lundi 18 novembre 2013

P comme Plan en relief



- « La véritable importance stratégique du Chemin des Dames beaucoup mieux qu'auprès des “exécutants” chargés de s'en emparer ou de le défendre, on la percevait pleinement sur l'immense plan en relief qu'avait fait établir par son service géographique le chef de la sixième armée. »
- En 1917, le général Maistre installe en effet son quartier général à Belleu (au sud-est de Soissons), dans la villa Beauregard, résidence d’été d’Albert Piat, qui dirige une fonderie à Villeneuve Saint-Germain.

- «  Ce plan occupait à lui seul un petit salon de cette belle villa de Belleu […], tandis que tout autour, dissimulées sous les arbres du parc, des baraques en bois, que le camouflage avait soigneusement peintes en vert et jaune, et recouvertes de branchages, ce qui leur donnait l'aspect d'un joujou de Noël, des baraques Adrian abritaient l'Etat-Major. Elle était confortable la villa de Belleu, elle n'était pas d'un goût très pur, et se singularisait notamment par tout un luxe d'appareils d'éclairage du plus fâcheux style munichois. Seul le petit salon, qui servait de bureau à l'officier d'ordonnance du général, avait été débarrassé en partie pour faire place au plan en relief du Chemin des Dames. Devant ce plan, dans ce petit salon, je revois, réunis le 24 octobre 1917, les correspondants de guerre français, anglais et américains, à qui, tout rayonnant de la victorieuse opération de la veille, le chef d'Etat-Major explique comment elle fut conçue et exécutée. […] La victoire de la Malmaison avait dégagé le Chemin des Dames, elle en rendait, d'un bout à l'autre, la position intenable pour l'ennemi ; c'est ce que le plan en relief rendait sensible aux regards même des profanes, aux esprits les moins avertis. »

- Quelques mois plus tard, la moustache du général Duchêne a remplacé celle de Maistre à la tête de la VIe Armée, mais les lieux n’ont pas changé au moment où les Allemands lancent leur attaque foudroyante, le 27 mai 1918.
« Belleu fut atteint, que l’état-major de l’armée avait dû quitter en toute hâte sous les obus : un officier fut tué devant sa baraque, l’innocente petite baraque, comme un jouet de Noël, où le premier bureau rangeait ses paperasses, le premier bureau, aux occupations paisibles entre toutes : personnel, avancement, décorations … […] Et je me suis souvent demandé ce qu’était devenu le beau plan en relief, sur lequel avait été étudiée si minutieusement, et si bien préparée la victoire d’octobre, – si l’on avait eu le temps de l’emporter, pris la précaution de la détruire, – ou si, au contraire, les Allemands l’avaient retrouvé là, dans le petit salon attenant au cabinet du général et qui servait de bureau à son officier d’ordonnance, si les Allemands, après nous avoir repris le Chemin des Dames, en avaient pu remporter avec eux, trop précieux trophée, cette effigie de plâtre ? »




Sources des citations : Franc-Nohain, De la mer aux Vosges, 1921

Plus d’informations sur la villa Beauregard sur le site de la mairie deBelleu

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mardi 12 novembre 2013

T comme Tour-observatoire




- En 1965, Roger-Gustave Nobécourt décrit dans une note à la fin de son ouvrage Les Fantassins du Chemin des Dames ce que l’on voit quand on monte depuis Craonne jusqu’au plateau de Californie, notamment les traces des combats de la première guerre : ancien village envahi par la végétation, monument aux morts du village, table d’orientation en bordure de la route, etc.
- « La commune s’est reconstruite, a refait sa vie ailleurs, au fond de l’hémicycle, laissant là-haut tel quel un témoignage qui ne lui appartenait pas tout entier. C’est tout. Est-ce assez ? N’y avait-il pas, n’y a-t-il pas place ici, à la pointe de la falaise – où les Gaulois allumaient de grands feux dans la nuit – pour un phare qui serait un jalon, un relais et un signe entre celui de Lorette et celui de Douaumont ? Il couronnerait tout le Chemin des Dames et dominerait la Champagne, poserait les intermittences de sa lumière du cimetière de Cerny au monument de la ferme Navarin. Il commémorerait … Est-il trop tard ? L’histoire va si vite et il n’y aura bientôt plus de rescapés du Chemin des Dames. »


- En 2013, les derniers combattants sont tous partis, Roger-Gustave Nobécourt en 1989. A la pointe du plateau de Craonne (appelée communément Californie depuis la guerre) est inaugurée le 16 avril la tour-observatoire d’environ 20 mètres de haut qui permet à la fois d’observer le paysage – plateau de Vauclerc, bois de Beaumarais, oppidum de Saint-Thomas, plaine de Champagne, buttes proches de Reims, etc. – et d’allumer une lumière bleutée dès la nuit venue, signal de mémoire permanent et hommage aux combattants.
- Bien intégrée en bordure de la forêt qui a poussé sur la Zone Rouge, la tour-observatoire a vocation à devenir un centre important de la mémoire du Chemin des Dames. En effet, ce secteur, contrairement à d’autres champs de bataille, ne possédait pas de monument symbolique (rôle qu’aurait dû jouer la chapelle de Cerny). Les concepteurs de l’édifice, reprenant en partie les souhaits de R.G. Nobécourt, tâchent ainsi de remédier à cette situation.





Inauguration en présence du secrétaire d’Etat aux anciens combattants,M. Kader Arif.

vendredi 1 novembre 2013

S comme Suicide

- Depuis octobre 1914, le 111e RIT (unité de l'historien Jules Isaac notamment) est occupé à des tâches défensives et de fortification sur la rive sud de l'Aisne, près de Vailly, et sur le plateau qui la jouxte.
- Mi-novembre, la 5e compagnie est envoyée à Dhuizel, rattachée temporairement à la 1ère DI pour mener des travaux près de Soupir. Elle y reste jusqu'au 6 décembre, lorsqu'elle est relevée et vient cantonner à Brenelle.

- Le lendemain, 7 décembre, Joseph Coutton (matricule 9635) se suicide d'un coup de fusil dans la tête. La balle blesse au passage son camarade, Gustave Guigue (matricule 17108).
- Le drômois Joseph Coutton, né à Laborel 40 ans avant, se voit cependant attribuer le statut de « Mort pour la France », avec mention « tué à l'ennemi » (Fiche).
- Il repose aujourd'hui à la nécropole nationale de Vauxbuin.

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dimanche 27 octobre 2013

A comme Australiens

http://www.abc.net.au/radionational/programs/hindsight/douglas-lucas-tooth/3391560


- Les Australiens ne combattent pas au Chemin des Dames en tant qu’armée autonome au sein de celle de l’Empire britannique, comme cela a pu se faire dans la Somme ou le Pas-de-Calais. Cependant, plusieurs soldats nés en Australie sont engagés avec l’armée britannique qui franchit l’Aisne les 13 et 14 septembre 1914.

- Parmi eux on trouve – probablement – les 2e et 3e officiers australiens morts pendant la guerre (le premier, William M. Chisholm, est décédé à Le Cateau le 26 août).

- Le capitaine Douglas Lucas-Tooth, Distinguished Service Order (DSO) pour ses actes pendant la retraite d’août, mène ses hommes des 9th Queen’s Royal Lancers en direction du Chemin des Dames le 14 septembre. Après la prise de Bourg-et-Comin, son unité doit s’emparer des hauteurs en direction de Moulins et Vendresse. Lucas-Tooth est tué par un éclat d’obus. Né à Sydney en 1880, il est enterré dans le cimetière communal de Moulins, avec écrit sur sa tombe : « Sleep on and take thy rest – Only goodnight beloved – Not farewell » (« Dors et repose-toi – Seulement bonne nuit, bien-aimé – Pas  un adieu »)

- Robert Gordon, lui aussi capitaine (au 1st Battalion Northamptonshire Regiment), meurt alors qu’il dirige ses hommes vers le Chemin des Dames près de Troyon. Les 160 Britanniques se préparent à assaillir 250 Allemands environ, positionnés à 50 mètres ; sorti brièvement de sa tranchée remplie d’eau et de boue jusqu’aux genoux, le capitaine Gordon reçoit une balle dans la tête. Né près de Melbourne 37 ans auparavant, il n’a pas de sépulture connue.



Source : Paul Kendall, Aisne 1914. The dawn of he trench warfare

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dimanche 20 octobre 2013

F comme Franc-Nohain




- Touche-à-tout français (Avocat, sous-préfet, écrivain, librettiste, etc.)
- Corbigny (Nièvre) 1872 – Paris 1934

- Maurice Etienne Legrand prend comme pseudonyme Franc-Nohain dès la fin du XIXe siècle, lorsqu'il commence à être actif dans le monde de la culture (fondation de journaux, écriture de poèmes, de livrets de ballets entre autres) ; homme de droite qui combat socialisme et anticléricalisme, il écrit notamment dans l’Echo de Paris.
(Pour écouter Franc-Nohain réciter un de ses poèmes:

http://www.youtube.com/watch?v=dTFTT-YXy-E

- Mobilisé à 42 ans comme garde voie, Franc-Nohain devient lieutenant (territorial) au 28e BCP, rattaché à l’état-major de la nouvelle 164e DI, auprès du colonel de Combarieu, à partir de fin 1916.
- Il est au Chemin des Dames au printemps 1917. « Du Plateau Triangulaire, la vue s’étendait en direction de Laon, sur la plaine bouleversée et désertique, que sillonnaient sans cesse, tragique et sinistre feu d’artifice, l’éclair des obus, les jets de fumée des éclatements. En direction de Laon : qui eût imaginé que Laon deviendrait ainsi une sorte de Mecque vers laquelle se tendraient tous nos espoirs, toutes nos énergies !... »


- Franc-Nohain revient dans l’Aisne au moment de l’offensive allemande de fin mai 1918.
- L’homme de lettres finit la guerre au Grand Quartier Général, titulaire de la Légion d’Honneur, de la Croix-de-guerre et de 5 citations. Après 1918, il poursuit sa carrière journalistique et littéraire.
- En 1921, il rédige ses souvenirs dans un recueil intitulé De la Mer aux Vosges (disponible sur Gallica, site de la BNF) et illustré par des eaux-fortes de son ami Paul-AdrienBouroux, autre ancien combattant de l’état-major de la 164e DI.

- « Si le hasard me ramène quelque jour à Pontavert, j’aimerais m’y promener à tous petits pas. Mais il faut faire un effort pour imaginer que l’on pourrait un jour, tranquillement, aller dans un de ces petits villages, où la vie aurait repris paisible et quotidienne, s’arrêter chez l’épicier d’Oulches, aller acheter des cigarettes au débit de tabac de Dravegny (et d’abord qu’il y eût encore un débit de tabac où il y eût à nouveau des cigarettes …). »



- A noter que Franc-Nohain, enterré au Père-Lachaise, est l'époux de l'illustratrice Marie-Madeleine Dauphin et le père de l'animateur Jean Nohain et du comédien Claude Dauphin.

 



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