dimanche 13 janvier 2013

C comme Champ d'Asile



- Lieu-dit du bois des Couleuvres (sud-ouest du bois de Beaumarais, au nord de Chaudardes), aujourd’hui appelé « Champ d’Astele » sur les cartes IGN.

- Situé entre septembre 1914 et novembre 1917 à proximité immédiate des premières lignes françaises, ce lieu sert de bivouac à de nombreuses troupes présentes dans les secteurs de Craonne et des plateaux à l’est d’Hurtebise.
- Le Champ d’Asile reçoit fréquemment des obus allemands (le général Durand est très gravement blessé à proximité le 16 septembre 1914) mais permet d’apporter les premiers soins aux blessés (c’est donc aussi un lieu de décès fréquemment indiqué sur les avis) ou d’attendre la nuit avant de se positionner dans les tranchées.
(un exemple parmi d’autres : le 32e RI)

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samedi 5 janvier 2013

C comme Churchill (Winston)



- Homme politique britannique
- Blenheim 1874 – Londres 1965

- En 1914, Winston Churchill est Premier Lord de l’Amirauté depuis trois ans.
- Le 27 septembre, il se rend auprès des troupes britanniques dans l’Aisne pour étudier leur situation. Le général Hamilton qui commande la 3rd Division le reçoit à Braine et demande à son aide de camp, le  lieutenant Billy Congreve (auteur de Armageddon Road et décédé sur la Somme en juillet 1916) de le guider. Churchill est conduit dans une Rolls-Royce sur le plateau de Brenelle via Chassemy pour observer la vallée et le plateau du Chemin des Dames depuis les postes d’observation de l’artillerie.
- Profitant d’une accalmie dans le bombardement allemand, le futur premier ministre britannique peut rester quelques instants sur ces hauteurs. De retour à sa voiture, il dit à son accompagnateur : « Maintenant j’ai été sous le feu sur les cinq continents. »



Source : Paul Kendall, Aisne 1914 : The dawn of trench warfare (page 325)

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mardi 1 janvier 2013

M comme Mont-Sapin







- Ferme et lieu-dit situés quelques hectomètres à l’ouest de Soupir

- « La route départementale se prolonge en ligne droite, au milieu de la vallée, vers Bourg-et-Comin. Il faut la quitter ici, à sa bifurcation avec le chemin vicinal n°38, de Soupir à Vendresse. Une belle croix de pierre, connue sous les noms de « Croix de la Vignette » et de « la madeleine », se dresse à l’angle des deux routes. A gauche, sur une éminence, s’étend plus que ne s’élève une maison de campagne assez spacieuse, dont les jardins étagés dominent les alentours. C’est le « Mont-Sapin », appelé autrefois « Vignon de Lin ». Il est adossé contre le flanc de la colline des « Hyppes », dont l’éperon, couronné d’un bois d’épicéas, s’avance vers la rivière toute proche, entre la dépression de Chavonne et la gorge de Soupir. »
(Chanoine Lebergue, Monographie de Soupir, Bulletin de la Société archéologique, historique et scientifique de Soissons, 1931)


- Après les combats de l’automne 1914, la zone du Mont-Sapin est coupée en deux : le bas de la pente, incluant la ferme, reste aux mains des Français, tandis que les Allemands contrôlent l’essentiel du versant et les hauteurs, se trouvant ainsi en position fortement favorable.
- A noter que les Britanniques ont bâti en septembre 1914 un pont (surnommé ensuite « pont des Anglais ») face à la ferme.




(carte issue du JMO du 355e RI en janvier 1917 - Source: SHD de Vincennes)

- Le 16 avril 1917, c’est le 25e BCP (127e DI) qui est chargé de la prise du Mont Sapin, « véritable clef de la toute première position allemande » comme le dit le JMO de la division.
- A 6 heures l’attaque se déclenche : 172e RI à droite, 355e à gauche. « Le barrage d’artillerie neutralise les mitrailleuses ennemies. Le 25e BCP saute sur la tranchée de Tirpitz. 30 prisonniers, mais la pente est presque à pic. Terrain bouleversé. Le barrage d’artillerie s’éloigne à 100m, en 3 minutes bientôt les mitrailleuses allemande reparaissent et ouvrent un feu violent sur les Chasseurs. Ceux-ci continuent la progression dans le bois avec un barrage de V.B puis de grenades quand il n’y a plus de V.B. Les 2e vagues, par petites fractions, interviennent, manœuvrant avec hardiesse ; elles enveloppent un ouvrage fermé qui couronne les carrières. Les grenadiers allemands sont réduits, les mitrailleuses tournées et enlevées dans un vigoureux corps à corps, les servants des minenwerfers cloués sur leurs pièces. »
- 300 prisonniers allemands (dont 8 officiers) des 186e et 418e régiments allemands sont capturés lors de l’assaut du Mont-Sapin. Dans la soirée, une contre-attaque violente est menée, que le 25e BCP, en pointe par rapport aux autres unités de la division, réussit à stopper difficilement (en partie grâce aux munitions allemandes récupérées).
- Les Allemands recommencent le lendemain, dès 4h30, avec des troupes fraîches. La 3e compagnie de chasseurs, « qui a perdu tous ses officiers et la moitié de ses sous-officiers et qui es t commandée par un sergent, résiste avec une énergie admirable ; les Allemands sont repoussés et laissent de nombreux cadavres sur le terrain. »
- Toute la journée, des combats acharnés se déroulent, très sanglants notamment en ce qui concerne l’encadrement des compagnies. Ce n’est que lorsque les unités voisines peuvent aborder le plateau que la résistance allemande diminuent et que le Mont-Sapin est définitivement tenu.
- Le 25e BCP perd 273 hommes lors de ces combats : 49 morts, 204 blessés et 20 disparus.




 
- Le Mont-Sapin abrite aujourd’hui un  cimetière italien regroupant les corps des combattants morts notamment lors des derniers combats autour de Soupir début octobre 1918.



Sources :
JMO 127e DI (SHD de Vincennes)

Historique du 25e BCP

mercredi 12 décembre 2012

D comme Défenses accessoires



- Le 62e RI (22e DI) occupe le secteur du Luxembourg (près d’Hermonville) entre mai et septembre 1916, après avoir connu la bataille de Verdun. Même en période « calme », le bastion du Luxembourg reste une zone sensible et très disputée ; elle est particulièrement pourvue en réseau de barbelés et autres « défenses accessoires ». (Carte d'ensemble)


- Le 5 août, le régiment mène un coup de main sur la première ligne allemande (visant particulièrement un poste avancé) le long du ruisseau du Rabassa, avec comme mission de « ramener des prisonniers morts ou vivants » [sic] et de « rapporter tout matériel trouvé ». Une section de la 11e compagnie est engagée directement : 36 soldats, 4 caporaux et 2 sergents menés par le sous-lieutenant Sergenton (dont le nom est aussi le mot de ralliement) et l’aspirant Le Coënt.
- « Pistolet automatique pour tous, sauf 1 caporal et 6 hommes armés du fusil-baïonnette. 20 soldats porteront une cisaille, 6 une cisaille ; 6 grenadiers avec 16 grenades dans les musettes, les autres soldats 4 grenades dans les poches. Pas de livrets, de papiers, ni d’écussons. Cordes, couteaux. »

- A 4 heures commence le coup de main. « Au même moment, le sous-lieutenant Sergenton entend, du petit poste allemand, le cri de “Verda ?” et un bruit de crécelle. »

- « La troupe parvient d’un bond jusqu’au 2e cheval de frise qui, en raison de son poids et des attaches, résiste à tous les efforts pour le déplacer. Quelques hommes passent par-dessus et par-dessous et se mettent à cisailler au-delà, pour pratiquer un chemin dans un réseau nouveau, bouchant entièrement la suite de la chicane. » Les Allemands réagissent en lançant des grenades depuis le petit poste, leur tranchée et le lit du Rabassa ; les Français répondent par la même arme, le combat dure quelques minute et plusieurs hommes sont blessés des deux côtés.
- « Les cisailleurs, tout en travaillant, signalent que le réseau à couper a encore 8 à 10 mètres de profondeur. » Dès 4h15, le sous-lieutenant Sergenton se rend compte alors qu’il est impossible de parvenir au poste allemand et décide d’un repli en bon ordre, tout en demandant à l’artillerie de viser particulièrement la première tranchée allemande, fortement occupée. Cependant, une patrouille  constate que ce bombardement a peu d’effets sur les défenses adverses ; un troisième est alors ordonné, vers 6h30, sans que l’infanterie intervienne.

- Le coup de main est donc un échec. « En présence d’adversaires en éveil et sous un feu convergent, la troupe d’attaque ne pouvait détruire les défenses accessoires d’une profondeur trop considérable. » Le 62e RI compte 7 blessés, dont l’aspirant Le Coënt.



Source pour les informations et les cartes:
JMO 62e RI (SHD)
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samedi 1 décembre 2012

P comme Présomption



- Le 16 avril 1917, le 3e régiment de Zouaves (37e DI) attaque sur le canal de l’Aisne à la Marne, au nord-est de la Neuville, en direction de la vallée de la Suippe. Comme souvent, les défenses allemandes ne sont pas assez affaiblies et toute avancée est impossible, tandis que les pertes s’accumulent rapidement dans les « groupes clairsemés » (Historique).

- Le 23, le commandant Mondielli, qui prend la direction du 3e Zouaves face à l’indisponibilité du lieutenant-colonel Philippe (tombé gravement malade), écrit :


- « La cause fondamentale de l’insuccès de l’offensive française du 16 avril doit être recherchée dans la confiance excessive que le commandement français avait en ses propres forces, confiance poussée jusqu’à la présomption, et dans un mépris injustifié pour les moyens matériels et moraux de l’adversaire dont la force réelle a été estimée trop au-dessous de sa valeur.
Toute la manœuvre a été montée sans tenir compte de l’ennemi et de ses réactions possibles. Il semble bien qu’on se soit attendu à son départ au Jour J, comme il avait fait dans la région de Noyon. Or, il est resté et s’est défendu, et cette résistance à laquelle nous n’étions pas préparés a surpris et déconcerté le commandement. La troupe a été sacrifiée, en pure perte. » […]

- « C’était une utopie de penser que la même troupe, désillusionnée et affaiblie par les pertes consécutives à la première expérience, serait capable de reprendre l’attaque sans une nouvelle et parfaite préparation. Il semble que le Commandement, en renouvelant à jet continu ses ordres de reprendre l’attaque, ait tenu peu compte du facteur moral et de ce fait que nos troupes, qui sont intelligentes et pleines de bon sens, ont une notion très exacte des réalités et des possibilités de la bataille.
Les hommes, les unités ne sont pas des pions sur un échiquier. Les zouaves ayant échoué, la Brigade Ruses ne pouvait faire mieux, mais que penser de la collaboration en liaison, un instant envisagée, entre deux troupes aussi différentes que les Zouaves et les Russes, ayant des méthodes de combat si particulières et dont les chefs ne pouvaient ni s’entendre ni se comprendre et partant aucunement s’entr’aider. C’était renouveler la confusion de la Tour de Babel. 
Une notion dont il importe de bien se pénétrer, c’est celle de la fragilité de la troupe d’infanterie en face des éléments de destruction de la guerre moderne : canons, mitrailleuses, torpilles. En quelques minutes, un tiers de l’effectif est par terre et cependant les plans d’engagement continuent à prévoir pour chacun des missions importantes à plusieurs kilomètres du point de départ.
Les nuits de bivouac, les mouvements de navette, la boue gluante augmentent la fatigue dans des proportions insoupçonnées de celui qui n’a pas lutté lui-même contre ces éléments de dissociation. 
Celui qui a souffert avec le fantassin peut seul dire avec quelle rapidité peut baisser l’esprit ou la faculté d’offensive d’une troupe à laquelle on a laissé, sous les intempéries, un répit de 24 ou 48 heures, qui ne peut en aucun cas être considéré comme un repos. 
Aussi, quand pour les raisons que nous avons exposées, l’élan d’une troupe a été brisé et l’assaut manqué, il faut courageusement envisager l’échec, se recueillir et recommencer une nouvelle préparation matérielle et morale. »



Rapport complet à retrouver dans le  JMO du 3e Zouaves (source : SHD) :
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