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Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


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Cordialement
Gil Alcaix

samedi 6 avril 2013

L comme La Ville de Mirmont (Jean de)






« Cette fois mon cœur, c’est le grand voyage,
Nous ne savons pas quand nous reviendrons.
Serons-nous plus fiers, plus fous ou plus sages ?
Qu’importe, mon cœur, puisque nous partons !

Avant de partir, mets dans ton bagage
Les plus beaux désirs que nous offrirons
Ne regrette rien, car d’autres visages
Et d’autres amours nous consoleront.

Cette fois, mon cœur, c’est le grand voyage. »


- Homme de lettres français
- Bordeaux 1886 – Verneuil 1914

- Fin septembre 1914, le sergent Jean de La Ville de Mirmont quitte sa caserne de Libourne pour rejoindre le 57e RI (12e compagnie – 3e bataillon), fortement entamé par les combats des premières semaines de la guerre (925 hommes en tout constituent ce renfort).
- C’est un écrivain, déjà reconnu, auteur notamment de Les dimanches de Jean Dézert (1914) ou de L’Horizon chimérique (posthume).


- Le 28, il arrive à Fismes (où il cantonne dans une manufacture de chapeaux) avant, le lendemain, de rejoindre Cuiry-lès-Chaudardes où une exécution de soldat l’accueille. Il participe ensuite à l’aménagement du secteur de Craonnelle.

- Après quelques jours de repos à la mi-octobre, le 57e RI est envoyé autour de Moussy et Verneuil. Il subit l’attaque allemande sur Soupir début novembre : « Nous venons de passer des moments assez durs. Six jours de combat acharné, diurne et nocturne. Un instant j’ai bien cru y rester, mais c’était précisément le 4 novembre et je ne pouvais pas tomber pour ton anniversaire ; cela m’a rendu toute confiance. » (lettre à sa mère, le 6 novembre). Jean reçoit une citation à l’ordre du régiment le 6 : « Garde-la pour le cas où je recevrais du fer dans la peau, afin de prouver plus tard à la jeune Paulette que si son parrain cultivait nonchalamment les muses dans ses loisirs administratifs, il savait aussi se conduire en bon La Ville sur les champs de bataille. » (idem, le 10)


- Le 24 novembre, il rédige une dernière lettre à sa mère : « Je ne suis pas encore nommé sous-lieutenant, mais j’en remplis actuellement les fonctions selon le dernier remaniement de la compagnie. Je suis en bonne santé et d’excellente humeur, avec le seul regret de vous savoir inquiets et si loin de moi. Au fond, je suis le plus heureux de vous tous, car si je suis emporté, j’espère ne pas même m’en apercevoir ; si je suis blessé, je coucherai dans un bon lit et je serai soigné par d’aimables dames, et si je persiste tel quel, grâce à toi je n’aurais pas trop froid. Au revoir, ma chère maman, bons baisers à vous tous. Ton fils si loin et si près de toi – et sur qui veillent non seulement son étoile, mais toutes les étoiles du ciel. »

- 28 novembre 1914: nouvelle journée de « bombardement presque ininterrompu » (JMO). Jean est touché par un obus sur les pentes du mont de Beaulne. « On s’attendait à le trouver broyé. Or, il était entier et, le croirez-vous, debout. Enseveli sous des mètres d’argile, il était figé dans sa dernière attitude à la manière des habitants de Pompéi, saisis dans leur dernière activité quotidienne par la lave incandescente du Vésuve : le buste droit, la tête levée, les yeux ouverts, la baïonnette au canon et la musette au flanc, il s’apprêtait à bondir pour se battre. Il était comme empêché. C’est une vision qui, depuis, me hante chaque nuit. Un gisant en action, oui, c’est ça. » (J. Garcin)
- Il est transporté vers une ambulance mais ne peut être sauvé ; il décède dans les premières heures du 29.


- Jean est enterré au cimetière provisoire de Verneuil ; après la guerre, son corps est transféré à la nécropole de Cerny ; enfin, sa famille le récupère fin 1920. Sa tombe bordelaise est aujourd’hui très délabrée et abandonnée, tandis que celles de Cerny sont régulièrement entretenues et voient fleurir chaque année les sédums par milliers…





NB : En 2013, Jérôme Garcin lui consacre un livre qui mêle fiction et faits réels, Bleus horizons (Gallimard)


Citations issues de : Jean de La Ville de Mirmont – Œuvres complètes (Editions Champ Vallon, 1992)


(SHD)

(SHD)

Article de Guy Marival dans  la Lettre du Chemin desDames

Le blog du 57e RI, par Bernard Labarbe

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