de quitter mes hommes”. Malgré la fièvre qui survient il se remet courageusement à diriger les travaux. Déjà le 14 septembre le sous-lieutenant Cavaignac avait été contusionné par un éclat d’obus et était resté à son poste. » Il est cité à l’ordre de l’Armée le 17 janvier 1915. (JMO du 57e RI)
- Cavaignac est promu lieutenant (décembre 1915) puis capitaine (mars 1916). Après Verdun, il revient au Chemin des Dames, où son régiment doit participer à l’exploitation de la percée le 16 avril ; l’engagement est finalement annulé.
- Quelques jours plus tard, il est au-dessus de Craonnelle, sur les bords du plateau des Casemates que le 57e RI attaque le 5 mai.
- Pierre-Marie Cavaignac est tué d’une balle dans la tête, une nouvelle fois cité à l’ordre de l’armée « pour avoir trouvé une mort glorieuse, le fusil à la main, à la tête de ses hommes. »
- Il repose aujourd’hui au cimetière de Cerny-en-Laonnois.
- Le nom de Pierre-Marie Cavaignac apparaît dans l’ouvrage de Georges Gaudy, Le Chemin des Dames en feu.
Fiche MPF
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dimanche 30 octobre 2011
F comme Fougue (ou emballement ?)
- « Le capitaine Simonin commandant la 1ère compagnie a payé cher d’avoir transgressé l’ordre formel qui lui avait été donné de ne pas dépasser l’objectif prévu en fin de premier bond, ordre que j’étais allé lui rappeler moi-même ainsi qu’au capitaine Marchand commandant le groupement de droite, quelques minutes avant l’heure H.
Le bataillon a été victime de la fougue de cet officier qui s’est emballé et a emballé sa troupe. » (rapport du chef de bataillon Mellier)
- Le 5 mai 1917, le 2e Bataillon de Chasseurs à pied (11e DI) attaque depuis la cuvette de Braye-en-Laonnois en direction de la ferme Malval, alors en contrebas du Chemin des Dames, versant nord. Son objectif premier est la possession des hauteurs du plateau, en liaison avec les régiments voisins (79e RI à droite, 4e BCP à gauche). Suivons-le, guidés par le sous-lieutenant Cayol, seul officier survivant de la 1ère compagnie.
- « A 9 heures moins 30 secondes le capitaine Simonin lève et agite un fanion blanc [fabriqué dans la toile d’un parachute de fusée par le sous-lieutenant Cayol] portant l’inscription au crayon bleu “Sursum Corda” [ « Haut les cœurs » ]. C’est le signal de l’assaut. »
- La progression est assez facile, rapide, trop même : il faut freiner pour ne pas être bombardé par l’artillerie française, tandis que les unités voisines ne suivent pas le même rythme. Le Vautour est enlevé. « On aborde la tranchée de l’Aigle. Je remarque à ce moment que nous somme quelques secondes en plein dans le barrage. Cette tranchée est mieux organisée, beaucoup plus occupée et quand nous la quittons, j’ai l’impression que le nettoyage a été trop rapide. Je pense au 69e qui devait nous suivre. Les Chasseurs sont fascinés par l’objectif final, attirés comme par un aimant par la ferme Malval qui profile déjà ses murs crénelés au-dessus du sol. »
- Les Français ont passé le point haut du plateau, sentent la pente devenir favorable. Cayol fait part de ses craintes à son capitaine : « Il faut arrêter dans cette tranchée ; si nous allons dans Malval tout de suite, nous allons nous faire abîmer par nos obus, et nous serons en saillant, position dangereuse pour une contre-attaque. » Réponse : « Poussez, mon brave Cayol, poussez les Gaulois à droite, il n’y a plus de Boche, vous serez sur l’Ailette. »
- Une demi-section parvient à droite de la ferme, une autre (avec Cayol) entre dans la ferme à 9h15. « Je suis heureux, Malval est pris. » le capitaine Simonin, qui informe immédiatement son chef de bataillon. Celui-ci lui répond : « Je vous embrasse, tenez bien ; nous vous soutenons. Je préviens l’artillerie. Vive la 1ère compagnie. »
- C’est alors que de la creute situé en arrière des bâtiments surgissent de nombreux grenadiers et une mitrailleuse allemands ; la résistance française s’organise mais l’effet de surprise joue à plein. « Le capitaine Simonin donne, du haut de son piédestal fait de moellons en tas, des ordres au geste et à la voix. » Les renforts français tardent, « la mitrailleuse boche me fait baisser la tête, et ceux de la Creute visiblement poussés par des chefs énergiques, et à coup de pied au c… escaladent mon talus. » Les munitions des chasseurs s’épuisent, malgré les demandes répétées du capitaine Simonin. « Au même instant je le vois plonger de 3 mètres, la tête en avant. Il gît sur le petit chemin et la tête baigne dans son sang. »
- « Les Boches devant moi progressent par infiltration ; quelques-uns sont déjà à quelques mètres, mais ils se font mitrailler au moindre mouvement. Damville arrive en arrière. Je l’appelle et il vient plus à droite. Je lui fais signe de se coucher et il arrive vers moi en rampant. Je lui montre les Boches devant nous. Il prend un fusil et tire. Ensuite il recharge son arme et … sa tête tombe fracassée sur mon épaule droite. »
- Après qu’un obus français a fait exploser un stock de 77 allemands, « je ne vois plus rien ; et après je n’ai plus que 2 chasseurs et le sergent Billard a mes côtés. Déjà la contre-attaque boche a paru devant nous. Plus personne là où était la compagnie. Je ne vois pas ma droite. Birou veut m’emmener ; je lui dis : « Restons ». Ils m’emmènent. » Le petit groupe se replie, certains sont tués ; « je passe en rampant à côté du Capitaine, je lui serre la main ; il est froid. J’escalade le talus, on me tire dessus de toutes parts. Je ne suis pas touché et me porte sur la tranchée Malval. »
- Cayol rejoint la tranchée de l’Aigle (« J’attends. J’ai beaucoup de mal à garder mes types ; un a un ils veulent partir ») puis celle du Vautour, où la résistance s’organise un peu mieux. La situation se stabilise dans la soirée, et seule l’artillerie agit pendant plusieurs heures.
- Il ne reste que 200 chasseurs au sein du 2e BCP ; 19 de ses officiers sont morts (10), blessés (5) ou disparus (4). Après une nouvelle attaque le 6, il est relevé par le 69e RI.
- Le corps du capitaine René Simonin reste sur le champ de bataille, contrairement par exemple à celui du capitaine Charles Marchand.
- Le sous-lieutenant Cayol reçoit la croix de la Légion d’Honneur des mains du général Vuillemot (11e DI) le 9 mai à Bourg-et-Comin.
JMO du 2e BCP (pages 12 et suivantes)
Fiche MPF du capitaine René Simonin
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Le bataillon a été victime de la fougue de cet officier qui s’est emballé et a emballé sa troupe. » (rapport du chef de bataillon Mellier)
- Le 5 mai 1917, le 2e Bataillon de Chasseurs à pied (11e DI) attaque depuis la cuvette de Braye-en-Laonnois en direction de la ferme Malval, alors en contrebas du Chemin des Dames, versant nord. Son objectif premier est la possession des hauteurs du plateau, en liaison avec les régiments voisins (79e RI à droite, 4e BCP à gauche). Suivons-le, guidés par le sous-lieutenant Cayol, seul officier survivant de la 1ère compagnie.
- « A 9 heures moins 30 secondes le capitaine Simonin lève et agite un fanion blanc [fabriqué dans la toile d’un parachute de fusée par le sous-lieutenant Cayol] portant l’inscription au crayon bleu “Sursum Corda” [ « Haut les cœurs » ]. C’est le signal de l’assaut. »
- La progression est assez facile, rapide, trop même : il faut freiner pour ne pas être bombardé par l’artillerie française, tandis que les unités voisines ne suivent pas le même rythme. Le Vautour est enlevé. « On aborde la tranchée de l’Aigle. Je remarque à ce moment que nous somme quelques secondes en plein dans le barrage. Cette tranchée est mieux organisée, beaucoup plus occupée et quand nous la quittons, j’ai l’impression que le nettoyage a été trop rapide. Je pense au 69e qui devait nous suivre. Les Chasseurs sont fascinés par l’objectif final, attirés comme par un aimant par la ferme Malval qui profile déjà ses murs crénelés au-dessus du sol. »
- Les Français ont passé le point haut du plateau, sentent la pente devenir favorable. Cayol fait part de ses craintes à son capitaine : « Il faut arrêter dans cette tranchée ; si nous allons dans Malval tout de suite, nous allons nous faire abîmer par nos obus, et nous serons en saillant, position dangereuse pour une contre-attaque. » Réponse : « Poussez, mon brave Cayol, poussez les Gaulois à droite, il n’y a plus de Boche, vous serez sur l’Ailette. »
- Une demi-section parvient à droite de la ferme, une autre (avec Cayol) entre dans la ferme à 9h15. « Je suis heureux, Malval est pris. » le capitaine Simonin, qui informe immédiatement son chef de bataillon. Celui-ci lui répond : « Je vous embrasse, tenez bien ; nous vous soutenons. Je préviens l’artillerie. Vive la 1ère compagnie. »
- C’est alors que de la creute situé en arrière des bâtiments surgissent de nombreux grenadiers et une mitrailleuse allemands ; la résistance française s’organise mais l’effet de surprise joue à plein. « Le capitaine Simonin donne, du haut de son piédestal fait de moellons en tas, des ordres au geste et à la voix. » Les renforts français tardent, « la mitrailleuse boche me fait baisser la tête, et ceux de la Creute visiblement poussés par des chefs énergiques, et à coup de pied au c… escaladent mon talus. » Les munitions des chasseurs s’épuisent, malgré les demandes répétées du capitaine Simonin. « Au même instant je le vois plonger de 3 mètres, la tête en avant. Il gît sur le petit chemin et la tête baigne dans son sang. »
- « Les Boches devant moi progressent par infiltration ; quelques-uns sont déjà à quelques mètres, mais ils se font mitrailler au moindre mouvement. Damville arrive en arrière. Je l’appelle et il vient plus à droite. Je lui fais signe de se coucher et il arrive vers moi en rampant. Je lui montre les Boches devant nous. Il prend un fusil et tire. Ensuite il recharge son arme et … sa tête tombe fracassée sur mon épaule droite. »
- Après qu’un obus français a fait exploser un stock de 77 allemands, « je ne vois plus rien ; et après je n’ai plus que 2 chasseurs et le sergent Billard a mes côtés. Déjà la contre-attaque boche a paru devant nous. Plus personne là où était la compagnie. Je ne vois pas ma droite. Birou veut m’emmener ; je lui dis : « Restons ». Ils m’emmènent. » Le petit groupe se replie, certains sont tués ; « je passe en rampant à côté du Capitaine, je lui serre la main ; il est froid. J’escalade le talus, on me tire dessus de toutes parts. Je ne suis pas touché et me porte sur la tranchée Malval. »
- Cayol rejoint la tranchée de l’Aigle (« J’attends. J’ai beaucoup de mal à garder mes types ; un a un ils veulent partir ») puis celle du Vautour, où la résistance s’organise un peu mieux. La situation se stabilise dans la soirée, et seule l’artillerie agit pendant plusieurs heures.
- Il ne reste que 200 chasseurs au sein du 2e BCP ; 19 de ses officiers sont morts (10), blessés (5) ou disparus (4). Après une nouvelle attaque le 6, il est relevé par le 69e RI.
- Le corps du capitaine René Simonin reste sur le champ de bataille, contrairement par exemple à celui du capitaine Charles Marchand.
- Le sous-lieutenant Cayol reçoit la croix de la Légion d’Honneur des mains du général Vuillemot (11e DI) le 9 mai à Bourg-et-Comin.
JMO du 2e BCP (pages 12 et suivantes)
Fiche MPF du capitaine René Simonin
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dimanche 23 octobre 2011
F comme Fonsagrive (Félix)
- Militaire français
- Filliols (Pyrénées-Orientales) 18 ? – 19 ?
- A peine promu sous-lieutenant au 116e RAL (où il est affecté depuis 1915), Félix Fonsagrive est envoyé au sud de l’Aisne afin de préparer l’offensive Nivelle, le 28 février 1917.
- Le PC est établi sur la cote 186, sur les hauteurs de Cormicy (sur les cartes IGN actuelles, la « Petite Montagne »). « Du sommet qui forme terrasse la vue est d’un grand intérêt soit pour le touriste en quête de beaux panoramas, soit pour l’observateur d’artillerie toujours préoccupé de voir chez l’ennemi. »
- Tout en assistant aux autres préparatifs de la vaste opération et en se préservant des ripostes allemandes, Fonsagrive met en place sa batterie et celles de ses camarades. Un certain pessimisme s’installe chez les artilleurs : « Sur les premières lignes le marmitage continue, mais ces lignes sont si nombreuses, si puissantes, que j’ai l’impression que l’effort de notre artillerie n’est pas suffisant. […] Il y a là, en effet, un véritable chapelet de positions redoutables. »
- « Enfin, voici la grande journée. Le temps est splendide [sic !]. » Mais l’échec et la déception sont au-rendez-vous, comme on s’en rend compte bien vite, avant la mi-journée. « C’est donc une partie manquée, partie sanglante cependant car nos fantassins se sont bien battus et se battent encore. » Fonsagrive assiste en particulier, à la jumelle, aux difficultés rencontrées par les chars dans la plaine de Berry-au-Bac, constant l’absence de soutien de l’artillerie française et la facilité avec laquelle celle des Allemands peut les bombarder (« Je suis obsédé par le souvenir des tanks avançant en pleine lumière et servant de cibles aux canons ennemis »).
- A nouveau espoirs et désillusion le 5 mai, même si la prise de Craonne réchauffe le cœur de l’artilleur : les hauteurs entre Berry-au-Bac et Reims sont imprenables, « encore une fois la perfection des positions ennemies a triomphé de l’esprit offensif de nos troupes. »
- L’unité de Fonsagrive reste en secteur, se rapprochant de Gernicourt. Le 23, le sous-lieutenant part en permission : « je ne quitte pas le pays sans mélancolie : j’y étais venu avec tant d’espoir ! »
- Félix Fonsagrive part ensuite combattre sur le front de Verdun, où il est promu lieutenant.
- En 1919 il publie ses souvenirs : En batterie ! Verdun 1916 – La somme – L’Aisne – Verdun (1917)
- A noter : les trois frères de Félix Fonsagrive, Michel, Vincent et Joseph (futur général de division dans les colonies pendant la seconde guerre), ont participé au premier conflit mondial.
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- Filliols (Pyrénées-Orientales) 18 ? – 19 ?
- A peine promu sous-lieutenant au 116e RAL (où il est affecté depuis 1915), Félix Fonsagrive est envoyé au sud de l’Aisne afin de préparer l’offensive Nivelle, le 28 février 1917.
- Le PC est établi sur la cote 186, sur les hauteurs de Cormicy (sur les cartes IGN actuelles, la « Petite Montagne »). « Du sommet qui forme terrasse la vue est d’un grand intérêt soit pour le touriste en quête de beaux panoramas, soit pour l’observateur d’artillerie toujours préoccupé de voir chez l’ennemi. »
- Tout en assistant aux autres préparatifs de la vaste opération et en se préservant des ripostes allemandes, Fonsagrive met en place sa batterie et celles de ses camarades. Un certain pessimisme s’installe chez les artilleurs : « Sur les premières lignes le marmitage continue, mais ces lignes sont si nombreuses, si puissantes, que j’ai l’impression que l’effort de notre artillerie n’est pas suffisant. […] Il y a là, en effet, un véritable chapelet de positions redoutables. »
- « Enfin, voici la grande journée. Le temps est splendide [sic !]. » Mais l’échec et la déception sont au-rendez-vous, comme on s’en rend compte bien vite, avant la mi-journée. « C’est donc une partie manquée, partie sanglante cependant car nos fantassins se sont bien battus et se battent encore. » Fonsagrive assiste en particulier, à la jumelle, aux difficultés rencontrées par les chars dans la plaine de Berry-au-Bac, constant l’absence de soutien de l’artillerie française et la facilité avec laquelle celle des Allemands peut les bombarder (« Je suis obsédé par le souvenir des tanks avançant en pleine lumière et servant de cibles aux canons ennemis »).
- A nouveau espoirs et désillusion le 5 mai, même si la prise de Craonne réchauffe le cœur de l’artilleur : les hauteurs entre Berry-au-Bac et Reims sont imprenables, « encore une fois la perfection des positions ennemies a triomphé de l’esprit offensif de nos troupes. »
- L’unité de Fonsagrive reste en secteur, se rapprochant de Gernicourt. Le 23, le sous-lieutenant part en permission : « je ne quitte pas le pays sans mélancolie : j’y étais venu avec tant d’espoir ! »
- Félix Fonsagrive part ensuite combattre sur le front de Verdun, où il est promu lieutenant.
- En 1919 il publie ses souvenirs : En batterie ! Verdun 1916 – La somme – L’Aisne – Verdun (1917)
- A noter : les trois frères de Félix Fonsagrive, Michel, Vincent et Joseph (futur général de division dans les colonies pendant la seconde guerre), ont participé au premier conflit mondial.
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