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Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


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Cordialement
Gil Alcaix

jeudi 24 décembre 2015

O comme Opportunisme



- Après deux semaines de repos autour de Brenelle et Paars, le 306e RI revient en première ligne le 15 décembre 1915, dans le Bois-Morin au sud de Vailly.

- Le général Taufflieb, qui commande la 69e DI à laquelle il est rattaché, lui donne immédiatement des ordres d’action : « Il y aurait lieu de profiter de la crue de l’Aisne pour chercher à s’emparer des Maisons Brûlées et si possible du retour d’eau ». Depuis plusieurs jours en effet, de très fortes pluies gonflent la rivière, ce qui commence à poser de gros problèmes matériels aux deux armées. Dans le secteur de Vailly, ce sont les Allemands qui rencontrent des soucis lorsqu’il s’agit de franchir l’Aisne ou de défendre cette zone très plane et faite de nombreux points d’eau, naturels ou artificiels.

- Après une brève et forte préparation d’artillerie, la compagnie H (23e) commence l’attaque, commandée par le capitaine Grésy. Deux patrouilles de volontaires (sous-lieutenant de réserve Weingaertner / caporal Van Hove) dépasse la première tranchée allemande, dite de la Maison Brûlée, qui a été abandonnée ; une demi-section (sous-lieutenant Carlier) les suit quelques minutes plus tard.
- La première patrouille atteint le lieu dit la Poche d’Eau. « A ce moment le sous-lieutenant Weingaertner découvre deux abris dont l’entrée orientée face à l’ouest donne sur la poche d’eau. Il s’y porte rapidement et tandis que quelques grenades sont lancées sur l’entrée de l’un de ces abris qui se trouvait éclairé, il y pénètre revolver au poing et somme les Allemands qui l’occupent de se rendre. Ces derniers au nombre de 17 n’opposent aucune résistance et se rendent » (quatre sont blessés, ainsi que Weingaertner, par un éclat de grenade à la cuisse droite).
- Un poste avancé est immédiatement organisé sur le canal, qui permet d’empêcher une contre-attaque allemande vers 17 heures.
- Pendant la nuit, quatre soldats (Camus, Séguin, Léger, Brunet) demandent à pouvoir mener une  patrouille là où ils avaient vu tomber un soldat allemand dans l’après-midi : son cadavre est ramené dans les lignes françaises.



- Le lendemain, l’artillerie allemande « semble vouloir venger l’échec de la veille », empêchant les travaux défensifs et blessant deux soldats. Les 17 et 18, la même situation se reproduit, et une patrouille allemande est même repoussée sans pertes côté français.

- Le dimanche 19, le bombardement allemand est encore plus fort : il devient évident qu’une action terrestre se prépare. Les Français s’y préparent mais la liaison entre les anciennes et les nouvelles tranchées est rendue difficile par l’artillerie ennemie ; l’ensemble des hommes disponible est utilisé, il n’y a plus de réserve…
- « A 15 heures 15, du retour d’eau, 2 fusées rouges et quantité de fusées blanches s’élèvent dans le ciel, puis une ligne de grenadiers que l’on peut évaluer à une section et suivie d’une autre de même force apparaissent. Les premiers s’avancent en lançant leurs grenades et tiennent le ligne S-N de la gare d’eau à la Villa Brûlée. Entre la première et la deuxième ligne qui progressent en rampant et par bonds, plusieurs hommes qui rampent également avancent en poussant devant eux trois mitrailleuses sur de petites roues. »
- Les Français tirent sur les assaillants dès que l’artillerie ennemie fait une pause, mais en vain : les Allemands reprennent ce qu’ils ont perdu le 15 et immédiatement s’installent défensivement.
- « A 17h30 en avant de nos tranchées du bateau-lavoir des cris de : « France, ne tirez plus » sont entendus. Mais en raison de l’obscurité, le commandant de compagnie craignant une ruse de la part de l’ennemi fait continuer le tir par salve. Cependant les appels devenant plus pressants, nos hommes demandent le nom de celui qui pousse ces cris ; le commandant de compagnie entend alors prononcer le nom de « Clément ». Le feu est alors arrêté car ce soldat appartient en effet à la première section de la compagnie H (23e). Il peut ainsi rentrer dans nos lignes et rendre compte que les sergents Thibaud et Lagache, le caporal Jany ainsi qu’une douzaine d’hommes se trouvent depuis 2 heures dans les abris métro dont les ouvertures ont été obstruées par les Allemands après y avoir projeté des grenades.
Le commandant de compagnie demande alors au soldat Clément d’aller donner à tous ces hommes l’ordre de regagner nos lignes coûte que coûte. Celui-ci réfléchit quelques secondes puis repart vers nos anciennes positions ; cinq minutes à peine se sont écoulées, que tout le détachement bondissant par-dessus les défenses ennemies qui les entourent, regagne nos lignes, ramenant un des nôtres blessé. Le lieutenant Gallet commandant la compagnie félicite le soldat Clément de son dévouement. »
- Dans la soirée, l’état-major du régiment demande une contre-attaque pour chasser les Allemands. Mais dans l’obscurité et face à un terrain rendu méconnaissable par les bombardements, les Français ne peuvent progresser face aux défenses allemandes.

- La situation redevient ce qu’elle était avant le 15 décembre. Au cours de cette journée, le 306e RI perd deux hommes décédés (le sergent Georges Ferrand et le soldat Léon Legat) et huit blessés.




A noter que René Grésy, chef de la compagnie, est tué à Verdun (au Mort-Homme pour être précis, où le 306e RI est anéanti et disparaît) quelques semaines plus tard, en mai 1916, après avoir été promu commandant.

Rémond Weingaertner, qui a mené l’attaque du 15, devenu lieutenant au 332e RI, meurt à Verdun lui aussi, en août 1917.




Source principale : JMO du 306e RI (cote 26 N 745/17)


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