- Village de la rive gauche de l’Aisne, au sud de Beaurieux
- 60 habitants
- Meurival, 110 habitants avant la guerre, devient comme tous les villages voisins une base arrière pour les Français à partir de septembre 1914, lorsque le front se fige sur les hauteurs voisines du Chemin des Dames. On y établit notamment une ambulance, qui fonctionne pendant presque tout le conflit, et un cimetière temporaire.
- Ses creutes servent d’abri aux soldats. « Je reviens de permission et rejoins ma compagnie dans l’Aisne, elle cantonne dans les vieilles carrières de Meurival. […] Les carrières sont comme des cavernes avec des plafonds épais et des piliers de distance en distance. […] L’endroit où je suis est très bas, on ne peut se tenir debout. Des gouttes tombent du plafond. » (Paul Clerfeuille, 18 février 1917, cité par R. Cazals)
- Entre juin et septembre 1918, Meurival subit l’occupation allemande et des combats lors de la reconquête alliée.
- La population chute – 72 habitants recensés en 1921 – sans jamais se redresser.
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Connaître et comprendre le lieu, les hommes, les événements et la mémoire du Chemin des Dames
mercredi 29 septembre 2010
dimanche 26 septembre 2010
E comme Effectifs
- Le 27 juin 1917, lors d’un comité secret de la Chambre, le député Albert Favre donne le chiffre de 1,2 millions d’hommes présents côté français pour participer à l’offensive Nivelle du 16 avril. Ce chiffre, depuis lors fréquemment repris, est-il le bon ?
- Les trois armées en présence (les deux de rupture, la Ve et la VIe, et celle de poursuite, la Xe), regroupent 53 divisions : d’où les impressions des témoins d’être en présence d’une « masse » considérable, ce qui laisse penser à une victoire presque assurée.
- Cependant, il faut entrer dans le détail de la disposition en profondeur des régiments pour se faire une idée précise des effectifs en présence côté français, le 16 avril 1917.
- La première ligne est constituée par les troupes qui attaquent les positions allemandes le 16 avril à 6h du matin. Cela représente environ 180 000 hommes.
- La deuxième ligne est la plus nombreuse ; c’est celle des troupes de soutien, situées entre le front et l’Aisne au petit matin du 16. On y trouve des fantassins, la quasi-totalité de l’artillerie et les régiments territoriaux attachés aux corps d’armée de tête. Au total environ 250 000 soldats. Comme la première ligne, ils sont sous le feu constant de l’artillerie allemande.
- La pointe de l’armée de poursuite constitue la troisième ligne : 120 000 hommes, qui s’avancent dans la vallée de l’Aisne le matin du 16 et qui, pour beaucoup, franchissent la rivière avant de connaître l’échec et donc le changement de rôle qui leur sera attribué.
- La quatrième ligne avance aussi vers le front mais reste bloquée entre Vesle et Aisne (près de Fismes notamment), et n’a pas de vision du champ de bataille dans l’immédiat. On peut l’évaluer à 180 000 soldats.
- Enfin, une cinquième ligne se trouve sur la Marne, près de Château-Thierry : 55 000 hommes placés là en vue de la poursuite à longue distance des Allemands.
- Au total, ce sont donc près de 750 000 soldats français qui sont concernés par l’offensive du 16 avril. Il faut leur ajouter leurs « voisins » des Monts de Champagne, qui attaquent le lendemain ; même s’il n’y a pas exactement le même échelonnement qu’à l’ouest de Reims, on peut y comptabiliser au total plus de 150 000 hommes. L’ensemble des forces rassemblées avoisine donc le million de combattants, côté français.
Source : Philippe Olivera in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 78 à 80
- Les trois armées en présence (les deux de rupture, la Ve et la VIe, et celle de poursuite, la Xe), regroupent 53 divisions : d’où les impressions des témoins d’être en présence d’une « masse » considérable, ce qui laisse penser à une victoire presque assurée.
- Cependant, il faut entrer dans le détail de la disposition en profondeur des régiments pour se faire une idée précise des effectifs en présence côté français, le 16 avril 1917.
- La première ligne est constituée par les troupes qui attaquent les positions allemandes le 16 avril à 6h du matin. Cela représente environ 180 000 hommes.
- La deuxième ligne est la plus nombreuse ; c’est celle des troupes de soutien, situées entre le front et l’Aisne au petit matin du 16. On y trouve des fantassins, la quasi-totalité de l’artillerie et les régiments territoriaux attachés aux corps d’armée de tête. Au total environ 250 000 soldats. Comme la première ligne, ils sont sous le feu constant de l’artillerie allemande.
- La pointe de l’armée de poursuite constitue la troisième ligne : 120 000 hommes, qui s’avancent dans la vallée de l’Aisne le matin du 16 et qui, pour beaucoup, franchissent la rivière avant de connaître l’échec et donc le changement de rôle qui leur sera attribué.
- La quatrième ligne avance aussi vers le front mais reste bloquée entre Vesle et Aisne (près de Fismes notamment), et n’a pas de vision du champ de bataille dans l’immédiat. On peut l’évaluer à 180 000 soldats.
- Enfin, une cinquième ligne se trouve sur la Marne, près de Château-Thierry : 55 000 hommes placés là en vue de la poursuite à longue distance des Allemands.
- Au total, ce sont donc près de 750 000 soldats français qui sont concernés par l’offensive du 16 avril. Il faut leur ajouter leurs « voisins » des Monts de Champagne, qui attaquent le lendemain ; même s’il n’y a pas exactement le même échelonnement qu’à l’ouest de Reims, on peut y comptabiliser au total plus de 150 000 hommes. L’ensemble des forces rassemblées avoisine donc le million de combattants, côté français.
Source : Philippe Olivera in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 78 à 80
samedi 25 septembre 2010
P comme Pontoy
mercredi 22 septembre 2010
M comme Mourir
- « Cette trace de sentier, qu’on reconnaît quand même à son usure, bouleversé par les entonnoirs, c’est le chemin des Dames. […] Si l’on creusait de La Malmaison à Craonne une fosse commune, il le faudrait dix fois plus large pour contenir les morts qu’il a coûtés. » (R. Dorgelès, Le Réveil des morts)
- Le traitement des morts varie beaucoup selon le contexte militaire : il est bien évident qu’il ne peut être identique lorsque les morts se comptent à l’unité (périodes de front « passif ») ou par centaines (au moment où le front se stabilise à l’automne 1914 ou lors des grandes offensives). On ne peut donc pas percevoir d’évolution chronologique significative sur les presque ans de guerre, puisque le contexte est sans cesse changeant.
L’enlèvement des corps des combattants
- Alors que la récupération des corps ne pose pas trop de problèmes en temps « calme », elle se révèle presqu’impossible lors des offensives : « On ne relève pas les morts ; on les met de côté pour passer, à moins qu’ils ne soient à demi enterrés par l’obus qui les a tués ; alors la piste s’écarte. Impossible de faire dix pas sans voir un cadavre, soit un du 16 avril, déjà momifié, soit un récent, dont le sang est à peine noirci. On passe sans penser à rien, tant ces masses bleuâtres dans la boue font partie du paysage de mort où il faut vivre. On ne se bouche même plus le nez ; l’odeur entrerait quand même par la bouche. Et quelle odeur ! » (Jean Marot, 24 mai 1917 sur le plateau de Vauclerc, Belhumeur). La cohabitation des morts et des vivants est alors permanente, l’odeur insupportable ; certains jouent l’indifférence, d’autres la carte de l’humour noir face au spectacle des corps déchiquetés qui subissent les affres du climat et des bombardements incessants. « Nous avions sans doute moins de pitié pour eux que d’angoisse pour nous. Après tout, eux avaient fini de souffrir et ils avaient été tués net, assommés comme le bœuf à l’abattoir. Notre destin à nous serait peut-être d’agoniser des heures et des jours avec une balle dans le ventre ou la moelle épinière. Et nous n’avions qu’une pensée fugitive pour les proches de ces ˮdisparusˮ, qui fussent devenus fous à voir ce que la guerre avait fait de leur fils, de leur mari ou de leur amant. » (R Arnaud, La Guerre 1914-1918, tragédie bouffe)
- Au cours de ce conflit, les trêves ayant pour but de ramasser ou ensevelir les cadavres ne sont que rarement respectées (RG Nobécourt en signale cependant une le 12 mai 1917 entre Braye et Cerny, quelques jours après la grande offensive française). Il est difficile d’en comprendre les raisons : certains y voient le signe de la « brutalisation » du conflit, d’autres la complexité de la mise en pratique de la trêve alors qu’il y a plusieurs armes à prévenir, d’autres enfin le résultat des rumeurs qui font de ceux qui la demandent des lâches en puissance et de ceux qui ramassent les corps des espions.
- Il faut noter cependant que les trêves tacites sont beaucoup plus nombreuses en ce qui concerne la récupération des blessés, les cris étant sans doute trop insupportables aux soldats.
Les sépultures des combattants
- Par tradition, Britanniques et Allemands procèdent à des inhumations individuelles, même si les événements peuvent entraîner des exceptions.
- Dès le début de la guerre, le GQG français prescrit l’utilisation des fosses communes, ce qui choque les exécutants sur le terrain (qui n’exécutent l’ordre que lorsqu’ils ne peuvent faire autrement). Finalement, une loi du 29 décembre 1915 change les choses : « Tout soldat français ou allié a droit à une sépulture perpétuelle aux frais de l’Etat. » Cependant, tombes individuelles et fosses communes coexistent pendant toute la guerre : c’est le cas par exemple près du Poteau d’Ailles en mai 1917 (cf. le document dans l’ouvrage cité ci-dessous, n°23 hors-texte)
- Dans certains cas, les corps sont inhumés sur le champ de bataille, isolés ou regroupés mais très soumis aux bombardements, ce qui rend leur suivi difficile après 1918.
- Lorsqu’on peut, les morts sont enterrés dans les cimetières plus ou moins bien organisés, à quelques centaines de mètres des combats, compromis permettant d’épargner à la fois les yeux des combattants et les bras des brancardiers. D’autres cimetières plus à l’arrière accueillent les blessés graves qui ne survivent pas, à proximité des ambulances, des HOE (hôpitaux d’orientation et d’évacuation) pour les Français ou des hôpitaux urbains pour les Allemands, tel Laon.
- En première ligne, le cercueil est rare ; à l’arrière, il est réservé aux officiers en cas de pénurie. Les plaques d’identité sont en principe retirées, mais il arrive fréquemment que tel ne soit pas le cas, soit par réticence des fossoyeurs, soit pour permettre les recherches post-conflit.
- Même s’il existe un service de l’état-civil chargé de recenser les morts et les emplacements des sépultures, les camarades des morts cherchent à faciliter leur identification.
- Côté français, si des armes usagers peuvent marquer l’existence d’une tombe, c’est avant tout la « fameuse » croix de bois qui est employée. Côté allemand, les croix sont beaucoup plus variées et travaillées ; des matériaux durs sont employés (il reste encore de ces croix à Veslud). De même, là où les tombes françaises se contentent d’un simple tertre dénudé, les fosses allemandes sont plus recherchées dans leur réalisation.
Le culte des morts pendant la guerre
- Des hommages, officieux ou officiels, sont rendus aux morts pendant la guerre, soit par leur camarade soit au moment où un régiment quitte le secteur où ils sont enterrés.
- Souvent, on bâtit des monuments aux morts : 2 monuments français et 31 allemands sont ainsi comptabilisés sur le Chemin des Dames et son arrière-front pendant les années de guerre. Ils proviennent de tous les types d’armes et présentent des formes diverses (dominent les obélisques et les monolithes) ainsi que les mêmes attributs que les tombes : croix de fer, aigle impérial, croix latine, etc. « Les dédicaces épigraphiques désignant les destinataires des monuments font généralement appel au champ sémantique de l’héroïsme. »
- Sept monuments allemands sont à la fois dédiés aux combattants français et allemands : Anizy-le-Château (2 monuments), Filain, Orainville, Pancy (2 monuments), Vaudesson. Faut-il y voir une perception différente de la mort dans les deux camps ou la volonté allemande de voir les monuments préservés après la fin de la guerre ?
- Aujourd’hui, 6 monuments sont encore debout : trois en relatif bon état et entretenus (Berry-au-Bac, Oeuilly, Veslud) ; celui d’Ailles resté tel quel depuis la guerre, très endommagé par les bombardements ; enfin, ceux de Filain, en mauvais état mais restauré après des années de délaissement (à l’occasion du 90e anniversaire de la bataille) et de Pancy, très endommagé et abandonné.
Source principale : Thierry Hardier, « Mourir sur le chemin des Dames : le traitement des corps, les sépultures et monuments pendant la guerre », in N. Offenstadt (dir.), Le Chemin des Dames. De l’événement à la mémoire, pages 226 à 243
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dimanche 19 septembre 2010
B comme Borgoltz (Jacques)
- Militaire français
- Chartres 1894 – Ferme de Malval 1917
- Lieutenant au 2e Régiment du Génie (auteur notamment d’un rapport sur les défenses du fort de Vaux), le polytechnicien Jacques Borgoltz est gravement blessé. Pourtant, il refuse de ne plus participer à la guerre et décide de s’engager comme observateur dans l’aviation.
- Le 6 avril 1917, il est dans le Caudron R4 n°1559 qui décolle de Fismes, avec le pilote Pierre Desbordes et le mitrailleur Alexandre Lebleu. Sa mission est de photographier la ferme Malval (alors située en contrebas du plateau, versant nord, donc invisible depuis le sol).
- L’avion est pris en chasse par 5 appareils allemands et abattu, peut-être par l’as allemand Rudolf Berthold. Le corps de Jacques Borgoltz n’est pas retrouvé.
- Une plaque est aujourd’hui apposée dans la chapelle de Cerny.
Fiche MPF
Fiche Aéro
Source principale :
http://409ri.canalblog.com/archives/2009/02/08/12396078.html
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jeudi 16 septembre 2010
O comme Opération Ludendorff
- Le 26 mai 1918 dans la soirée, le 146e régiment d’infanterie arrive dans les champignonnières de Chassemy en rive sud de l’Aisne après quelques jours de repos à Villers-Cotterêts (bienvenus suite à de violents combats dans les Flandres au début du mois).
- Le régiment vient d’être mis en alerte, mais tous les hommes qui le composent ne mesurent pas la gravité de la situation, même si leurs projets de permission sont perturbés. Ainsi le sous-lieutenant Jean Eldin …
- « Le 27 mai 1918
Bien chers parents
Le déplacement dont je vous ai si souvent parlé ne s’est pas effectué comme il avait été prévu. Nous devions partir ce matin à 4 heures lorsque hier à 8 h du soir nous avons eu alerte et sommes partis à minuit en autos pour venir prendre un secteur. Depuis 9 h ce matin nous sommes en ligne. Les Boches sont assez actifs quoique ce ne soit pas comparable à Kemmel.
Si les permissions ne sont pas supprimées ou le pourcentage diminué, je viendrai comme je vous l’ai toujours dit dans les premiers jours de juin. Je vous tiendrai au courant de mon mieux mais ne vous en faites pas si au lieu de venir le 3 ou le 4 [juin] par exemple, par suite de baisse [de pourcentage], je ne venais que le 9 ou le 10. Tout dépendra de la situation.
Quoiqu’il en soit je suis 3e, alors il n’y a pas à s’en faire.
Ne vous remettez pas à m’écrire, ça n’en vaut pas le peine. Je tiens à vous avertir au cas où il y aurait des modifications mais s’il n’y a rien, je viendrai bien comme j’ai toujours pensé.
J’ai reçu une lettre de Chanut et d’un de mes hommes blessés, ainsi qu’une carte d’un sergent permissionnaire.
Il fait un temps splendide heureusement, aussi l’on est très bien. Un léger vent souffle et attiédit la température.
Rien de nouveau.
Bons baisers de votre poilu affectueux
J. Eldin »
- Pourtant, ce qui vient de commencer, c’est l’opération Ludendorff, une offensive allemande portant le nom du général en chef de l’armée allemande de 1916 à 1918, Erich Ludendorff. Elle est aussi appelée « Kaiserschlacht » (« Bataille de l’Empereur »), ou plus banalement « offensive de printemps ». L’attaque vers l’Aisne est la troisième après celles dans la Somme (21 mars) et sur la Lys (9 avril), et avant celles vers Noyon (8 juin) et en Champagne (15 juillet). Cette offensive générale est notamment permise par le déplacement des troupes venues du front russe ; elle est capitale puisqu’elle doit assurer la victoire allemande avant l’arrivée réelle des hommes et du matériel des Etats-Unis.
- L’offensive Ludendorff dans l’Aisne intervient par surprise. En effet, depuis la bataille de La Malmaison et le retrait allemand sur l’Ailette, le 2 novembre 1917, le Chemin des Dames était (re)devenu un secteur « calme », un front passif ; c’est pourquoi, par exemple, le 9e corps d’armée britannique, très éprouvé, vient en « repos » du côté de Craonne et de Berry-au-Bac.
- En fait, des captures de prisonniers ont permis aux Français de découvrir les plans de Ludendorff la veille, mais il est trop tard pour organiser correctement la défense des lignes alliées, d’autant plus que l’on ne sait pas exactement à quel type d’attaque on a affaire, les préparatifs ayant été particulièrement bien cachés.
- « A 1 heure précise il n’y eut pas ce ‟premier coupˮ attendu : de Vauxaillon à Reims, il y en eut plus de 4 000 qui retentirent ensemble, frappèrent nos positions du Chemin des Dames toutes à la fois, depuis l’Ailette jusqu’au-delà de l’Aisne, englobèrent dans le même fracas, la même nuée et la même dévastation, tout notre système défensif, de la première ligne d’infanterie aux emplacements des canons. Les étoiles disparurent aussitôt : aux fumées et à la poussière s’ajoutaient les lourdes vapeurs de gaz. Cette cataracte d’acier et de feu roule sur de l’ypérite. Le sol qu’elle bouleverse, elle l’infecte ; les armes qu’elle n’enfouit ou ne brise, elle les corrode ; les hommes qu’elle ne tue pas aussitôt, elle les empoisonne ou les brûle. C’est une trombe à feu infernale qui vomit l’épouvante et la mort. Qui n’est pas foudroyé est cloué sur place, seul avec son effroi, sous u n masque qui ne filtre pas l’arsine, crachant le sang. » (R.G. Nobécourt)
- Jusqu’à 3h40, une brève mais extrêmement intense préparation d’artillerie a lieu, qui « encage » les premières lignes : bombardements « légers » sur elles, pour ne pas trop bouleverser le terrain et permettre la progression, bombardements plus intenses sur l’arrière (notamment avec obus toxiques) pour empêcher la venue de renforts et limiter la réponse de l’artillerie française.
- L’assaut des fantassins allemands suit dans la foulée (après 5h entre Berry-au-Bac et Reims) et rencontre peu de résistance efficace ; le Chemin des Dames est franchi cette fois sans grande difficulté vers 6h tandis que l’on se bat déjà dans Craonne en ruines, la Caverne du Dragon prise après des combats limités, et l’Aisne atteinte puis franchie dans l’après-midi vers Cys-la-Commune, Bourg-et-Comin ou Pontavert (le soir, ils sont sur la Vesle). Dans le même temps, les Allemands poussent à l’ouest vers Pinon puis Laffaux.
- Il faut dire que face à eux, la défense française est mal organisée : le général Duchêne (VIe Armée) a insisté pour que l’on se batte jusqu’au bout pour conserver la première ligne et la crête du plateau, alors que la nouvelle stratégie de l’état-major est de renforcer la 2e ligne (sur l’Aisne en l’occurrence) au détriment de la première. Ses motivations sont doubles : il s’agit de conserver les positions avantageuses sur les hauteurs et ne pas atteindre le moral des soldats et des civils (notamment parisiens) en cédant un terrain si chèrement acquis un an plus tôt.
- Le 27, les Allemands appuient vers Soissons, que de nombreux nids de résistance ont empêché d’atteindre (cf. l’épisode de la mort du général des Vallières près de Juvigny) ; l’objectif est réalisé dans la soirée du 28, et ils peuvent remonter la vallée de la Crise le lendemain. L’armée française doit se replier face à des Allemands qui décident finalement d’exploiter leur succès initial et de marcher vers Paris malgré la faiblesse de leurs réserves.
- « Les retraites amènent toujours de bien pénibles et tristes surprises à certaines familles » : le caporal Antoine Baban cherche à ménager les proches de son ami Jean Eldin lorsqu’il écrit plusieurs lettres dans le courant de l’été pour annoncer que le jeune ardéchois de 24 ans n’a pas survécu aux combats sur l’Aisne, près de Vailly. « La compagnie se trouvait débordée de toutes parts par l’ennemi, elle était exposée aux feux de l’ennemi qui lui venaient dans tous les sens » ; « soyez persuadés que ses derniers instants n’ont été précédé d’aucune souffrance. »
- Malgré les efforts de la famille, la sépulture de Jean Eldin n’a jamais pu être retrouvée.
Source principale :
R.G. Nobécourt, op. cit., pages 353 à 394
Source pour Jean Eldin : Lettre du Chemin des Dames n°13, page 6
Sa fiche MPF
JMO du 146e RI
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- Le régiment vient d’être mis en alerte, mais tous les hommes qui le composent ne mesurent pas la gravité de la situation, même si leurs projets de permission sont perturbés. Ainsi le sous-lieutenant Jean Eldin …
- « Le 27 mai 1918
Bien chers parents
Le déplacement dont je vous ai si souvent parlé ne s’est pas effectué comme il avait été prévu. Nous devions partir ce matin à 4 heures lorsque hier à 8 h du soir nous avons eu alerte et sommes partis à minuit en autos pour venir prendre un secteur. Depuis 9 h ce matin nous sommes en ligne. Les Boches sont assez actifs quoique ce ne soit pas comparable à Kemmel.
Si les permissions ne sont pas supprimées ou le pourcentage diminué, je viendrai comme je vous l’ai toujours dit dans les premiers jours de juin. Je vous tiendrai au courant de mon mieux mais ne vous en faites pas si au lieu de venir le 3 ou le 4 [juin] par exemple, par suite de baisse [de pourcentage], je ne venais que le 9 ou le 10. Tout dépendra de la situation.
Quoiqu’il en soit je suis 3e, alors il n’y a pas à s’en faire.
Ne vous remettez pas à m’écrire, ça n’en vaut pas le peine. Je tiens à vous avertir au cas où il y aurait des modifications mais s’il n’y a rien, je viendrai bien comme j’ai toujours pensé.
J’ai reçu une lettre de Chanut et d’un de mes hommes blessés, ainsi qu’une carte d’un sergent permissionnaire.
Il fait un temps splendide heureusement, aussi l’on est très bien. Un léger vent souffle et attiédit la température.
Rien de nouveau.
Bons baisers de votre poilu affectueux
J. Eldin »
- Pourtant, ce qui vient de commencer, c’est l’opération Ludendorff, une offensive allemande portant le nom du général en chef de l’armée allemande de 1916 à 1918, Erich Ludendorff. Elle est aussi appelée « Kaiserschlacht » (« Bataille de l’Empereur »), ou plus banalement « offensive de printemps ». L’attaque vers l’Aisne est la troisième après celles dans la Somme (21 mars) et sur la Lys (9 avril), et avant celles vers Noyon (8 juin) et en Champagne (15 juillet). Cette offensive générale est notamment permise par le déplacement des troupes venues du front russe ; elle est capitale puisqu’elle doit assurer la victoire allemande avant l’arrivée réelle des hommes et du matériel des Etats-Unis.
- L’offensive Ludendorff dans l’Aisne intervient par surprise. En effet, depuis la bataille de La Malmaison et le retrait allemand sur l’Ailette, le 2 novembre 1917, le Chemin des Dames était (re)devenu un secteur « calme », un front passif ; c’est pourquoi, par exemple, le 9e corps d’armée britannique, très éprouvé, vient en « repos » du côté de Craonne et de Berry-au-Bac.
- En fait, des captures de prisonniers ont permis aux Français de découvrir les plans de Ludendorff la veille, mais il est trop tard pour organiser correctement la défense des lignes alliées, d’autant plus que l’on ne sait pas exactement à quel type d’attaque on a affaire, les préparatifs ayant été particulièrement bien cachés.
- « A 1 heure précise il n’y eut pas ce ‟premier coupˮ attendu : de Vauxaillon à Reims, il y en eut plus de 4 000 qui retentirent ensemble, frappèrent nos positions du Chemin des Dames toutes à la fois, depuis l’Ailette jusqu’au-delà de l’Aisne, englobèrent dans le même fracas, la même nuée et la même dévastation, tout notre système défensif, de la première ligne d’infanterie aux emplacements des canons. Les étoiles disparurent aussitôt : aux fumées et à la poussière s’ajoutaient les lourdes vapeurs de gaz. Cette cataracte d’acier et de feu roule sur de l’ypérite. Le sol qu’elle bouleverse, elle l’infecte ; les armes qu’elle n’enfouit ou ne brise, elle les corrode ; les hommes qu’elle ne tue pas aussitôt, elle les empoisonne ou les brûle. C’est une trombe à feu infernale qui vomit l’épouvante et la mort. Qui n’est pas foudroyé est cloué sur place, seul avec son effroi, sous u n masque qui ne filtre pas l’arsine, crachant le sang. » (R.G. Nobécourt)
- Jusqu’à 3h40, une brève mais extrêmement intense préparation d’artillerie a lieu, qui « encage » les premières lignes : bombardements « légers » sur elles, pour ne pas trop bouleverser le terrain et permettre la progression, bombardements plus intenses sur l’arrière (notamment avec obus toxiques) pour empêcher la venue de renforts et limiter la réponse de l’artillerie française.
- L’assaut des fantassins allemands suit dans la foulée (après 5h entre Berry-au-Bac et Reims) et rencontre peu de résistance efficace ; le Chemin des Dames est franchi cette fois sans grande difficulté vers 6h tandis que l’on se bat déjà dans Craonne en ruines, la Caverne du Dragon prise après des combats limités, et l’Aisne atteinte puis franchie dans l’après-midi vers Cys-la-Commune, Bourg-et-Comin ou Pontavert (le soir, ils sont sur la Vesle). Dans le même temps, les Allemands poussent à l’ouest vers Pinon puis Laffaux.
- Il faut dire que face à eux, la défense française est mal organisée : le général Duchêne (VIe Armée) a insisté pour que l’on se batte jusqu’au bout pour conserver la première ligne et la crête du plateau, alors que la nouvelle stratégie de l’état-major est de renforcer la 2e ligne (sur l’Aisne en l’occurrence) au détriment de la première. Ses motivations sont doubles : il s’agit de conserver les positions avantageuses sur les hauteurs et ne pas atteindre le moral des soldats et des civils (notamment parisiens) en cédant un terrain si chèrement acquis un an plus tôt.
- Le 27, les Allemands appuient vers Soissons, que de nombreux nids de résistance ont empêché d’atteindre (cf. l’épisode de la mort du général des Vallières près de Juvigny) ; l’objectif est réalisé dans la soirée du 28, et ils peuvent remonter la vallée de la Crise le lendemain. L’armée française doit se replier face à des Allemands qui décident finalement d’exploiter leur succès initial et de marcher vers Paris malgré la faiblesse de leurs réserves.
- « Les retraites amènent toujours de bien pénibles et tristes surprises à certaines familles » : le caporal Antoine Baban cherche à ménager les proches de son ami Jean Eldin lorsqu’il écrit plusieurs lettres dans le courant de l’été pour annoncer que le jeune ardéchois de 24 ans n’a pas survécu aux combats sur l’Aisne, près de Vailly. « La compagnie se trouvait débordée de toutes parts par l’ennemi, elle était exposée aux feux de l’ennemi qui lui venaient dans tous les sens » ; « soyez persuadés que ses derniers instants n’ont été précédé d’aucune souffrance. »
- Malgré les efforts de la famille, la sépulture de Jean Eldin n’a jamais pu être retrouvée.
Source principale :
R.G. Nobécourt, op. cit., pages 353 à 394
Source pour Jean Eldin : Lettre du Chemin des Dames n°13, page 6
Sa fiche MPF
JMO du 146e RI
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lundi 13 septembre 2010
P comme Peurey (Maurice)
- Soldat français
- Le Mans 1896 – Le Mans 1984
- Mobilisé en 1915, Maurice Peurey est caporal au 150e RI lorsque se déclenche l’offensive Nivelle en 1917. Les 14 et 15 avril, il s’approche du front via Cormicy et la N44 (« Toute la ligne est en feu, de l’est à l’ouest, spectacle affolant ») ; son régiment attaque vers Sapigneul le 16 mais n’avance que très peu, enlisé dans les tranchées allemandes. « Sur le parapet, le bruit de la bataille surprend : crépitement des mitrailleuses, sifflement des balles – est-elle pour moi ou pour un autre – éclatements, impossible d’entendre un commandement. […] Je repars, un nouveau bond de 50 mètres et j’arrive dans un boyau boche, ressemblant comme deux frères jumeaux aux nôtres. Je suis avec les 1er et 3e bataillons ; où est donc passé le mien ? »
- L’offensive se poursuit sans succès, au milieu des cadavres des deux camps, le 17, avant la relève.
- Peurey revient près de Berry-au-Bac entre le 14 mai et le 6 juin.
- En 1981 sont publiés ses souvenirs dans Et pourquoi une fourragère à l’épaule ?
Sources principales :
http://www.crid1418.org/doc/bdd_cdd/unites/DI40.html
Ph. Olivera in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 80 à 90
Merci à sa petite-fille pour les précisions biographiques ...
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- Le Mans 1896 – Le Mans 1984
- Mobilisé en 1915, Maurice Peurey est caporal au 150e RI lorsque se déclenche l’offensive Nivelle en 1917. Les 14 et 15 avril, il s’approche du front via Cormicy et la N44 (« Toute la ligne est en feu, de l’est à l’ouest, spectacle affolant ») ; son régiment attaque vers Sapigneul le 16 mais n’avance que très peu, enlisé dans les tranchées allemandes. « Sur le parapet, le bruit de la bataille surprend : crépitement des mitrailleuses, sifflement des balles – est-elle pour moi ou pour un autre – éclatements, impossible d’entendre un commandement. […] Je repars, un nouveau bond de 50 mètres et j’arrive dans un boyau boche, ressemblant comme deux frères jumeaux aux nôtres. Je suis avec les 1er et 3e bataillons ; où est donc passé le mien ? »
- L’offensive se poursuit sans succès, au milieu des cadavres des deux camps, le 17, avant la relève.
- Peurey revient près de Berry-au-Bac entre le 14 mai et le 6 juin.
- En 1981 sont publiés ses souvenirs dans Et pourquoi une fourragère à l’épaule ?
Sources principales :
http://www.crid1418.org/doc/bdd_cdd/unites/DI40.html
Ph. Olivera in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 80 à 90
Merci à sa petite-fille pour les précisions biographiques ...
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samedi 11 septembre 2010
C comme Caverne du Dragon
- Creute devenue aujourd’hui musée du Chemin des Dames
- La Caverne du Dragon est située au niveau de l’isthme d’Hurtebise, là où le plateau est le plus étroit : c’est donc un lieu hautement stratégique d’un point de vue militaire. C’est la creute d’importance la plus à l’Est du Chemin des Dames.
- La carrière est exploitée du XVIe au XIXe siècle. Le site est généralement appelé « ferme de la Creute » ou « caverne de la Creute » jusqu’en 1914.
Pendant la guerre
- Au cours des combats de la mi-septembre 1914, les Français parviennent à s’en emparer en même temps qu’ils prennent bien sur l’isthme d’Hurtebise. Leur position reste cependant précaire.
- Le 25 janvier 1915, les Allemands lancent une attaque pour en obtenir le contrôle entier et dominer les positions françaises. Dans la nuit suivante, les dernières troupes françaises doivent se rendre (bataille de la Creute).
- Les Allemands aménagent alors la « Creute-Höhle » et la relient à leurs positions arrière en construisant un tunnel qui débouche en 1916 sur la « Drachen-Höhle », petite creute qui donne finalement son nom à l’ensemble dès l’offensive Nivelle.
- Le 16 avril 1917, l’action des troupes de la Caverne du Dragon est une des raisons de l’échec de l’offensive Nivelle, les Allemands prenant notamment à revers les troupes sénégalaises qui attaquent vers la ferme d’Hurtebise. Le compte-rendu du 2e CAC fait part de la découverte française : « Une communication souterraine semble traverser du nord au sud le goulot d’Hurtebise et recèle des mitrailleuses qui tirent en arrière de nos troupes et dans la Vallée-Foulon. » (cité par RGN Nobécourt, page 156)
- Le 20 avril, la ligne de front passe au-dessus de la grotte. Les Allemands en gardent la maîtrise mais préfèrent se replier dans sa partie Nord, en construisant un mur fortifié qui la coupe en deux, efficace lorsque les Français tentent d’entrer pendant plusieurs semaines.
- Le 25 juin, les troupes françaises lancent un nouvel assaut, réussi cette fois : les Allemands (environ 200 ?) sont prisonniers à l’intérieur, grâce à la destruction par l’artillerie de la sortie Nord et à la maîtrise des autres. Il faut noter qu’une controverse existe entre les deux régiments qui ont participé à l’assaut pour savoir qui est vraiment entré dans la creute et a « recueilli » les prisonniers ; le mérite en est finalement attribué au 152e RI (contre le 334e), qui défile le 14 juillet à Paris …
- La prise de la Caverne du Dragon est très « médiatisée », dans une période où le haut-commandement a grand besoin de succès militaires.
- Les Allemands parviennent à reprendre pied dans une petite partie de la creute le 26 juillet, et une cohabitation commence, qui dure jusqu’à leur repli sur l’Ailette début novembre.
- En 1918, rapidement prise par les Allemands le 27 mai, la Caverne du Dragon redevient définitivement française le 12 octobre.
Après la guerre
- Dès 1919, la Caverne du dragon devient lieu de visite (improvisé dans un premier temps) pour les premiers touristes des champs de bataille ; Alphonse Hanras devient le premier guide « officieux » des lieux, suivi par Auguste Rogez qui lui est témoin de la transition vers l’espace officiel.
- Dans les années 1960, en effet, le Souvenir français décide de créer un véritable musée sur le site. Il est inauguré, après appel de dons d’objets, en mai 1969 grâce à l’action, notamment, d’Henri de Benoist (président de la Jeune Chambre économique de Laon), de Gérard de Francqueville (qui y associe le Souvenir français) et de Maurice Bruaux (directeur du comité du tourisme de l’Aisne).
- En 1995, le musée est confié au Conseil général de l’Aisne et il est rénové (réouverture en juillet 1999). On met en place un « espace muséographique » qui ne se contente pas d’exposer des pièces (difficiles à conserver par 12°C et un fort taux d’humidité) mais s’intègre à l’ensemble du parcours du Chemin des Dames et se centre sur les aspects pédagogiques. Il devient « Musée du Chemin des Dames » en 2007.
- L’architecte franco-iranienne Nasrine Seraji utilise la situation de promontoire des lieux pour construire un bâtiment qui mette en valeur le panorama et permette de bien comprendre les enjeux des combats du 16 avril.
- Des expositions temporaires annuelles sont installées au niveau de l’entrée du musée; des visites thématiques sont organisées depuis l'été 2009.
- L’année 2009 est l’occasion de la célébration des divers anniversaires de la Caverne du Dragon.
Sources principales :
Thierry Hardier, « La Caverne du Dragon », in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 402 à 409
Lettre du Chemin des Dames n° 16, été 2009
Site internet : http://www.caverne-du-dragon.com/fr/default.aspx
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mercredi 8 septembre 2010
L comme Laffaux (moulin de)
- « Une position comme le moulin de Laffaux, c’est une épine au fond d’une plaie : ça entretient l’inflammation ». Ainsi l’écrivain-chirurgien militaire Georges Duhamel évoque-t-il le secteur dans Civilisation 1914-1917 quelques années après la guerre.
- Le moulin de Laffaux est effet un lieu hautement stratégique, disputé par les deux armées durant de longs mois en 1917.
- Situé sur un point haut (170 mètres) à proximité du village du même nom, sur la RN2, le moulin de Laffaux est contrôlé par les Allemands à partir de septembre 1914.
- Lorsqu’ils se replient, en mars 1917, ils renforcent considérablement les défenses du secteur du moulin et du village, alors situés sur la ligne de front.
- Lors de l’offensive Nivelle, les Français s’emparent – difficilement – de Laffaux mais buttent sur le moulin.
- Le 5 mai, l’état-major décide la reprise de l’offensive, avec l’appui des chars cette fois ; l’avancée est pénible et très limitée, mais le moulin est symboliquement pris par les cuirassiers. Fait d’armes dont s’emparent la presse et les brochures de l’époque, tel le fascicule de la collection « Patrie » écrit par B. André, Les cuistots du moulin de Laffaux.
- Cependant, pendant plusieurs mois, le moulin de Laffaux est au cœur des lignes française et allemande, objet de fréquents coups de main et de luttes acharnées. Comme Craonne, il devient un des symboles des combats du Chemin des Dames et la perspective d’y combattre un motif de mutinerie fréquent.
- La victoire de La Malmaison repousse la ligne de front plus au nord, et le secteur devient plus calme pendant quelques temps. Il connaît à nouveau de brefs combats lors de l’offensive Ludendorff du 27 mai 1918 et, surtout, au moment de la reconquête française de septembre 1918.
- Après la guerre, le moulin de Laffaux conserve sa notoriété. Roland Dorgelès en fait un des éléments essentiels de son roman Le Réveil des morts (1923), puisque le héros est hanté par le premier mari de sa femme, cuirassier tué le 5 mai 1917, jusqu’à ce qu’il se fasse raconter l’assaut par des anciens de la compagnie sur les lieux des combats.
- C’est Louis Aragon qui en 1945 immortalise le moulin :
« Créneaux de la mémoire, ici nous accoudâmes
Nos désirs de vingt ans au ciel en porte à faux.
Ce n’était pas l’amour, mais le chemin des Dames,
Voyageur, souviens-toi du moulin de Laffaux »
- Pourtant, jamais le lieu n’a vu se développer une mémoire à la hauteur de sa gloire. Aucune cérémonie n’y a eu lieu, aucun monument n’a été construit, à l’exception de ceux qui rendent hommage à une personne ou à une unité en particulier : monument des Crapouillots, monument (proche) des fusiliers marins, etc.
- Ces monuments se dégradent tandis qu’ils sont regroupés sur le site, sans aménagement, au fur et à mesure des travaux routiers. Cette tendance se confirme avec la mise en 2x2 voies de la N2 et la destruction du monument des Crapouillots par la foudre (en 2007), qui transforme les lieux en sorte de terrain vague …
- Cependant, depuis le début des années 2000, le Conseil général de l’Aisne a mis en place un projet de Jardin du Souvenir pour accueillir les monuments et la mémoire du moulin de Laffaux.
Source principale : N. Offenstadt, « “Voyageur, souviens-toi du moulin de Laffaux”. Laffaux, village-mémoire 1917-2004 » in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 373 à 381
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dimanche 5 septembre 2010
C comme Contraste
- En 1920, le commandant du Plessis décrit l’ouest du Chemin des Dames juste après la bataille de La Malmaison dans l’historique de son régiment (Le Régiment Rose, histoire du 265e RI, 1914-1919).
- « Rien ne peut donner une juste idée de cette dévastation. Cela passe la description, la photographie, la peinture même. Il faut avoir vu. C’est un paysage lunaire. Partout la terre est éventrée, partout de profonds entonnoirs se touchent et s’entrecoupent. L’horreur et la désolation sont partout. Pas un brin d’herbe sur le plateau, rien de vert aux troncs mutilés dont sa bordure se hérisse. Tout est ravagé. Où se trouve le fameux Chemin des Dames ? De l’Ange Gardien aux Bovettes, il n’y a pas 10 mètres de terrain plat. On ne voit que larges trous, monticules à vives arêtes, crevasses tortueuses, coupées d’éboulement et de fondrières, et qui furent des boyaux et des tranchées ; un désert morne, chaotique, uniformément grisâtre, au milieu duquel se profile, boursouflure informe, le vieux fort de la Malmaison. »
- Il évoque aussi à la suite le paysage totalement différent que l’on rencontre un peu plus loin : « La crête franchie et les escarpements atteints au pied desquels coule l’Ailette, soudain, le panorama change. En bas, la vallée toute verte étale ses prairies ourlées de haies et de chemins ; ses vergers, ses bois où les arbres ont des branches et les branches des feuilles, rougies ou dorées par l’automne ; ses longues rangées de peupliers jaunissants au bord du tranquille canal. Au-delà, ce sont les coteaux intacts où l’ennemi demeure : les villages ont des maisons, des toits et des portes, on distingue des champs cultivés, et, dans la coulée de l’Ardon, au loin, altière et sans blessure sur sa montagne que la cathédrale couronne, la cité de Laon apparaît. » (NDLA : les mois passées poussent sans doute le commandant du Plessis à l’exagération, puisque les villages et les terrains de la rive droite de l’Ailette souffrent aussi des bombardements et de l’évacuation des populations, il est vrai beaucoup moins que ceux de la rive gauche)
Citations reprises de Th. Hardier, in N. Offenstadt (dir.), op. cit., page 75
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- « Rien ne peut donner une juste idée de cette dévastation. Cela passe la description, la photographie, la peinture même. Il faut avoir vu. C’est un paysage lunaire. Partout la terre est éventrée, partout de profonds entonnoirs se touchent et s’entrecoupent. L’horreur et la désolation sont partout. Pas un brin d’herbe sur le plateau, rien de vert aux troncs mutilés dont sa bordure se hérisse. Tout est ravagé. Où se trouve le fameux Chemin des Dames ? De l’Ange Gardien aux Bovettes, il n’y a pas 10 mètres de terrain plat. On ne voit que larges trous, monticules à vives arêtes, crevasses tortueuses, coupées d’éboulement et de fondrières, et qui furent des boyaux et des tranchées ; un désert morne, chaotique, uniformément grisâtre, au milieu duquel se profile, boursouflure informe, le vieux fort de la Malmaison. »
- Il évoque aussi à la suite le paysage totalement différent que l’on rencontre un peu plus loin : « La crête franchie et les escarpements atteints au pied desquels coule l’Ailette, soudain, le panorama change. En bas, la vallée toute verte étale ses prairies ourlées de haies et de chemins ; ses vergers, ses bois où les arbres ont des branches et les branches des feuilles, rougies ou dorées par l’automne ; ses longues rangées de peupliers jaunissants au bord du tranquille canal. Au-delà, ce sont les coteaux intacts où l’ennemi demeure : les villages ont des maisons, des toits et des portes, on distingue des champs cultivés, et, dans la coulée de l’Ardon, au loin, altière et sans blessure sur sa montagne que la cathédrale couronne, la cité de Laon apparaît. » (NDLA : les mois passées poussent sans doute le commandant du Plessis à l’exagération, puisque les villages et les terrains de la rive droite de l’Ailette souffrent aussi des bombardements et de l’évacuation des populations, il est vrai beaucoup moins que ceux de la rive gauche)
Citations reprises de Th. Hardier, in N. Offenstadt (dir.), op. cit., page 75
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jeudi 2 septembre 2010
M comme Monument des chars
- Monument proche de Berry-au-Bac, sur le carrefour du calvaire du Choléra.
- Il est inauguré en juillet 1922 en présence de plusieurs généraux d’envergure : Foch, Weygand et Mangin. Il s’agit en fait d’un monument aux morts : un bloc de granit bleu sur lequel sont gravés les noms des soldats tués en 1917-1918 (plus de 900). L’œuvre est de Maxime Real de Sarte.
- Le monument devient un lieu de mémoire important pour cette arme aux codes si particuliers, toujours à part lors des cérémonies officielles, jamais rattaché à celles qui peuvent avoir lieu ailleurs sur le Chemin des Dames. Il n’a jamais connu, contrairement aux autres sites, l’espèce d’ostracisme ou de délaissement de la part des plus hautes sphères politiques ou militaires : De Gaulle y fait un discours en 1957, le maréchal Juin en 1957 et la maréchale Leclerc fait le déplacement pour le 80e anniversaire. « C’est un monument aux morts, qui fixe un moment de la bataille dont le souvenir est assumé par l’armée. » (A. Calagué)
- Une commémoration officielle a lieu tous les ans, le dimanche le plus proche du 16 avril (souhait du général Estienne, « père des chars ».
Sources principales : Antoine Calagué in N. Offenstadt (dir.), op.cit., page 288
Base Mérimée
CRDP Reims
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mardi 31 août 2010
C comme Chivy-lès-Etouvelles
- Village du sud-ouest de Laon, le long de l’Ardon et de la N2
- 500 habitants
- Les 200 habitants qui peuplent Chivy-lès-Etouvelles avant-guerre et la vieille église romane de Saint-Pierre-aux-Liens voient les Allemands arriver dans le village, situé sur un axe de communication important, dès le 1er septembre 1914. Ils subissent jusqu’à la libération des lieux (12 octobre 1918, par le 355e RI) les contraintes de l’occupation mais sont globalement épargnés par les combats. Le 19 octobre 1917, la population est évacuée en prévision de la bataille de La Malmaison.
- Les destructions matérielles sont minimes, mais la population baisse sensiblement (122 habitants recensés en 1921) avant de remonter largement au-dessus de son niveau antérieur.
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dimanche 29 août 2010
F comme Fleur
- « Vous avez eu de la tranchée
La grenade et la balle aussi
La fusée au sol arrachée
Par un Fanfan trop sans-souci
Qui vous ciselait une lame
Au cœur du métal dégrossi …
Vous avez eu de tout : voici
Une fleur du Chemin des Dames.
Sur sa monture harnachée
Louis Quinze venait ici,
L’œil tendre, la lèvre penchée
Sur les lèvres au retroussis
Voluptueux de quelque femme.
Ils s’aimaient tout un jour ainsi
Et lui, donnait pour son merci
Une fleur du Chemin des Dames.
Aujourd’hui la route est bouchée
Par un vieux fil de fer roussi,
Et la terre autour défrichée
Par l’obus. Un long ramassis
De pauvres bonshommes sans âme,
De pauvres bonshommes occis …
Et quelquefois, par là, par ci,
Une fleur du Chemin des Dames
Envoi
Princesse ignorante des drames
Au dénouement par trop précis,
Entre mes autres dons, choisis
Une fleur du Chemin des Dames. »
- Jean Arbousset (Béziers 1895 – Estrées-Saint-Denis 1918), poète et sapeur dans le Génie
Voir sa fiche MPF
Source : Lettre du Chemin des Dames n°1, page 6
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jeudi 26 août 2010
S comme Sens (cinq)
Un regard sur le champ de bataille
- Contrairement à la plupart des batailles de la guerre, celle du Chemin des Dames n’échappe pas au regard de par la topographie variée des lieux et de la profondeur sur laquelle se trouve les soldats.
- « Avec une jumelle à prismes, que j’ai ‟barbotéˮ à un officier allemand prisonnier, je regarde ce qui se passe sur le front (quand mon travail me le permet). Je vois des troupes qui se déplacent dans les tranchées françaises, à flanc de coteau. La vue est encore assez nette. Nous sommes à 5 ou 6 kilomètres du front, à vol d’oiseau. » (Georges Durand, chef de poste au 10e C.A du général Duchêne)
- Les soldats qui combattent ont moins accès à ces vues d’ensemble, mais des indices visuels leur permettent néanmoins de comprendre les événements : troupes qui refluent, colonnes de prisonniers ou blessés, tension des officiers, etc.
Confusion et clarté
- Le « paysage sensible » des soldats, c’est avant tout le bruit : « On ne peut plus parler, on ne s’entend même plus. Les ordres sont donnés par gestes. Qu’est-ce qu’ils doivent prendre en face ! Cela nous rappelle Verdun et nous comprenons la situation là-bas. » (Paul Mencier)
- La confusion règne dans les souvenirs des combattants. « L’air vibrait. Par instants, des geysers de pierraille surgissaient au-dessus de la tranchée : la riposte allemande. Nous étions là, en pleine bataille, un peu sourds, insensibles, mais anxieux de la suite. Le colonel ouvrait la bouche, faisait des signes en soulevant sa canne. On ne l’entendait pas. » (André Zeller)
- Les moments de pertes de repères visuels et sonores (direction et provenance des projectiles, ordres et orientation impossibles) alternent avec des répits où l’on saisit à nouveau les choses, « entre anesthésie et extrême attention » (A. Loez) : « C’est pendant un court moment de calme que nous pouvons apercevoir devant nous une rangée de barbelés intacts dans lesquels nos soldats sont venus se briser. » (Maurice Peurey)
S’informer et s’orienter
- Sur des terrains bouleversés, qui ne correspondent plus aux cartes, et face à un échec qui remet en cause tous les plans initiaux, il est très fréquent que des hommes se perdent et ne trouvent pas la direction où aller, attendant pendant des heures dans des trous d’obus ou des abris que quelqu’un vienne les aider. Xavier Chaïla décrit bien cette errance près de Berry-au-Bac : « Sur ces entrefaites j’avais complètement perdu contact avec le régiment et, devant la violence du bombardement, je fis comme les fantassins, je creusai un trou pour me mettre à l’abri, mais au bout d’un instant, je résolus d’aller plus loin » ; après avoir croisé et accompagné des soldats eux aussi perdus, vers l’arrière, il repart au le front, « seul, en terrain inconnu, au petit bonheur. »
- Tous les sens sont en éveil dans ces conditions, car on ne sait pas qui l’on va croiser, ami ou ennemi, dans ce « vaste labyrinthe », « véritable dédale où les boyaux se croisent et s’entrecroisent à chaque instant dans toutes les directions. » (Emile Carlier)
- Les soldats cherchent à se repérer et renseigner par tous les moyens, notamment grâce aux blessés légers. Les informations officielles existent aussi mais passent : les agents de liaison font un travail rendu très complexe et lent mais vital (« De très rares agents de liaison arrivaient de l’avant, entre deux rafales, avec des renseignements pratiquement nuls », remarque André Zeller). Les câbles téléphoniques sont en permanence coupés par les bombes et les communications entre fantassins et artillerie très difficiles.
Comprendre le « paysage sonore »
- L’expérience des soldats au front compense le manque de repères : « Allant à l’aveuglette, je dois me fier à l’instinct, au flair, au sens de l’orientation que trois ans et demi de vie dans la nature ont développé chez chacun de nous. » (Paul Ricadat)
- L’ouïe joue alors un rôle essentiel pour reconnaître et éviter les dangers, notamment lors des bombardements ; il s’agit d’identifier et d’anticiper les différents types de projectiles (« A partir de ce moment et tout l’après-midi, il faut remettre son masque tous les quarts d’heure : on reconnaît bien les éclatements mats des obus spéciaux. » Lucien Laby en mai 1917)
- Les réflexes et la coordination entre l’oreille et le corps sont essentiels pour sauver sa vie. Paul Mencier livre ainsi son « secret » : « Je n’échappe que grâce à mes plats-ventres. Ce truc me réussit toujours et je ne fais pas faute d’en profiter. » Ainsi les combattants peuvent-ils avoir le sentiment de contrôler un peu leur destinée …
Des sensations insoutenables
- Il y a d’abord la souffrance physique, accentuée par les très mauvaises conditions climatiques d’avril 1917 puis par les difficultés de ravitaillement (la soif et la recherche de n’importe quelle source d’eau sont des thèmes récurrents chez les soldats).
- Les visions d’horreur offertes par la bataille sont aussi omniprésentes : « Par terre, une main coupée ; plus loin, un paquet d’entrailles, Sali de poussière. On se raidit, on se crispe. Seul, j’hésiterais peut-être ; à la tête de mes poilus, je me ferais hacher plutôt que de ralentir. » (J. P. Biscay)
- La présence de la mort est partout, encore plus celle des blessés et de la souffrance des autres. Emile Carlier décrit ainsi la scène suivante : « Un blessé dont une partie de la main vient d’être emportée par un éclat d’obus, passe en courant, agitant son moignon sanglant. Un second blessé lui succède. Celui-là a été frappé à la tête. Il trébuche comme un homme ivre. Le sang qui coule de sa blessure l’aveugle et lui fait un masque hideux. »
- Il faut aussi tenir compte des odeurs, odeurs nauséabondes des champs de bataille, odeurs de la mort (J. Fontenioux évoque les « affreux relents » qui sortent des creutes où des soldats se sont retrouvés bloqués), odeurs des hôpitaux (« une atmosphère d’éther et de sueur fétide, d’iodoforme et de crasse chaude » comme le dit Marcel Fourier).
- Le traumatisme lié à toutes ces sensations est profond : « J’ai vu redescendre les survivants : blancs de la craie de Champagne, hagards, à demi morts de fatigue : huit jours après, ils n’étaient pas encore redevenus normaux. » (Octave Clauson)
Source : André Loez, « ‟Le bruit de la batailleˮ. Le paysage sensible du combattant sur le Chemin des Dames », in N. Offenstadt (dir.), op. cit. pages 194 à 205
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- Contrairement à la plupart des batailles de la guerre, celle du Chemin des Dames n’échappe pas au regard de par la topographie variée des lieux et de la profondeur sur laquelle se trouve les soldats.
- « Avec une jumelle à prismes, que j’ai ‟barbotéˮ à un officier allemand prisonnier, je regarde ce qui se passe sur le front (quand mon travail me le permet). Je vois des troupes qui se déplacent dans les tranchées françaises, à flanc de coteau. La vue est encore assez nette. Nous sommes à 5 ou 6 kilomètres du front, à vol d’oiseau. » (Georges Durand, chef de poste au 10e C.A du général Duchêne)
- Les soldats qui combattent ont moins accès à ces vues d’ensemble, mais des indices visuels leur permettent néanmoins de comprendre les événements : troupes qui refluent, colonnes de prisonniers ou blessés, tension des officiers, etc.
Confusion et clarté
- Le « paysage sensible » des soldats, c’est avant tout le bruit : « On ne peut plus parler, on ne s’entend même plus. Les ordres sont donnés par gestes. Qu’est-ce qu’ils doivent prendre en face ! Cela nous rappelle Verdun et nous comprenons la situation là-bas. » (Paul Mencier)
- La confusion règne dans les souvenirs des combattants. « L’air vibrait. Par instants, des geysers de pierraille surgissaient au-dessus de la tranchée : la riposte allemande. Nous étions là, en pleine bataille, un peu sourds, insensibles, mais anxieux de la suite. Le colonel ouvrait la bouche, faisait des signes en soulevant sa canne. On ne l’entendait pas. » (André Zeller)
- Les moments de pertes de repères visuels et sonores (direction et provenance des projectiles, ordres et orientation impossibles) alternent avec des répits où l’on saisit à nouveau les choses, « entre anesthésie et extrême attention » (A. Loez) : « C’est pendant un court moment de calme que nous pouvons apercevoir devant nous une rangée de barbelés intacts dans lesquels nos soldats sont venus se briser. » (Maurice Peurey)
S’informer et s’orienter
- Sur des terrains bouleversés, qui ne correspondent plus aux cartes, et face à un échec qui remet en cause tous les plans initiaux, il est très fréquent que des hommes se perdent et ne trouvent pas la direction où aller, attendant pendant des heures dans des trous d’obus ou des abris que quelqu’un vienne les aider. Xavier Chaïla décrit bien cette errance près de Berry-au-Bac : « Sur ces entrefaites j’avais complètement perdu contact avec le régiment et, devant la violence du bombardement, je fis comme les fantassins, je creusai un trou pour me mettre à l’abri, mais au bout d’un instant, je résolus d’aller plus loin » ; après avoir croisé et accompagné des soldats eux aussi perdus, vers l’arrière, il repart au le front, « seul, en terrain inconnu, au petit bonheur. »
- Tous les sens sont en éveil dans ces conditions, car on ne sait pas qui l’on va croiser, ami ou ennemi, dans ce « vaste labyrinthe », « véritable dédale où les boyaux se croisent et s’entrecroisent à chaque instant dans toutes les directions. » (Emile Carlier)
- Les soldats cherchent à se repérer et renseigner par tous les moyens, notamment grâce aux blessés légers. Les informations officielles existent aussi mais passent : les agents de liaison font un travail rendu très complexe et lent mais vital (« De très rares agents de liaison arrivaient de l’avant, entre deux rafales, avec des renseignements pratiquement nuls », remarque André Zeller). Les câbles téléphoniques sont en permanence coupés par les bombes et les communications entre fantassins et artillerie très difficiles.
Comprendre le « paysage sonore »
- L’expérience des soldats au front compense le manque de repères : « Allant à l’aveuglette, je dois me fier à l’instinct, au flair, au sens de l’orientation que trois ans et demi de vie dans la nature ont développé chez chacun de nous. » (Paul Ricadat)
- L’ouïe joue alors un rôle essentiel pour reconnaître et éviter les dangers, notamment lors des bombardements ; il s’agit d’identifier et d’anticiper les différents types de projectiles (« A partir de ce moment et tout l’après-midi, il faut remettre son masque tous les quarts d’heure : on reconnaît bien les éclatements mats des obus spéciaux. » Lucien Laby en mai 1917)
- Les réflexes et la coordination entre l’oreille et le corps sont essentiels pour sauver sa vie. Paul Mencier livre ainsi son « secret » : « Je n’échappe que grâce à mes plats-ventres. Ce truc me réussit toujours et je ne fais pas faute d’en profiter. » Ainsi les combattants peuvent-ils avoir le sentiment de contrôler un peu leur destinée …
Des sensations insoutenables
- Il y a d’abord la souffrance physique, accentuée par les très mauvaises conditions climatiques d’avril 1917 puis par les difficultés de ravitaillement (la soif et la recherche de n’importe quelle source d’eau sont des thèmes récurrents chez les soldats).
- Les visions d’horreur offertes par la bataille sont aussi omniprésentes : « Par terre, une main coupée ; plus loin, un paquet d’entrailles, Sali de poussière. On se raidit, on se crispe. Seul, j’hésiterais peut-être ; à la tête de mes poilus, je me ferais hacher plutôt que de ralentir. » (J. P. Biscay)
- La présence de la mort est partout, encore plus celle des blessés et de la souffrance des autres. Emile Carlier décrit ainsi la scène suivante : « Un blessé dont une partie de la main vient d’être emportée par un éclat d’obus, passe en courant, agitant son moignon sanglant. Un second blessé lui succède. Celui-là a été frappé à la tête. Il trébuche comme un homme ivre. Le sang qui coule de sa blessure l’aveugle et lui fait un masque hideux. »
- Il faut aussi tenir compte des odeurs, odeurs nauséabondes des champs de bataille, odeurs de la mort (J. Fontenioux évoque les « affreux relents » qui sortent des creutes où des soldats se sont retrouvés bloqués), odeurs des hôpitaux (« une atmosphère d’éther et de sueur fétide, d’iodoforme et de crasse chaude » comme le dit Marcel Fourier).
- Le traumatisme lié à toutes ces sensations est profond : « J’ai vu redescendre les survivants : blancs de la craie de Champagne, hagards, à demi morts de fatigue : huit jours après, ils n’étaient pas encore redevenus normaux. » (Octave Clauson)
Source : André Loez, « ‟Le bruit de la batailleˮ. Le paysage sensible du combattant sur le Chemin des Dames », in N. Offenstadt (dir.), op. cit. pages 194 à 205
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lundi 23 août 2010
M comme Mallez (Henri)
- Soldat puis homme politique français
- Carnières (Nord) 1892 – Paris 1989
- Issu d’une importante famille de Cambrai, Henri Mallez est en cours d’achèvement de ses études lorsque vient l’heure de son service militaire en 1912 puis du déclenchement de la guerre.
- Il connaît une progression notable au sein du 162e RI, finissant la guerre comme sous-lieutenant, blessé trois fois (invalide à 30%) et avec de nombreuses décorations.
- A partir de décembre 1916, il est au Chemin des Dames, dans le secteur de Pontavert et du bois de Beaumarais.
- Le 16 avril 1917, Henri Mallez est engagé dans le combat à partir du Choléra vers le bois de Claque-Dents, au nord de Berry-au-Bac. Il progresse légèrement, mais ne peut dépasser la ferme Mauchamp malgré le soutien des chars (la cote 108, qui résiste toujours à sa droite, laisse les Français trop vulnérables). Mallez décrit des scènes de barbarie, notamment celle d’un blessé français à terre achevé par un Allemand, lui-même tué d’un coup de pelle.
- Le 162e reste dans le secteur jusqu’à fin avril.
- Au cours du mois d’août et début septembre 1918, Mallez revient dans la région à la poursuite des Allemands : Soissons, Crouy, Vregny.
- Après-guerre, Henri Mallez devient imprimeur tout en participant aux associations d’anciens combattants. Dans les années 30, il se lance dans la vie politique (aux côtés du colonel de la Rocque notamment).
- A nouveau mobilisé en 1940, il est désigné maire de Cambrai pendant l’Occupation puis devient résistant.
- Henri Mallez est notamment député du Nord de 1946 à 1955, proche des gaullistes puis plus critique envers leur chef.
- En 1972 sont publiés, avant tout à destination de ses petits-enfants ses Mémoires d’un fantassin de la Grande Guerre.
Sources :
http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/biographies/IVRepublique/mallez-henri-ernest-edouard-marie-13061892.asp
http://www.crid1418.org/doc/bdd_cdd/unites/DI69.html#RI162
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- Carnières (Nord) 1892 – Paris 1989
- Issu d’une importante famille de Cambrai, Henri Mallez est en cours d’achèvement de ses études lorsque vient l’heure de son service militaire en 1912 puis du déclenchement de la guerre.
- Il connaît une progression notable au sein du 162e RI, finissant la guerre comme sous-lieutenant, blessé trois fois (invalide à 30%) et avec de nombreuses décorations.
- A partir de décembre 1916, il est au Chemin des Dames, dans le secteur de Pontavert et du bois de Beaumarais.
- Le 16 avril 1917, Henri Mallez est engagé dans le combat à partir du Choléra vers le bois de Claque-Dents, au nord de Berry-au-Bac. Il progresse légèrement, mais ne peut dépasser la ferme Mauchamp malgré le soutien des chars (la cote 108, qui résiste toujours à sa droite, laisse les Français trop vulnérables). Mallez décrit des scènes de barbarie, notamment celle d’un blessé français à terre achevé par un Allemand, lui-même tué d’un coup de pelle.
- Le 162e reste dans le secteur jusqu’à fin avril.
- Au cours du mois d’août et début septembre 1918, Mallez revient dans la région à la poursuite des Allemands : Soissons, Crouy, Vregny.
- Après-guerre, Henri Mallez devient imprimeur tout en participant aux associations d’anciens combattants. Dans les années 30, il se lance dans la vie politique (aux côtés du colonel de la Rocque notamment).
- A nouveau mobilisé en 1940, il est désigné maire de Cambrai pendant l’Occupation puis devient résistant.
- Henri Mallez est notamment député du Nord de 1946 à 1955, proche des gaullistes puis plus critique envers leur chef.
- En 1972 sont publiés, avant tout à destination de ses petits-enfants ses Mémoires d’un fantassin de la Grande Guerre.
Sources :
http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/biographies/IVRepublique/mallez-henri-ernest-edouard-marie-13061892.asp
http://www.crid1418.org/doc/bdd_cdd/unites/DI69.html#RI162
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vendredi 20 août 2010
D comme Débris
- Le 16 avril 1917 à 6h, le 208e Régiment d’infanterie français attaque vers les bastions de Chevreux et la tranchée de Lutzow ; « avant la fin de la journée, il n’en restera plus que des débris » (R.G. Nobécourt, page 148).
- Depuis le début de la guerre, le 208e RI a déjà beaucoup souffert : il a perdu 50% de ses effectifs dans la Somme et a dû être – une première fois – reconstitué ; ses pertes ont à nouveau été terribles en février 1917 lors d’une violente attaque vers Maisons de Champagne.
- Après quelques jours à Dormans, le régiment arrive sur l’Aisne à la fin mars (« le village de Concevreux est bombardé par obus de gros calibres »). Le 9 avril, il se porte dans le bois de Beaumarais pour y organiser l’offensive.
- L’artillerie française prépare elle aussi l’attaque, mais les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances : dès le 11 avril, d’abord, la réaction allemande est virulente (qui tente même un coup de main sur les positions françaises). De plus, le 15, « l’officier de renseignements ainsi que les officiers observateurs du Régiment signalent que des mitrailleuses allemandes placées dans des abris bétonnés existent toujours dans le Bois en Mandoline face au secteur du 208e ; les abris de ces mitrailleuses n’ont pas été démolis par notre artillerie. »
- Le même jour, le chef du 5e bataillon, le commandant Le Dantec, disparaît alors qu’il est en reconnaissance avec les calques de l’attaque (son corps est retrouvé le 16).
- Le 16, dès la première tranchée, « les mitrailleuses allemandes se dévoilent et nous causent de grosses pertes » ; des soldats parviennent à la franchir cependant, mais « se trouvent isolés et dès lors aucune liaison ne peut être établie avec eux. » « Les éléments du 208e n’ayant pu gagner la tranchée allemande restent terrés dans les trous d’obus. Les mitrailleuses allemandes ne cessent de tirer sur tout homme qui lève la tête. Quelques blessés reviennent en rampant. Certains d’entre eux prétendent avoir été blessés à l’entrée du village de Corbeny ; aucun autre renseignement ne peut être recueilli. »
- Aucune progression n’est possible, le régiment doit même recevoir le soutien des 6e et 27e bataillons de chasseurs pour assurer la défense de sa première ligne sur laquelle il s’est replié ; ceux-ci échouent aussi dans leur attaque le lendemain. « Le champ de bataille est transformé en un véritable cimetière » (Historique du régiment). Le 18, le 208e RI est relevé et se rend près de Ventelay.
- Le 19, « réorganisation sommaire du régiment ». Le bilan est terrible ; chez les officiers, on compte 1 mort, 9 blessés et 34 disparus ; chez les hommes de troupe, 18 tués, 335 blessés et 801 disparus (« dont 250 présumés tués ») : 1 198 au total.
- André Zeller, qui assiste le régiment en tant qu’artilleur, écrit dans ses mémoires : « Corbeny a vu la mort du 208e RI ».
- Après une longue période de repos, de reconstitution et d’instruction, le 208e RI est à nouveau engagé à partir d’août dans les Flandres. Il revient brièvement dans le bois de Beaumarais à la fin du mois de mars 1918.
Source principale : JMO du 208e RI (les citations en sont issues, sauf indication)
Yves Fohlen dans la Lettre du Chemin des Dames n° 18
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mardi 17 août 2010
A comme Activité du front
- Entre le 3 août 1914 et le 11 novembre 1918, le Chemin des Dames connaît des situations très variées en ce qui concerne l’activité militaire. Même s’il est difficile de placer exactement les limites géographiques de la zone, on peut s’essayer à une comptabilité et à une classification des journées en fonction de cette activité. Les chiffres suivants s’appuient sur les calculs de Thierry Hardier.
- Pendant 179 jours (11,5% du total), le Chemin des Dames est situé complètement en dehors de la zone de combat : avant le 12 septembre 1914, entre le 29 mai et le 13 septembre 1918 puis après le 13 octobre de cette même année.
- Les périodes de « front passif » sont les plus longues : 1 129 jours, soit plus de 72% du total de la guerre. Ces périodes sont marquées par des bombardements peu intenses ou des coups de main occasionnels. La phase la plus importante dure plus de deux années, entre le 27 janvier 1915 et le 23 mars 1917.
- On peut comptabiliser 214 jours (près de 14% du total) de journées marquées par des attaques locales, des préparations d’artillerie en vue d’une offensive généralisée ou par la stabilisation du front après l’une d’elle. C’est le cas par exemple de la bataille des observatoires, pendant tout l’été 1917.
- Enfin, 40 jours (2,5%) sont consacrés aux grandes offensives ou à de grosses attaques locales : stabilisation du front en septembre 1914, offensive Nivelle, bataille de La Malmaison, offensive Ludendorff du 27 mai 1918.
Source : Thierry Hardier in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 226 à 228 (histogramme page 243)
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- Pendant 179 jours (11,5% du total), le Chemin des Dames est situé complètement en dehors de la zone de combat : avant le 12 septembre 1914, entre le 29 mai et le 13 septembre 1918 puis après le 13 octobre de cette même année.
- Les périodes de « front passif » sont les plus longues : 1 129 jours, soit plus de 72% du total de la guerre. Ces périodes sont marquées par des bombardements peu intenses ou des coups de main occasionnels. La phase la plus importante dure plus de deux années, entre le 27 janvier 1915 et le 23 mars 1917.
- On peut comptabiliser 214 jours (près de 14% du total) de journées marquées par des attaques locales, des préparations d’artillerie en vue d’une offensive généralisée ou par la stabilisation du front après l’une d’elle. C’est le cas par exemple de la bataille des observatoires, pendant tout l’été 1917.
- Enfin, 40 jours (2,5%) sont consacrés aux grandes offensives ou à de grosses attaques locales : stabilisation du front en septembre 1914, offensive Nivelle, bataille de La Malmaison, offensive Ludendorff du 27 mai 1918.
Source : Thierry Hardier in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 226 à 228 (histogramme page 243)
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dimanche 15 août 2010
C comme Cyprès
- Dans le cimetière allemand de Cerny-en-Laonnois, devant la tombe 1206 d’Albert Ruhe, canonnier de 20 ans tué en mai 1918 lors de l’offensive Ludendorff, son frère Willy fait poser en 1960 une plaque et planter un cyprès.
- Lors de leur visite le 8 juillet 1962, le chancelier Adenauer et le président de Gaulle s’y arrêtent quelques instants : « Une vie de paix pousse avec l’arbre de cette tombe. C’est le symbole de la réconciliation entre nos deux peuples. »
- Le petit cyprès de 1962, après être devenu un arbre majestueux et imposant, est devenu gênant (ses racines commençaient à dégrader les tombes voisines) et a été coupé il y a quelques années …
Source : Lettre du Chemin des Dames n°1 (page 3)
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jeudi 12 août 2010
H comme Hurtebise (chanson)
- Chanson écrite en décembre 1914 sous le titre « A Heurtebise ! » sur un air d’Aristide Bruant (« A Batignolles ! ») par un auteur anonyme, sans doute de la 36e DI, qui « n’est certainement pas un débutant en matière de composition : la qualité du texte, mais aussi la structure de la chanson en témoignent. »
- Texte :
(la chanson originale est disponible sur Deezer entre autres)
« Connaissez-vous ce grand coteau
Que borde un immense plateau
Le soir s’en vient souffler la bise ?
C’est Heurtebise !
On y va, doucement, en douceur
Avec un battement de cœur
Car des balles, on craint la traîtrise
A Heurtebise !
Elles passent dans l’air en ronflant
Froufroutant, doucement en sifflant
Des balles, c’est l’aubade exquise
A Heurtebise !
Parfois une fusée au ciel
Semble singer le grand soleil
Comète à la queue qui s’irise
Sur Heurtebise !
Un bruit … arrive du lointain
Une bombe … éclate soudain
Coup formidable qui paralyse,
Tout Heurtebise !
Les amateurs de sensations
S’en vont à la « Vallée Foulon »
Le soir où la corvée s’organise
Pour Heurtebise !
Les claies, les gabions, les rondins,
Creusent le dos, voûtent les reins
On y porte plus lourd qu’une valise
A Heurtebise !
La vie des tranchées a du bon
On y conserve son pognon
Forcément on économise
A Heurtebise !
On y soigne sa petite santé
Du café, de l’eau, du thé :
L’alcool est à peine de mise
A Heurtebise !
Heureusement que chaque soir
On a des nouvelles du terroir
Remerciant notre ami « Glize »*
Facteur d’Heurtebise !
O ferme ! Tu n’es plus qu’un nom
Tu es tombée sous les canons
Mais nous travaillons à ta reprise
Ô Heurtebise ! »
(* le vaguemestre)
Source : M. Robert dans la Lettre du Chemin des Dames n°12, page 6
http://www.chemindesdames.fr/photos_ftp/contenus/Lettre_12.pdf
- Texte :
(la chanson originale est disponible sur Deezer entre autres)
« Connaissez-vous ce grand coteau
Que borde un immense plateau
Le soir s’en vient souffler la bise ?
C’est Heurtebise !
On y va, doucement, en douceur
Avec un battement de cœur
Car des balles, on craint la traîtrise
A Heurtebise !
Elles passent dans l’air en ronflant
Froufroutant, doucement en sifflant
Des balles, c’est l’aubade exquise
A Heurtebise !
Parfois une fusée au ciel
Semble singer le grand soleil
Comète à la queue qui s’irise
Sur Heurtebise !
Un bruit … arrive du lointain
Une bombe … éclate soudain
Coup formidable qui paralyse,
Tout Heurtebise !
Les amateurs de sensations
S’en vont à la « Vallée Foulon »
Le soir où la corvée s’organise
Pour Heurtebise !
Les claies, les gabions, les rondins,
Creusent le dos, voûtent les reins
On y porte plus lourd qu’une valise
A Heurtebise !
La vie des tranchées a du bon
On y conserve son pognon
Forcément on économise
A Heurtebise !
On y soigne sa petite santé
Du café, de l’eau, du thé :
L’alcool est à peine de mise
A Heurtebise !
Heureusement que chaque soir
On a des nouvelles du terroir
Remerciant notre ami « Glize »*
Facteur d’Heurtebise !
O ferme ! Tu n’es plus qu’un nom
Tu es tombée sous les canons
Mais nous travaillons à ta reprise
Ô Heurtebise ! »
(* le vaguemestre)
Source : M. Robert dans la Lettre du Chemin des Dames n°12, page 6
http://www.chemindesdames.fr/photos_ftp/contenus/Lettre_12.pdf
mardi 10 août 2010
I comme Imaginer
- « La bataille imaginée est inséparable de la bataille réelle : ce sont les anticipations de victoire et de percée qui donnent son étendue au désastre. » « Si la bataille fait événement avant l’événement, c’est parce que les acteurs en devinent et en espèrent, individuellement et collectivement, l’issue. »
- Les espoirs et les anticipations des soldats, leur vision de leur futur, forment un « horizon d’attente » (R. Koselleck).
Indices : une connaissance par traces et par déductions
- Souvent coupés du monde civil et de la presse, pour lesquels l’offensive Nivelle n’est pas un secret et constitue même un objet de débats, les soldats comptent avant tout sur leur expérience de la guerre pour se former leur propre opinion.
- La perspective de l’attaque est d’abord diffuse, parce l’on sort de l’hiver et que l’on attend comme chaque année la « grande offensive de printemps ».
- L’accumulation d’hommes et de matériel est un indice évident des préparatifs : « Toute la DI se livre à d’importantes manœuvres qui laissent présager une offensive pour le printemps prochain. » (Louis Désalbres)
- On cherche ensuite confirmation par le contact avec les autres : ce sont les « rumeurs », les « bruits », mais aussi les conversations qui permettent d’en savoir plus sur une destination ou un projet du commandement, qui laisse le plus souvent les soldats dans l’ignorance. Le vaguemestre et, surtout, la « popote », jouent un rôle essentiel ; « la roulante constituait pour nous le trait d’union entre nos lignes, où nous étions isolés de tout, et le même monde extérieur, ou intérieur. A chaque distribution de vivres, c’est-à-dire chaque nuit, les hommes de corvée apportaient les dernières nouvelles du dehors. » (Antoine Grillet)
- Enfin, les hommes se fient aux « indices corporels ». Le paquetage en est un, très fiable : « Nous touchons des vivres pour 6 jours. On fait des paquetages d’attaque : les couvertures et les vivres roulés dans la toile de tente portée en sautoir, les musettes pleines de grenades, fusées, cartouches, etc. » (Xavier Chaïla). L’équipement impeccable des troupes, la multiplication des défilés, autant d’éléments qui annoncent la future attaque.
A l’horizon, « l’offensive finale »
- Malgré les difficultés qui existent pour percevoir le réel état d’esprit des soldats, surtout face aux processus de réécriture ou de modification de la mémoire, « il est clair que c’est l’espoir qui domine les représentations, beaucoup de soldats attendant de l’offensive qu’elle mette fin au conflit. Toutefois, leur horizon d’attente se partage entre optimisme et crainte, entre conscience de la force et risques du secret éventé. »
- On espère une opération « décisive » mais aussi économe en hommes : c’est pourquoi certains soldats insistent sur la présence des chars, armes nouvelle sur laquelle on compte beaucoup (« Devant nous, nous aurions de nouveaux engins extraordinaires, dévastateurs et irrésistibles », Lucien Auvray)
- Les craintes des soldats tiennent avant tout au secret, que l’on estime indispensable à la bonne réussite de l’attaque. « Devant notre activité, l’ennemi se remue de plus en plus, nous ne cachons toujours pas nos mouvements, nous n’avons jamais vu une chose pareille. On croirait que le dirigeant de l’attaque fait tout pour que l’ennemi suive tous nos préparatifs et cependant la vie de combien d’entre nous est en jeu ! » (Paul Mencier)
- Au total, « à la vue des nombreuses divisions concentrées dans cette région, une confiance générale règne dans la troupe. » « Le moral des hommes est grand. C’est même de l’enthousiasme, on plaisante, on s’interpelle dans toutes les sections. Ca va être la percée. Le Boche va recevoir une avalanche sur le dos. C’est la fin de la guerre pour cette année. » (Louis Désalbres, 31 mars et 12 avril 1917)
Discours : la forme officielle et mobilisatrice des anticipations
- Le message sans précision du général Nivelle (« L’heure est venue. Confiance et Courage. Vive la France ») montre bien que tout le monde connaît la nature de l’offensive qui va se déclencher et son importance pour le sort de la guerre. « L’horizon d’attenter partagé se dévoile donc ici nettement. »
- Dans les unités, les discours insistent sur la « masse », gage de succès, sur la prochaine libération du territoire et sur la minimisation du coût humain.
- « Derrière la fonction de mobilisation qu’ils remplissent, ces discours révèlent que le modèle suivant lequel la bataille est imaginée et anticipée est partagé par les chefs et les soldats. Lorsque éclatera sa complète inadéquation à la réalité, la crise n’en sera que plus profonde. »
- « Une partie importante de la bataille est engagée bien avant qu’elle ait commencé, et ce que les survivants en diront dans leurs témoignages en porte la marque, celle d’une amère désillusion. »
Source : André Loez, « La bataille avant la bataille : imaginer et deviner l’offensive », in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 179 à 187 (les citations sont de l’auteur, sauf indication)
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- Les espoirs et les anticipations des soldats, leur vision de leur futur, forment un « horizon d’attente » (R. Koselleck).
Indices : une connaissance par traces et par déductions
- Souvent coupés du monde civil et de la presse, pour lesquels l’offensive Nivelle n’est pas un secret et constitue même un objet de débats, les soldats comptent avant tout sur leur expérience de la guerre pour se former leur propre opinion.
- La perspective de l’attaque est d’abord diffuse, parce l’on sort de l’hiver et que l’on attend comme chaque année la « grande offensive de printemps ».
- L’accumulation d’hommes et de matériel est un indice évident des préparatifs : « Toute la DI se livre à d’importantes manœuvres qui laissent présager une offensive pour le printemps prochain. » (Louis Désalbres)
- On cherche ensuite confirmation par le contact avec les autres : ce sont les « rumeurs », les « bruits », mais aussi les conversations qui permettent d’en savoir plus sur une destination ou un projet du commandement, qui laisse le plus souvent les soldats dans l’ignorance. Le vaguemestre et, surtout, la « popote », jouent un rôle essentiel ; « la roulante constituait pour nous le trait d’union entre nos lignes, où nous étions isolés de tout, et le même monde extérieur, ou intérieur. A chaque distribution de vivres, c’est-à-dire chaque nuit, les hommes de corvée apportaient les dernières nouvelles du dehors. » (Antoine Grillet)
- Enfin, les hommes se fient aux « indices corporels ». Le paquetage en est un, très fiable : « Nous touchons des vivres pour 6 jours. On fait des paquetages d’attaque : les couvertures et les vivres roulés dans la toile de tente portée en sautoir, les musettes pleines de grenades, fusées, cartouches, etc. » (Xavier Chaïla). L’équipement impeccable des troupes, la multiplication des défilés, autant d’éléments qui annoncent la future attaque.
A l’horizon, « l’offensive finale »
- Malgré les difficultés qui existent pour percevoir le réel état d’esprit des soldats, surtout face aux processus de réécriture ou de modification de la mémoire, « il est clair que c’est l’espoir qui domine les représentations, beaucoup de soldats attendant de l’offensive qu’elle mette fin au conflit. Toutefois, leur horizon d’attente se partage entre optimisme et crainte, entre conscience de la force et risques du secret éventé. »
- On espère une opération « décisive » mais aussi économe en hommes : c’est pourquoi certains soldats insistent sur la présence des chars, armes nouvelle sur laquelle on compte beaucoup (« Devant nous, nous aurions de nouveaux engins extraordinaires, dévastateurs et irrésistibles », Lucien Auvray)
- Les craintes des soldats tiennent avant tout au secret, que l’on estime indispensable à la bonne réussite de l’attaque. « Devant notre activité, l’ennemi se remue de plus en plus, nous ne cachons toujours pas nos mouvements, nous n’avons jamais vu une chose pareille. On croirait que le dirigeant de l’attaque fait tout pour que l’ennemi suive tous nos préparatifs et cependant la vie de combien d’entre nous est en jeu ! » (Paul Mencier)
- Au total, « à la vue des nombreuses divisions concentrées dans cette région, une confiance générale règne dans la troupe. » « Le moral des hommes est grand. C’est même de l’enthousiasme, on plaisante, on s’interpelle dans toutes les sections. Ca va être la percée. Le Boche va recevoir une avalanche sur le dos. C’est la fin de la guerre pour cette année. » (Louis Désalbres, 31 mars et 12 avril 1917)
Discours : la forme officielle et mobilisatrice des anticipations
- Le message sans précision du général Nivelle (« L’heure est venue. Confiance et Courage. Vive la France ») montre bien que tout le monde connaît la nature de l’offensive qui va se déclencher et son importance pour le sort de la guerre. « L’horizon d’attenter partagé se dévoile donc ici nettement. »
- Dans les unités, les discours insistent sur la « masse », gage de succès, sur la prochaine libération du territoire et sur la minimisation du coût humain.
- « Derrière la fonction de mobilisation qu’ils remplissent, ces discours révèlent que le modèle suivant lequel la bataille est imaginée et anticipée est partagé par les chefs et les soldats. Lorsque éclatera sa complète inadéquation à la réalité, la crise n’en sera que plus profonde. »
- « Une partie importante de la bataille est engagée bien avant qu’elle ait commencé, et ce que les survivants en diront dans leurs témoignages en porte la marque, celle d’une amère désillusion. »
Source : André Loez, « La bataille avant la bataille : imaginer et deviner l’offensive », in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 179 à 187 (les citations sont de l’auteur, sauf indication)
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