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Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


http://cdd100ans.blogspot.fr/


Cordialement
Gil Alcaix

mercredi 29 février 2012

S comme Saint-Rigobert



- Chapelle située à l’est de Gernicourt, près du canal parallèle à l’Aisne, dans le secteur de Berry-au-Bac. On trouve à proximité une fontaine supposée guérisseuse.

- « Pour le poste de secours, m’annonce le commandant, j’ai votre affaire. Une vieille chapelle qui se trouve dans un creux de terrain, à deux cent mètres d’ici. Saint-Rigobert. Vous y serez très bien. »
- Comme le montre cet extrait du journal de Louis Maufrais (40e RAC), J’étais médecin dans les tranchées (avril 1917), la chapelle Saint-Rigobert joue un rôle essentiel à proximité d’un secteur souvent actif pendant le conflit, à proximité des premières lignes (cote 108, Sapigneul, Miette, etc.).
- A cette date, le bâtiment est « une vieille chapelle sans porte, ouverte à tous les vents, quasiment creusée dans la pente. Les murs ruissellent d’humidité et le sol est plein de boue. »
- La région est dangereuse, soumise au bombardement allemand (Louis Maufrais et ses compagnons doivent même se cacher dans les niches vidées des statues des saints).




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mercredi 22 février 2012

R comme Romains

- Le site de la butte Mauchamp a une grande renommée depuis les fouilles menées depuis le Second Empire pour son passé gallo-romain. C’est aussi là que César installe son camp pour attaquer l’oppidum de Bibrax (Saint-Thomas), à quelques kilomètres au nord. On trouve d’ailleurs un toponyme « Camp de César » à proximité immédiate de l’emplacement actuel de la ferme Mauchamp.

A lire notamment à ce propos, un article en ligne de Jean-Luc Collard (page 25)


- Pendant la guerre, les combattants français rendent hommage à ce passé prestigieux en nommant plusieurs tranchées et points stratégiques avec des toponymes d’inspiration antique.
- C’est ainsi que l’on y trouve par exemple les bois du Licteur, des Vestales ou des Consuls, mais aussi les noms suivants de tranchées : Horace, Curiace, Trajan, du Forum, du Colisée, d’Auguste, du Centurion, des Oies, etc. (il en est de même pour plusieurs boyaux, qui réutilisent le plus souvent les mots précédents).


Carte issu du JMO du 299e RI de février 1918 (source: SHD)

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jeudi 16 février 2012

D comme Demi-sourire

- Le 16 avril 1917, le 208e RI est anéanti lors de son attaque vers la tranchée de Lutzow : près de 1 200 hommes sont hors de combat. On compte notamment 850 disparus, dont « 250 présumés tués » et un grand nombre de prisonniers.
- Un des soldats qui restent sur le terrain après le repli de ses camarades y passe plus de trois semaines, malgré les relèves successives et les attaques des deux camps.

- « Au moment où j’arrivais, deux brancardiers apportaient au poste de secours un fantassin du 208e, ramassé par une patrouille de nuit, et qui gisait entre les lignes depuis l’attaque du 16 avril. Teint parcheminé, os saillants sous la peau, jambe doublement fracturée et soutenue par une armature faite des montants de son havresac, il avait vécu trois semaines dans un trou d’obus, en consommant les vivres de réserve prélevés sur deux cadavres et en buvant de l’eau croupissante. Chaque soir, expliqua-t-il, les obus français et allemands des tirs de barrage éclataient autour de lui, mais sa crainte dominante était d’être assommé par l’une des innombrables fusées éclairantes des deux partis. Le médecin-major ne le considérait pas en danger de mort. Calme, satisfait, disait-il, de sortir d’un mauvais lieu, il nous quitta pour l’ambulance avec un demi-sourire. »
(André Zeller, Dialogues avec un lieutenant, page 118)



- Les blessés restant plusieurs jours entre les lignes avant d’être récupérés – vivants – sont nombreux lors de l’offensive Nivelle, comme lors d’autres combats acharnés au cours du combat. A Jules Ninet qui s’étonne que son camarade Monsinjau soit resté 6 jours et 6 nuits en avant des lignes, jambes brisées et mains gelées (il mourra de ses blessures à l’hôpital), un brancardier lui répond : « Pourquoi ? Parce qu’on ne pouvait pas, pardi ! Les Boches tiraient sans arrêt. Jour et nuit, les mitrailleuses crachaient, fallait voir. Et puis, il y en avait tant de blessés !... Partout, dans les boyaux, dans les ravins, dans les trous d’obus… Impossible de tous les voir, de tous les sauver. Pourtant, combien de brancardiers se sont faits descendre par dévouement ! » (Jules Ninet, Copains du front)

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vendredi 10 février 2012

M comme Malgaches

- Pendant le premier conflit mondial, 41 000 Malgaches combattent pour la France ; 2 500 sont tués ou portés disparus.
- C’est le gouverneur général de la colonie, Hubert Garbit, qui organise la mobilisation. Le premier contingent est envoyé en octobre 1915 vers la métropole ; ils stationnent dans un camp proche de Fréjus avant de combattre dans le Nord de la France.


- Finalement, fin 1916, le 12e bataillon de chasseurs malgaches est constitué à partir des 12e et 13e compagnies malgaches du 73e BTS.
- Début avril 1917, ils sont débarqués à Soissons, d’abord travaillant pour le Génie puis mis au service de la 3e DIC – 1er CAC (à partir du 30).
- Le 5 mai, les Malgaches font leur véritable baptême du feu au nord de Vauxaillon lors de la 2e grande phase de l’offensive Nivelle : il s’agit pour eux d’empêcher toute tentative allemande de contournement par le canal de l’Ailette (tranchées du Buffle et de l’Aviatick)


- Certains participent à d’autres tâches aux côtés des combattants.
- Ainsi, début mai 1917, au moulin de Laffaux, Georges Duhamel rencontre des Malgaches dans son « autochir ». « Ca ne va pas votre brancardage. Je vais vous envoyer huit Malgaches. Ce sont d’excellents porteurs », lui dit un supérieur. « C’était, avec plus d’exactitude, un assortiment de nègres où dominait l’élément malgache, une série d’échantillons prélevés sur le 1er Corps colonial qui, à cette heure même, tapait ferme devant Laffaux. Il y avait quelques Soudanais sans âge, ridés, ténébreux, cachant sous la vareuse réglementaire des grigris patinés qui sentaient le cuir, la sueur et les huiles exotiques. Pour les Malgaches, imaginez des hommes de taille médiocre, d’aspect chétif, qui ressemblaient à des fœtus noirs et sérieux. » (Georges Duhamel, Civilisation)



- Le 13, le bataillon malgache rentre à Soissons, puis est rattaché au 37e CA (62e puis 81e DI) : après renforcement, il est en secteur autour de Terny-Sorny puis de Juvigny, accomplissant principalement des travaux d’aménagement puis assurant la défense des premières lignes au nord de l’Ailette, près de Vauxaillon (au sein du 66e RIT), aux côtés de 150 cuirassiers. « Les deux compagnies malgaches sont accolées et tiennent toute la lisière est du bois du Mortier. Relevées tous les douze jours à l’issue desquels elles bénéficient théoriquement de six jours de repos, elles sont en fait constamment employées sans connaître le moindre répit. Les six jours de récupération à l’issue du séjour en ligne sont systématiquement mis au profit du Génie en manque de main d’œuvre pour le maintien en état des infrastructures de communication et de soutien. » (Jacques Razafindranaly, Les soldats de la Grande île : d’une guerre à l’autre, 1895-1918)
- Le 23 août, le bataillon repousse un coup de main mené par une quarantaine d’Allemands (1 mort).
- Le 10 septembre, ce sont deux patrouilles qui sont surprises par un groupe d’Allemands en train de préparer une attaque en coupant les barbelés : un engagement bref mais violent s’ensuit (1 mort, et plusieurs sanctions contre des tirailleurs qui n’ont pas eu un comportement adéquat selon la hiérarchie : un sergent est cassé et redevient 2e classe, cinq tirailleurs sont punis de 15 jours de prison – tous accusés d’avoir laissé seul leur chef de patrouille au moment du combat, celui-ci étant tué).

- Face à l’accroissement de la tension dans ce secteur (des prisonniers allemands révèlent que des troupes nouvelles viennent d’arriver du front oriental), l’état-major décide de retirer les Malgaches – jugés trop peu sûrs. Pourtant, la veille de leur départ, le 20 septembre, ils repoussent à nouveau un puissant coup de main ennemi (3 tués, 12 blessés).
- Début octobre, comme les autres soldats venus des colonies, les Malgaches sont envoyés dans le sud de la France.



- En 1918, le bataillon malgache participe à l’offensive de septembre 1918 et progresse au nord de Soissons vers Terny-Sorny (combats le 2) puis en direction d’Allemant (le 14), lieux déjà bien connu des survivants de 1917.

- Début 1919, il devient le 1er Régiment de Chasseurs malgaches.



Sources principales :
JMO du 12e BTM
et livre de Jacques Razafindranaly, Les soldats de la Grande île : d’une guerre à l’autre, 1895-1918


A consulter aussi :
http://nice-madagascar.blogspot.com/2011/12/156-tirailleurs-coloniaux-malgaches-au.html

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samedi 4 février 2012

B comme Bête et brutale

- Le 17 septembre, le 123e RI est en première ligne dans le vallon de Troyon. Le Chemin des Dames est alors un secteur dit « calme » depuis plusieurs mois (combats de la Creute, janvier 1915). Pour le JMO du jour, peu à signaler sinon des éléments devenus des banalités : « Quelques 105 sur nos tranchées de 3e lignes du 2e bataillon vers 10h. A 1h30 105 et 77 : 1 sergent tué. Quelques dégâts matériels. »


- Pour le sous-lieutenant Maurice Vincent et ses soldats, le quotidien a cependant un autre goût. « La matinée se passe sans incident, mais à douze heures les allemands bombardent vers le 249e puis bientôt sur nous. Notre repas est vite pris. Je fais rentrer mes hommes dans les abris, et c’est à peine si j’y suis rentré moi-même qu’un obus de tombe près de nous. Les éclats atteignent mon sergent à la jambe et à la cuisse. Je le fais asseoir aussitôt et me mets à le panser. Hélas, la blessure qui ne me paraissait pas grave au premier abord, m’en fait découvrir une autre, à la cuisse dont la perte de sang cause une hémorragie. Malgré les ligatures que je fais avec mon ordonnance, le sang coule à flot et il meurt dans mes bras. Pauvre sergent Vinet, pauvre père de deux enfants. C’est avec bien du regret que je l’ai vu emporter par les brancardiers. Je n’en reviens pas de la façon si brutale qu’il a été tué. L’artère fémorale a été tranchée net. Son enterrement a lieu à quatre heures. Malheureusement, je ne puis y assister, le devoir me commande de rester là. Le reste de la journée se passe sans que je ne puisse revenir de cette mort bête et brutale. »
- Trois jours plus tard, lors d’un repos, « je vais faire une prière sur la tombe de mon ancien et regretté sergent. Je l’ai fait arranger. Elle est bien. »
(Source : Maurice Vincent, Carnets de guerre d’un poilu girondin)


Fiche MPF d’Antonin Vinet