Information

Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


http://cdd100ans.blogspot.fr/


Cordialement
Gil Alcaix

lundi 31 mai 2010

L comme Lefebvre (Gaston)

(MAJ septembre 2011)




- Soldat français
- Lille 1896 – Vannes 1957

- Trop jeune pour être mobilisé en août 1914, le lillois Gaston Lefebvre voit les Allemands occuper sa ville. Il la fuit en octobre pour rejoindre l’armée française ; en mai 1915, il est incorporé au sein du 73e RI.

- Jusqu’en octobre, Lefebvre est à proximité de Craonne puis de Berry-au-Bac, secteurs relativement « calmes ». « Le 2 juin 1915, avant le point du jour, ma compagnie en relève une autre dans le bois de Beaumarais, à un kilomètre environ de la première ligne. Les abris de notre section étant infects, le lieutenant nous en fait faire un nouveau par escouade. Nous creusons une fosse d’environ un mètre quarante de profondeur, assez longue pour qu’une dizaine d’hommes puissent s’y coucher. En plein bois, le travail est rendu pénible par les racines. […] Les nuits suivantes, non seulement nous amenons des piquets et du barbelé, mais nous les posons en avant et en arrière de la première ligne de tranchées. Ce travail est fort périlleux, car il faut frapper sur les piquets. Nous avons beau amortir le bruit avec des sacs à terre pliés et posés sur le piquet que l’on enfonce, les boches nous entendent et tiraillent dans notre direction. » (cité par G. Lachaux, op. cit., page 55)

- Il est blessé le 26 octobre, puis retourne au front à Verdun où il est à nouveau blessé, très gravement (amputé d’une jambe), ce qui lui vaut une évacuation définitive.


- Dix ans après la guerre, il reprend ses carnets et publie en 1930 Un de l’avant : carnet de route d’un poilu, 9 octobre 1914 – 27 novembre 1917. « L’auteur a complété, grâce à la rééducation professionnelle, une petite instruction primaire “ que les souffrances morales et corporelles des tranchées et le chloroforme de six opérations consécutives à ses blessures ” lui avaient fait oublier. Il a ensuite, “ avec la seule aide de sa mémoire et d’un carnet de poche en partie déchiré par un éclat d’obus ”, reconstitué les faits précis auxquels il a directement participé. »
(Voir le Journal des mutilés et combattants, décembre 1930 (page 4), sur le site de la B.N.F.)



(Merci à son petit-fils, Denis)

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samedi 29 mai 2010

P comme Perrière (La)



- Ferme située au nord-est de Soissons, près de Crouy, en bordure de la RN2

- En 1914, La Perrière est une très ancienne ferme fortifiée essentiellement betteravière appartenant à un immense ensemble de plus de 1 000 hectares possédé par Alfred Dormeuil, propriétaire du domaine de Montgarny.
- Les Allemands s’en emparent en septembre et parviennent à la conserver de justesse lors de la contre-offensive française (les Zouaves l’enlèvent mais ne peuvent s’y maintenir). Bien située, elle leur permet d’observer la vallée de l’Aisne vers Soissons.

- Après la bataille de Crouy (janvier 1915), le front et les combats directs s’éloignent un peu, mais La Perrière garde son rôle essentiel dans le dispositif allemand.


- La ferme redevient française lors du repli sur la ligne Hindenburg et sert de base à l’artillerie pendant les combats de 1917.
- Elle connaît de nouveaux affrontements le 28 mai 1918 et surtout à l’automne, lors de la reconquête alliée.


- La Perrière est presqu’entièrement détruite par les combats (seule subsiste la porte monumentale) puis reconstruite. En 1928, elle est classée aux Monuments Historiques.

jeudi 27 mai 2010

C comme Craonne (bataille de)


- Victoire de Napoléon sur les troupes prussiennes et russes, le 7 mars 1814


- Le 3 mars, la reddition de Soissons permet la jonction des armées prussienne de Blücher et russe de Winzigerode ; elles tiennent le plateau de Craonne, tandis que Napoléon qui a franchi l’Aisne à Berry- au-Bac s’empare du village le 6.

- Le 7, les « Marie-Louise » (nom donné aux conscrits des classes 1814 et 1815 appelés par anticipation en 1813 par décret de l'impératrice Marie-Louise d'Autriche ; du fait de leur jeunesse, la plupart étaient encore imberbes, d'où ce sobriquet féminin) du maréchal Ney parviennent difficilement à prendre pied sur le plateau, à cause d’une artillerie défaillante (déjà …). Une contre-attaque des alliés rend la position française difficile, mais l’arrivée de renforts dirigés par Napoléon en personne permet de conserver la possession des hauteurs.

- Prussiens et Russes se retirent en bon ordre vers Laon, limitant leurs pertes. Celles-ci sont cependant terribles : environ 5 000 morts de chaque côté.


- On trouve aujourd’hui une statue de Napoléon (Georges Thurotte, 1974), 2 kilomètres à l’Est d’Hurtebise environ, sur la motte du Moulin de Vauclair qui lui servait d’observatoire.
- Le monument des « Marie-Louise », inauguré à l’occasion du centenaire de la bataille, est détruit en septembre 1914 puis remplacé dans les années 1920 par l’actuel monument d’Hurtebise.



Source principale :
http://www.napoleon-empire.net/batailles/craonne.php


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mardi 25 mai 2010

A comme Ange gardien (râperie)

- Râperie (fabrique ou l’on râpe les betteraves) aujourd’hui disparue, située en 1914 au carrefour de la RN2 et de la route Pinon-Jouy. La râperie de l’Ange gardien est voisine de la ferme de Vau(x)rains.

- La râperie est en secteur allemand à partir de septembre 1914. Elle le reste après l’opération Albérich (mars 1917) et l’offensive Nivelle (avril 1917), même si le front se rapproche à proximité ; le réseau de tranchée allemandes (notamment celle de l’Apreté) se trouve juste en avant des ruines de la fabrique.


- La râperie est prise par les Français (notamment le 21e RI, les 20e et 21e BCP, appuyés par des chars) aux premières heures de la bataille de La Malmaison, le 23 octobre 1917. Après 7 heures, « le 21e RI enjambe ce qui subsiste de la tranchée des Mécomptes et de la tranchée de l’Apreté, atteint la râperie de l’Ange gardien, qu’il dépasse, la ferme Vaurains, qu’il emporte malgré les rafales de mitrailleuses qui viennent, sur sa gauche, du bois des Gobineaux. » (R.G. Nobécourt, page 325)


- La râperie de l’Ange gardien n’est pas reconstruite après la guerre.

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dimanche 23 mai 2010

B comme Balasse (Albert)

- Soldat français
- Etroeungt (Nord) 1885 – Laffaux 1917

- En 1914, Albert Balasse est agriculteur à Rocquigny, au nord de l’Aisne, où il vit avec sa femme et son bébé.
- Il est mobilisé et devient brigadier-fourrier au 11e Cuirassiers à pied.

- Le 5 mai 1917, il attaque au moulin de Laffaux, en direction des carrières de Fruty. La progression est rapidement stoppée (Historique). Albert Balasse est tué « en se portant à l’attaque des positions ennemies. »

- Son corps ni ses affaires personnelles ne sont retrouvés, et ce n’est qu’en 1919 qu’un tribunal rend sa mort officielle
- Le 19 avril 2005, lors des travaux du giratoire du moulin de Laffaux, sur la RN2, les ossements d’Albert Balasse sont découverts (il est identifié grâce à sa plaque matricule). Comme il n’a plus de descendant ou collatéral directs, personne ne réclame son corps (alors que les mairies d’Etroeungt ou de Rocquigny étaient prêtes à l’accueillir), et il repose aujourd’hui dans la nécropole nationale d’Ambleny.



Fiche MPF (corrigée de façon erronée)

Source
http://www.chemindesdames.fr/photos_ftp/contenus/Lettre9.pdf

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vendredi 21 mai 2010

E comme Epine de Chevregny



- Hauteur du Chemin des Dames située entre Braye-en-Laonnois et La Royère, au-dessus du tunnel du canal Aisne-Oise.

- D’abord contrôlée par les Allemands, l’Epine (ou bois) de Chevregny est un lieu âprement disputé à partir d’avril 1917 ; ce point haut est au cœur de la « bataille des observatoires » pendant l’été, lorsque les Français renoncent à l’idée d’une offensive victorieuse mais veulent le contrôle des hauteurs du Chemin des Dames.

- Les Allemands s’en retirent le 2 novembre 1917, après le succès français plus à l’Ouest lors de la bataille de La Malmaison.


- On y trouve aujourd’hui de nombreuses stèles individuelles rendant hommage à des soldats.



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mercredi 19 mai 2010

T comme Tucoo-Chala (Jean-Ernest)

- Artilleur français
- Pau 1893 – 19 ??

- Jean-Ernest Tucoo-Chala est menuisier et socialiste : même s’il adhère aux idées pacifistes de Jaurès, il n’est pas antimilitariste. Il passe près de 8 ans sous les drapeaux : il fait son service militaire à Tarbes, où il reçoit une formation d’artilleur (canon de 75) avant d’être mobilisé en août 1914.

- Le 13 septembre, Tucoo-Chala est à proximité de Craonne mais peine à apporter le soutien de l’artillerie aux fantassins qui se sont emparés du village (cité par F. Rousseau, in N. Offenstadt dir., op. cit., page 32).

- Les mois passants, le « cafard » arrivant, ses jugement sur la guerre et ceux qui l’entourent sont de plus en plus sévères.
« Dieu soit loué, notre plus grand ennemi vient d’en prendre un coup: notre capitaine est blessé, évacué sur l’heure, bon voyage et surtout long retour, ce qu’il a pu nous en faire baver ce salaud ! Maintenant on va pouvoir travailler tranquille et se réinstaller dans la position de repli. Je l’avais averti, nous étions une cible visible sur la gauche, mais comme cela ne venait pas de lui, il ne voulait rien entendre. » (Blanc Sablon, 21 janvier 1916)
« Les lieutenants Croisart et Benoît sont décorés de la croix de guerre, plus on a de galons plus on se rapproche de l’assiette au beurre, qu’ils se l’enfoncent bien profondément où je pense. » (Blanc Sablon, 1er avril 1916)
(source : http://grabatfalak.blogspot.com/2009/06/du-respect-de-la-hierarchie.html)

- L’artilleur cherche à se soustraire aux conditions de vie difficiles qu’il décrit dans ses carnets. En 1916, il se marie, ce qui lui permet d’obtenir une longue permission. A la fin de 1917, il demande à partir pour le front d’Orient.

- Après la guerre, Tucoo-Chala refuse d’embrasser la carrière militaire et redevient menuisier, adhérant aussi à la SFIO.

- En 1996, ses enfants publient ses souvenirs dans 1914-1919. Carnets de route d’un artilleur.



Source principale
http://www.crid1418.org/temoins/2009/03/09/tucoo-chala-ernest-1893/

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lundi 17 mai 2010

C comme Cerny (sucrerie de)


- Sucrerie (appelée aussi « la Fabrique ») aujourd’hui disparue, située en 1914 à proximité du croisement entre le Chemin des Dames et la route allant vers Vendresse. Elle se trouve donc alors à quelques hectomètres au sud du village de Cerny-en-Laonnois.
http://dumultien.over-blog.fr/article-21327288.html

- La sucrerie est fortifiée par les Allemands en septembre 1914, ce qui empêche les Britanniques de s’en emparer le 14 (un monument est élevé après la guerre, qui rend hommage aux soldats du 1er Bataillon Loyal North Lancashire tombés lors de cet assaut).

- Le lieu devient alors une référence pour toutes les armées qui combattent dans le secteur, objectif de tous les coups de main et de l’artillerie française, qui transforme la sucrerie en ruine.


- Le 16 avril 1917, en moins d’une demi-heure, les hommes de la 153e DI parviennent aux abords de la sucrerie. Les mitrailleuses et les abris bétonnés non détruits les stoppent ; « le général Mangin téléphonait au commandant du 20e CA que les artilleurs devaient respecter l’horaire, qu’il fallait essayer de rattraper le retard et ne pas oublier que les centres de résistance devaient être débordés. La sucrerie de Cerny était assurément l’un de ces centres-là. » (RGN, page 163) Tandis que les Zouaves progressent vers le Chemin des dames et l’arbre de Cerny, le reste de la division ne suit pas. « Arrêt brusque. Que se passe-t-il ? A notre droite le 418e, le régiment martyr de notre division, est arrêté lui-même devant la sucrerie de Cerny ? Nous ne demanderions qu’à bourrer. Mais nous resterons là, dans nos trous, jusqu’à 16 heures sans bouger pendant que nos camarades du 418e se font tuer. » (zouave Julien Marchal, cité par RGN, page 164)
- « Le 18 avril le 418e RI est toujours dans la tranchée de Munster, devant la sucrerie de Cerny, avec ses morts du 16. » Malgré les bombardements intensifs, malgré les tentatives, la sucrerie n’est pas prise, et les Français doivent même reculer et défendre les positions acquises face aux contre-attaques.

- Malgré la progression française à l’Est (saillant de Deimling), la sucrerie reste un point de blocage. Ainsi, le 5 mai, « le 93e RI (21e DI) attaquait Cerny. Il y pénétra et s’y retrouva isolé ; les Allemands gardaient toujours la sucrerie. » (RGN, page 202)

- Pendant tout l’été, la situation reste inchangée, rendant les positions françaises à droite et à gauche de la sucrerie fragiles face aux coups de main allemands.


- Enfin, le 2 novembre, après leur défaite lors de la bataille de La Malmaison, les Allemands se retirent en bon ordre du plateau pour se retrancher derrière l’Ailette, abandonnant les ruines de la sucrerie aux Français.


- La sucrerie de Cerny n’est pas reconstruite après-guerre, son site laissant place à un quartier du nouveau village.

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samedi 15 mai 2010

C comme Cerny (arbre de)



- Arbre aujourd’hui disparu situé pendant la guerre à quelques hectomètres à l’ouest de Cerny-en-Laonnois, sur le Chemin des Dames, près du carrefour avec le chemin descendant vers Courtecon.
- C’est pour cette raison qu’il est aussi parfois appelé « tilleul de Courtecon », sur la carte publiée par R.G. Nobécourt par exemple.

- L’arbre de Cerny est un point haut (181 mètres), qui sert pendant le conflit de repère aux deux armées. « Comme l’Epine de Chevregny, l’arbre de Paissy et « l’arbre en boule » de n’importe où, ce tilleul n’était plus qu’un point sur la carte : il suffisait d’avoir une carte pour aller cueillir sa tisane. » (RG Nobécourt, page 164)



- Le 14 septembre 1914, les Britanniques se battent pour en reprendre possession. « La 1ère Division gagna du terrain, mais fut contrainte de s’arrêter. La seule brigade qui fit de gros progrès fut la 5e de Haking, qui parvint à la crête de la colline dans les parages du Tilleul-de-Courtecon. Le général Haking envoya des éclaireurs, et ayant découvert des avant-postes allemands sur chacun de ses flancs, il se retira en profitant de l’obscurité. » (A. Conan Doyle, The british campaign in France and Flanders, 1916 ; traduction personnelle ; pour la VO voir ici)
- L’arbre de Cerny reste donc en possession des Allemands, en première ligne pendant plus de trois années.


- Le 16 avril 1917, le RTM (Régiment de Tirailleurs marocains) parvient au Chemin des Dames à hauteur de l’arbre après être parti de Vendresse et avoir franchi le bois du Paradis. Il ne peut que s’y maintenir, très difficilement.
(voir JMO; carte page 24)

- Pendant des semaines, on se bat dans cette zone ; le 25 avril par exemple, les Allemands lancent une offensive importante, sans succès.
- Le 14 juillet, « l’ennemi ne tire pas un coup de canon sur le secteur, mais subitement, à 20 heures, une trombe d’obus accompagnés de flammes et d’épaisses poussières s’abat sur la région du saillant de l’Arbre de Cerny, et presque aussitôt, deux bataillons appartenant au 150e Régiment d’Infanterie prussien et quatre groupes de la 3e Compagnie du 5e bataillon d’assaut attaquent le saillant. La situation est critique. » Mais les Français parviennent à se reprendre et à repousser les Allemands.
http://www.histoiredebeynes.com/IMG/pdf/RI-005.pdf


- Secteur sensible pendant tout l’été, l’arbre de Cerny ne connaît la tranquillité relative qu’après le retrait allemand sur l’Ailette le 2 novembre.

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mercredi 12 mai 2010

E comme Eléphant

- Creute proche de Chavonne, dans le secteur du Mont Sapin
- Cette carrière est baptisée ainsi par les Allemands (« Elefanten Höhle ») qui l’occupent et installent au-dessus de l’entrée une tête d’éléphant confectionnée en bois et tôle.

- Une fois solidement installés dans l’ancienne carrière en novembre 1914 (ils chassent les Français de Chavonne), les Allemands aménagent la creute de l’Eléphant pour qu’elle devienne à la fois un bastion défensif et un lieu de vie ; on y trouve en particulier une chapelle.


- La carrière remplit son rôle, puisqu’avec ses voisines elle bloque les troupes françaises qui attaquent le 16 avril 1917 sur les pentes des Grinons et du Mont Sapin. Finalement, les Sénégalais et le 25e BCP s’emparent des lieux le 17 et 18 avril, ce qui permet une progression sur le plateau dans les heures suivantes.

- Par la suite, elle devient un lieu de repos pour les troupes (le 2 janvier 1918 pour le 137e RI par exemple), avant sa perte fin mai 1918.

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lundi 10 mai 2010

C comme Chaillevois

- Village de la rive droite de l’Ailette et de l’Ardon, à proximité d’Urcel et d’Anizy-le-Château
- 200 habitants

- Chaillevois est peuplé d’une centaine d’habitants quand commence la guerre. Le village est occupé par les Allemands du 2 septembre 1914 à octobre 1918.

- On sait beaucoup de choses sur la vie de Chaillevois entre 1914 et 1917 grâce au journal d’Alexis Dessaint, qui y vit pendant cette période.
http://www.histoireaisne.fr/memoires_numerises/chapitres/tome_47/Tome_047_page_121.pdf


- Dans un premier temps, le front est assez éloigné du village. Puis, après le retrait sur la ligne Hindenburg, le village est intégré au système défensif allemand.
« 13 février - I1 se fait depuis quelques jours des transports considérables de troupes par camions automobiles dans la direction de Laon, ainsi que des travaux et des installations de lance-bombes et de canons dans notre région. »
« 27 février - On continue de poser des fils télégraphiques un peu partout et on mutile des arbres fruitiers qui gênent les Allemands. C’est une véritable toile d’araignée qui s’étend sur tout le pays. »


- Le 11 mars, la population de Chaillevois est évacuée en train vers la région de Namur.
« Jour de désolation !
À 9 heures, par ordre allemand, les habitants du village condamnés à l’évacuation sont obligés de se rendre à la gare de Chailvet à 5 heures. Ce sont les vieillards à partir de 60 ans et les enfants depuis l’âge de 14 ans. Dans le désarroi d’une pareille nouvelle, on fait à la hâte ses préparatifs de départ, très insuffisants et il faut se résigner à quitter sa demeure en abandonnant tout aux Allemands qui n’attendent que le moment de piller, de sorte qu’à notre retour, nous ne trouverons plus rien dans nos maisons que les traces du brigandage teuton.
Hélas, hélas !
Un tombereau nous emporte, mon beau-frère et moi, avec d’autres vieillards à la gare où nous attendons plus d’une heure. Heureusement, la température s’est adoucie et vers 6 heures, le train s’ébranle vers l’inconnu. Mais nous avons la grande douleur de partir sans ma nièce qui n’était pas prête et nous nous demandons avec anxiété comment elle s’en tirera avec les nombreux Prussiens logés dans la maison. Ils auront bientôt enlevé nos provisions de bouche et dévalisé la basse-cour.
C’est dans des wagons à bestiaux que nous sommes entassés avec nos bagages et nous roulons vers Laon avec quantité d’autres évacués amenés des villages voisins. »



- Les bombardements français lors des combats de 1917 font les premiers vrais dégâts à Chaillevois.
- Enfin, après la bataille de La Malmaison, la première ligne de front atteint l’Ailette, à quelques hectomètres du village.


- Seuls 94 habitants sont recensés en 1921 (mais le chiffre remonte assez vite dans les années 1920). Le château de Chaillevois, détruit par la guerre, n’est pas reconstruit. Le village est décoré de la Croix de guerre en 1920.

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samedi 8 mai 2010

B comme Brunon (Raoul)

- Soldat français
- Marseille 1892 – Cerseuil (Aisne) 1917

- Pendant toute sa jeunesse, Raoul Brunon et son frère Jean se passionnent pour l’Armée et collectionnent tout ce qui y a trait.
- En 1914, ils sont appelés sous les drapeaux : tandis que Jean devient artilleur, Raoul Brunon est chauffeur, notamment du général d’Armau de Pouydraguin.
- Mais cette situation ne lui convient pas : après l’accord du général, il passe une visite médicale, est déclaré apte pour le service dans l’infanterie et suit des cours à Saint-Cyr pour devenir aspirant. Suite à un désaccord avec un supérieur, il n’est finalement que sergent.

- Après le 25e Bataillon de Chasseurs alpins, Raoul Brunon intègre fin juin 1917 le 6e BCA. Le 27 juillet, il est envoyé sur le Chemin des Dames, entre Panthéon et Epine de Chevregny. C’est alors un secteur très difficile, au cœur de la « bataille des Observatoires » : « Le quatre août 1917 : Je vous écris du fond de mon trou – accroupi – mal à l’aise. Nous sommes ici dans des conditions matérielles épouvantables ! Je suis sale et repoussant. Pour vous en donner une idée, qu’il me suffise de vous dire que je ne me suis pas rasé depuis cinq jours ! Bientôt je pourrai couper ma barbe au ciseau !! Il n’y a pas d’eau dans ce secteur, et ce n’est qu’à la relève qui ne tardera pas, j’espère, que je pourrai reprendre une apparence humaine. »
- Le 10 août, il subit de plein fouet l’attaque allemande sur la tranchée de la Gargousse. "11 août 1917 : Nous avons eu une journée de bataille très dure. Les Allemands nous ont violemment attaqués « à la Verdun ». Naturellement, on a tenu comme un roc. Trois formidables bombardements suivis de trois attaques. Depuis que je suis aux tranchées, j’occupe un petit poste avancé. Pendant les six jours qui ont précédé l’attaque, j’ai organisé rapidement la défense de la position, faisant tout creuser et plaçant moi-même des fils de fer barbelés à quelques mètres des Boches avec deux ou trois hommes dévoués (j’en ai d’ailleurs perdu un au cours de cette opération). Tout cela a porté ses fruits puisque les Boches n’ont pu aborder devant chez moi. »


- Le 23 octobre, lors des premières heures de la bataille de La Malmaison, il est blessé très grièvement d’une balle à la tête à proximité du fort. Il reste plusieurs heures sur le champ de bataille avant d’être amené vers l’ambulance 12/20 à Cerseuil, près de Braine (il est à nouveau blessé, à la poitrine, par un éclat d’obus, lors du transport). Toute intervention chirurgicale est impossible ; il décède le lendemain après-midi.


- En 1920, sa famille fait publier ses Lettres d’un soldat de la Grande Guerre (Raoul Brunon), 1914-1917. In Memoriam.

- Son frère Jean poursuit leur collection d’objets liés à l’Armée, parcourt les champs de bataille de la Grande guerre puis se spécialise sur les XVIIIe et XIXe siècles. En 1967, la collection est achetée par le musée de l’Armée et conservée au château de l’Empéri, à Salon-de-Provence.





Fiche MPF


Sources :
G. Lachaux, op. cit., page 135

Forum sur les Chasseurs

jeudi 6 mai 2010

L comme Leçon oubliée

- En septembre et à l’automne 1914, les premiers combats au Chemin des Dames « préfigurent le désastre du printemps 1917. »

- « Le 13 septembre, les vainqueurs de la marne atteignent l’Aisne. Ces succès sont encourageants, mais les espoirs de poursuivre la conquête sont déçus dès le lendemain : la brèche est comblée… Durant plusieurs jours, la lutte va continuer pour le contrôle du Chemin des Dames. »

- A gauche, les Britanniques ont des difficultés à franchir l’Aisne, dont les ponts ont été détruits, notamment à cause des conditions climatiques. Le 14, ils sont bloqués devant Cerny, à la hauteur de la sucrerie, sur les plateaux au-dessus de Soupir, au bord de la rivière plus à l’ouest ; les pertes sont considérables. Le 15, on décide d’arrêter la poursuite et de « se retrancher solidement ».

- « A droite, les troupes françaises engagées se heurtent aux même insurmontables difficultés. Là aussi, le Chemin des Dames dispense sa première et terrible leçon. La vie d’un fantassin ne vaut pas cher. » Le 13, dans la matinée, le 144e RI s’empare de Craonne, le 57e de Corbeny ; mais l’artillerie ne suit pas. Les Allemands résistent sur le plateau, à Hurtebise.
- La lutte se poursuit le 14 et le 15 : Craonne est perdu et regagné plusieurs fois, avec toujours des pertes considérables. Les positions allemandes sur les hauteurs se montrent très avantageuses. « Nos hommes tirent comme à la chasse au lapin. A la fusillade se mêle le son de nos cors de chasse et le rire fou des tirailleurs tandis qu’en face les blessés crient. Puis c’est un autre son : celui de nos mitrailleuses du lieutenant von Lützow. La mort fait une moisson effroyable de pantalons rouges. » (lieutenant Alexander von Bülow)

- « Incapable de comprendre le caractère inégal de la lutte, le commandement ordonne plusieurs tentatives de progression les jours suivants : toutes se brisent sur le rempart de feu de l’artillerie allemande. » Face à elle, les tirs français se révèlent insuffisants. « Ce seront les mêmes problèmes de tirs, cette même insuffisance des liaisons terrestres entre l’infanterie et l’artillerie auxquelles seront confrontés les Français en avril 1917 […] de tout cela, la topographie tourmentée du terrain demeure la cause principale. »

- La lutte se poursuit pendant plusieurs semaines. « Cette folle succession d’attaques et de contre-attaques, bras de fer et de feu, tango macabre, fait du Chemin des Dames l’un des secteurs les plus sanglants du front occidental. »
- Ce sont les Allemands qui obtiennent les meilleurs résultats : tandis que les Français échouent à progresser vers Hurtebise ou sur le plateau de Vauclerc, eux s’emparent de Vailly le 30 octobre, de Chavonne le 2 novembre.
- Le 13 novembre, « Franchet d’Esperey se résout à l’évidence et stabilise le front. »


- « Au-delà de la simple chronique, ce qui frappe dans ces récits des événements, c’est que tous ces épisodes de l’automne 1914 préfigurent jusque dans les moindres détails, les terribles et désespérés combats du printemps 1917. Les meilleurs régiments sont usés jusqu’à la corde. Les meilleurs soldats sont lancés dans des attaques proprement suicidaires. Dès le début de la guerre, le Chemin des Dames s’était révélé tel qu’il est : une forteresse quasi inexpugnable… Tous les éléments susceptibles d’annoncer l’échec du 16 avril 1917 étaient donc sous les yeux du commandement français. Pourquoi, dès lors, la leçon de 1914 a-t-elle été oubliée ? »





Source : Frédéric Rousseau, « Le Chemin des Dames en 1914. La leçon oublié » in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 29 à 35

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mardi 4 mai 2010

C comme Cobourg (saillant de)


- Avancée fortifiée de la première ligne allemande sur le plateau de Paissy, au-dessus de la Vallée Foulon et du trou d’Enfer ; elle prolonge la tranchée du Gotha. Le saillant de Cobourg est baptisé ainsi du nom d’une ville de Bavière


- Les Allemands fortifient ce qui devient leur première ligne après la bataille de la Creute (25 et 26 janvier 1915), lorsqu’ils dépassent le Chemin des Dames dans le secteur d’Hurtebise. Le saillant de Cobourg devient un élément essentiel dans la défense de cette zone. Même s’il s’agit d’un secteur « calme » pendant plusieurs mois, les coups de main et les bombardements y sont fréquents pour tenter de prendre pied sur les positions les plus favorables.
- « En août 1916, de grandes quantités de déblais sont rejetées quotidiennement des tranchées allemandes face au saillant de Cobourg. L’observation des travaux laisse à penser que les Allemands installent de gros Minenwerfers. Dans le même secteur, les travaux français sont de plus en, plus gênés par le feu des mitrailleuses et l’envoi de grenades à fusil. Cette soudaine activité inquiète le général Nollet commandant le 12e CA. » Le 21, l’artillerie française détruit les installations allemandes, occasionnant des pertes importantes. (A. Malinowski, op. cit., page 78)



- Le 16 avril 1917, après un bombardement intensif, le saillant de Cobourg est attaqué par la 10e DIC.
- « A 5 h 30, tout le monde était sur pied, le fusil ou la grenade au poing attendant le signal d’attaque. Nos batteries tiraient sans discontinuer sur les lignes ennemies. Les Allemands réagissaient peu, quelques obus fusants éclatèrent pourtant au-dessus de nos lignes, mais sans nous causer de pertes.
A 5 h 55, le 58e colonial noir, plus éprouvé que le 52e R.I.C. par le tir de l’artillerie adverse, sortit de ses tranchées 5 minutes avant l’heure fixée. Pour éviter une rupture de la ligne, le commandant Fournier donna à son tour le signal de départ et le 2e bataillon se porta tout entier en avant avec un entrain merveilleux. La tranchée de Gotha fut prise sans résistance, le saillant de Cobourg enlevé, et la progression se poursuivit à travers un terrain chaotique complètement bouleversé par les tirs des jours précédents. »

(source : Historique du 52e Régiment d'Infanterie Coloniale - Campagne 1914-1918 (Librairie CHAPELOT ; Paris), numérisé par Jean-Michel PLA)

- Le 144e RI intervient car l’avancée des troupes est freinée par « des tirs nourris de mitrailleuses installés dans les grottes SE de la Creute et une vive fusillade venant de quelques ilôts de résistance dépassés et contournés par les derniers éléments de la Xe DIC » ; le régiment « attaque et encercle le saillant de Cobourg […] A 10h40 le centre de Cobourg tombe. Un combat à la grenade vivement mené par l’adjudant Deydier (2e Cie) permet de faire prisonnier un commandant de compagnie allemande, un officier et 20 soldats. » (JMO du 144e RI)


- Le saillant de Cobourg et les tranchées voisines sont intégrés au réseau défensif français dans les jours suivants …

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dimanche 2 mai 2010

J comme Joussot (Charles)


- Militaire français
- Salins (Jura) 1870 – Crouy 1915

- Le commandant Charles Joussot est blessé lors de la bataille de l’Ourcq (6 septembre 1914) et rejoint son régiment, le 289e, près de Soissons le 30 novembre.

- En janvier 1915, il participe à la bataille de Crouy. Le 11 janvier, il essaie à la tête de la 23e compagnie qu’il commande de profiter des succès français sur la cote 132 pour avancer sur la « dent de Crouy » (saillant allemand dans la vallée, entre les plateaux). Il est tué dès le début de l’assaut, vers 16 heures, au bas du Chemin Creux ; on ne connaît pas précisément les circonstances de sa mort (le JMO du 289e RI le classe parmi les « disparus » du 11 janvier, page 43)


- Une stèle est élevée en bordure du chemin, qui lui rend hommage.



Fiche MPF (avec erreur sur la date du décès)



Source principale : F. Beauclerc, op. cit., page 57